La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Publié le par lefilmdujour

La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)
Amateurs de destins hollywoodiens tragiques, d’étoiles filantes du cinéma sombrant dans l’alcool et la dépression, de beautés pulpeuses condamnées aux films pouraves et au suicide, ce numéro de la Pépée du jour est fait pour vous ! Cessez donc toute activité pour vous glisser dans les pas de la belle et douce Annamaria Pierangeli, qui mourut en 1971 à l'âge de 39 ans suite à une absorption massive de barbituriques... Triste destin pour cette actrice italienne dont la carrière hollywoodienne, partie sur les chapeaux de roue, tourna court à la fin des années 50 et dont la vie, marquée par une aventure sans lendemain avec James Dean, ne fut qu’une suite de désillusions.
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Le visage d’Annamaria Pierangeli lui valut le surnom de « la Madone » (image : www.newprophecy.net)

Née en 1932 en Sardaigne et dotée d'un physique gracieux et fragile, Annamaria Pierangeli fut découverte par le réalisateur d'origine ukrainienne Léonide Moguy. Dans Demain, il sera trop tard (1949), il lui confie le rôle d'une adolescente qui s'éveille à la sexualité (très en avance sur son époque, le Léonide...). C’est le premier film d’après-guerre qui affronte ouvertement le problème de l’éducation sexuelle des jeunes. Annamaria y interprète Mirella, une jeune fille romantique qui, blessée par les basses insinuations des adultes, tente de se… suicider. Faut-il y voir un acte prémonitoire ? Quoi qu’il en soit, l’actrice en herbe décroche pour ce film un prix d'interprétation attribué par les journalistes italiens. Sa carrière est lancée ! Après un autre long métrage devant la caméra de Moguy (Demain est un autre jour, 1951), long métrage moralisateur consacré au suicide (encore…) chez les jeunes, elle est sommée de rallier Hollywood. La capitale du cinéma est, à l'époque, très friande de beautés transalpines.
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Rebaptisée Pier Angeli, Annamaria Pierangeli se lança dans une carrière hollywoodienne au début des années 50 (image : www.originalprop.com)

Chaperonnée par sa mère et rebaptisée Pier Angeli (Annamaria Pierangeli, c'est décidément trop compliqué pour les Américains...), elle s'affirme, dès son arrivée chez l’Oncle Sam, dans le rôle-titre de Teresa (1951), signé par Fred Zinnemann. Son rôle - une jeune Italienne dont tombe amoureux un soldat américain pendant la guerre - lui vaut le Golden Globe de la révélation féminine.
Très vite, tout s'enchaîne et Pier Angeli côtoie des acteurs célèbres comme Stewart Granger dans Miracle à Tunis (Brooks, 1951), Gene Kelly dans Le diable fait le troisième (Marton, 1952) ou Kirk Douglas dans Histoire de trois amours (Minnelli & Reinhardt, 1952). Kirk Douglas, tombé sous le charme de la jeune femme, lui fait d'ailleurs une cour empressée. Mais le pauvre homme est rejeté dans les cordes par une Maman Pierangeli particulièrement possessive et fort soucieuse du statut moral de sa fifille…
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

L'acteur Kirk Douglas flirta avec Pier Angeli au début des années 50… mais maman Angeli sut mettre le holà à l'affaire !

Le statut de Pier Angeli est alors tel à Hollywood qu’elle peut même faire venir à Hollywood sa sœur jumelle, Marisa Pavan, afin que cette dernière tente, elle aussi, sa chance dans la Mecque du cinéma.
En 1952, Marisa Pavan démarre donc à son tour une carrière hollywoodienne, carrière qui culminera en 1955 avec un Golden Globe du meilleur second rôle féminin pour son interprétation dans La rose tatouée de Daniel Mann face à la redoutable Anna Magnani. S'ensuivra une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour le même film (mais la statuette tombera finalement dans l’escarcelle de Jo Van Fleet, qui joue la mère de James Dean dans A l’est d’Eden d’Elia Kazan). Anna Magnani empochera bien, elle, l’Oscar de la meilleure actrice en 1955 pour son rôle dans La rose tatouée (ouf… on a eu chaud… y aurait pu avoir du poil d’arraché sinon…).
De son côté, Pier Angeli, qui fait même un crochet dans une coproduction franco-italienne pour donner la réplique à Fernandel (Mam’zelle Nitouche, 1953), continue d’accumuler les rôles. Mais elle n'arrive malheureusement pas à confirmer son statut d'espoir du cinéma. Seul Marqué par la haine (Wise, 1956), remarquable long métrage sur l'univers de la boxe où elle fait face à Paul Newman, lui permet d'affirmer clairement son talent.
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Pier Angeli et Paul Newman dans Marqué par la haine (Wise, 1956)

Si la carrière cinématographique de Pier Angeli patine, côté vie privée, ça dérape ! Son idylle tourmentée avec un James Dean attiré comme une mouche par les beaux châssis - qu’ils marchent sur deux jambes ou qu’ils foncent sur quatre roues - a alors plus de retentissement que ses films. C'est en fait la mère d'Annamaria qui, une fois de plus, va mettre son veto à la relation de la jeune femme avec un « rebelle sans cause » jugé plus que douteux (non catholique et bisexuel, en plus !).
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Le bonheur (très éphémère) pour Pier Angeli au bras de Jame Dean en 1954

Pour clore définitivement le débat, la Mamma pousse sa fille à se marier en 1954 au chanteur italien Vic Damone, une sorte de sous-Sinatra pas très sexy… Un mariage qui finira par un divorce quatre ans plus tard avec un enfant à la clé.
Signe du destin : c'était James Dean, décédé dans un accident de voiture en 1955, qui devait jouer le rôle principal de Marqué par la haine aux côtés de Pier Angeli (et non Paul Newman)... