Le Film du jour n°223 : 077 opération sexy

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°223 : 077 opération sexy
Titre original : La muerte silba un blues
Un film italo-franco-espagnol de Jesus FRANCO (alias Jess FRANK) (1962) avec Georges Rollin, Conrado San Martin (alias Sean Martin), Danik Patisson, Perla Cristal...
077 Opération Sexy, connu également sous le titre français Agent 077 : Opération Jamaïque, est à mettre au crédit de l'inusable et infatigable Jesus Franco, l'homme aux 200 films (voir Deux espionnes avec un petit slip à fleurs et Trois filles nues dans l'île de Robinson) décédé le 2 avril 2013. Sorti en 1966 dans l'Hexagone flanqué d'une interdiction aux moins de 18 ans, 077 Opération Sexy fut projeté durant l'été 2008 à la Cinémathèque française à l'occasion de la rétrospective Jesus Franco, où les amateurs purent se régaler d'une soixantaine de longs métrages du maître. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer les titres les plus évocateurs : La comtesse aux seins nus (1973), Vampiros Lesbos/Sexualité spéciale (1970), Lettres d'amour d'une nonne portugaise (1977), La partouze de minuit (1976), Dracula, prisonnier de Frankenstein (1971), Le cri d'amour de la déesse blonde (1977), La crypte des femmes maudites (2008), etc.
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Autre titre, mais même film...

Précisons que, dans 077 Opération Sexy, le réalisateur s'inspira du style qu'Orson Welles avait déployé dans La soif du mal (1958). Retour à l'envoyeur : le grand metteur en scène américain, qui remarqua le film de l'Espagnol ainsi que son tout aussi réussi Chasse à la mafia (1963), confia à Jesus Franco la direction de la seconde équipe de son Falstaff (1965). Comme quoi, le Film du jour ne vous parle pas que de films ultra-Z !
077 opération sexy, l'histoire : Un agent secret est chargé de démanteler un réseau de trafic d'armes dont le nœud central semble être une boîte de nuit. L'hypothèse se confirme lorsqu'un trompettiste est retrouvé mort devant le dancing (cherchez pas à comprendre...). Parallèlement, le chef du réseau trahit l'un de ses hommes, le fait tuer par la police et épouse sa femme. Apprenant le fin mot de l'histoire, cette dernière, toute retournée, décide de venir en aide à l'agent secret...
Le film - ou tout du moins son titre français - tente de surfer sur le succès à l'écran des James Bond 007, ainsi que sur celui, moindre il est vrai, de l'agent 077 joué au cinéma par trois fois par l'acteur américain Ken Clark (Opération Lotus Bleu et Fureur sur le Bosphore, tournés en 1965 et signés par l'Italien Sergio Grieco, alias Terence Hathaway, et Mission spéciale Lady Chaplin, 1966, réalisé par Alberto Martino). Sauf que dans 077 Opération sexy, il n'y a pas plus d'agent 077 que de cheveux sur la tête d'un chauve. Le héros porte en effet le doux nom d'agent 069 ! Encore un sale coup des distributeurs français du film, toujours prêts à rouler le spectateur dans la farine...
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Une vraie aventure de l'agent 077 !!!

Au générique de 077 Opération Sexy, le spectateur a la joie de découvrir la charmante actrice française Danik Patisson, née en 1939. Un nom qui ne vous dira peut-être rien mais cette blondinette eut pourtant son heure de gloire à la fin des années 50. Le Film du jour en veut pour preuve, ci-dessous, ces magnifiques unes de magazines de cinéma de l'époque !
Le Film du jour n°223 : 077 opération sexy
Jeune danseuse classique, Danik Patisson pose pour quelques magazines et se voit offrir dès 1953 de petits rôles au cinéma, pour la plupart non crédités. On l'aperçoit ainsi dans Maternité clandestine (Gourguet, 1953), Mam' zelle Nitouche (Y. Allégret, 1954) ou Interdit de séjour (Canonge, 1954), films où les premiers rôles féminins sont confiés à Dany Carrel, Pier Angeli et Joëlle Bernard respectivement.
En 1955, Danik Patisson, tout juste âgée de seize ans, passe la vitesse supérieure. Élue Miss Paris cette année-là, elle décroche un rôle significatif (sous le nom de Danick Aubray) dans Les Duraton (Berthomieu, 1995). L'actrice en herbe y incarne la chère fifille de Monsieur et Madame Duraton dont l'histoire s'inspire d'une célèbre émission radiophonique de l'époque.
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C'est en 1956 que la belle Danik Patisson se positionne enfin au premier plan en partageant la tête d'affiche du Long des trottoirs (Moguy, 1956) avec Anne Vernon, une actrice qui jouera la mère de Catherine Deneuve dans Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy en 1964. Dans ce film réalisé par un "spécialiste des adolescentes victimes de leur sexualité" (dixit les éditions René Chateau DVD), notre pépée en devenir est Christine, une jeune et séduisante orpheline, honteusement chassée par la famille qui l'hébergeait et obligée de se livrer à la prostitution pour subsister (mais ne vous inquiétez pas, c'est un mélo des familles et notre héroïne sera sauvée du trottoir et trouvera l'amour dans les bras d'un beau médecin...).
Le rôle qu'elle tient dans Le long des trottoirs, où on l'aperçoit en tenue d'Eve (mais faut avoir de bons yeux et avoir la zapette à portée de main pour figer l'image), offre à Danik Patisson l'opportunité d'aborder enfin les rôles de vamp dans les petits films policiers et les bandes d'espionnage qui fleurissent à la fin des années 50. Elle côtoie ainsi OSS 117 dans OSS 117 n'est pas mort (Sacha, 1956) aux côtés d'une autre pépée de l'époque (Magali Noël), qui saura se reconvertir dans le "grand" cinéma, chez Fellini notamment (voir Mourez, nous ferons le reste).
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Danik Patisson dans Le long des trottoirs (Moguy, 1956)

Danik Patisson est également au générique du nettement plus connu Rafles sur la ville (Chenal, 1956) avec Charles Vanel, Michel Piccoli et la pulpeuse Bella Darvi. On la retrouve encore en secrétaire de Bob Stanley, célèbre agent du FBI joué par Eddie Constantine, dans Incognito (Dally, 1957) où ils doivent combattre la redoutable Tilda Thamar. L'actrice tombe par ailleurs (cinématographiquement parlant) sous le charme de Sacha Distel dans Les mordus (R. Jolivet, 1960), un petit polar aujourd'hui oublié.
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Sacha Distel et Danik Patisson dans Les mordus (R. Jolivet, 1960)

Danik Patisson se pique aussi de percer à l'international. Elle croise alors Lilli Palmer et Romy Schneider dans le film franco-allemand au sous-texte lesbien Jeunes filles en uniformes (Radvanyi, 1958), puis la poumonnée Jayne Mansfield dans le long métrage britannique La blonde et les nus de Soho (Young, 1960).
L'actrice pointe également aux génériques d'un film portugais et d'une vague coproduction franco-italienne de cape et d'épée (Le capitaine Tempête, De Marchi, 1961). Autant dire que la carrière cinématographique de Mademoiselle Patisson commence sérieusement à battre de l'aile. De fait, elle ne tournera plus que six ou sept films pour le cinéma dont un Max Pecas (De quoi tu te mêles, Daniela ! 1961), un réalisateur dont le Film du jour vous a parlé maintes et maintes fois (et pas toujours pour en dire du bien...). Seul L'accident (Gréville, 1962), beau film noir tourné sur l'île de Bréhat et adapté d'un roman de Frédéric Dard, sort du lot. Danik Patisson y retrouve d'ailleurs Magali Noël.
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L'un des derniers films tournés par Danik Patisson

Danik Patisson tournera son dernier film pour le cinéma en 1965 sous la direction de Robert Hossein dans Le vampire de Düsseldorf, long métrage qui compte l'histoire d'un serial killer qui sévissait dans les années 20 (et qui inspira aussi Fritz Lang pour son M. le maudit de 1931). L'actrice continuera toutefois sa carrière au théâtre ainsi qu'à la télévision où vous avez dû certainement la croiser au détour d'un Boulevard du Palais, d'un Julie Lescaut ou d'un Navarro.
En 1982, Danik Patisson fut interviewée par le cinéaste Guy Gilles dans le cadre de l'émission mythique Cinéma, cinémas diffusée sur Antenne 2. Dans le documentaire Où sont-elles donc ?, Guy Gilles faisait revenir les vedettes de son enfance pour leur poser une seule question : "Comment c'est la vie, sans le cinéma ?" Aux côtés de Danik Patisson, on y voyait d'autres "oubliées" comme Janine Darcey, Marcelle Derrien, Jany Holt, Danielle Godet ou Odette Joyeux. Danik Patisson a également participé aux derniers spectacles de Robert Hossein au Théâtre de Paris (L'affaire Seznec, L'affaire Dominici).
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Valérie Pascale, fille de Danik Patisson, et Pierre Dhostel, fils de Pierre Bellemare, animateurs de M6 Boutique

Signalons enfin que Danik Patisson n'est autre que la mère de Valérie Pascale, née en 1968 et aujourd'hui animatrice de télévision dans des émissions de télé-achat (sur M6 notamment). Comme bon sang ne saurait mentir, Valérie Pascale fut élue Miss Paris (comme maman), puis Miss France en 1986 (plus fort que maman !). Elle démarra sa carrière à la télévision en 1989 sur M6 (à la météo) et ira jusqu'à animer Fort Boyard en 1993 aux côté de Patrice Laffont. On a revu Valérie Pascale dans le courant de l'été 2009 lors de la spéciale vingtième anniversaire de Fort Boyard en compagnie d'anciens animateurs de l'émission.

Publié dans Titres abscons

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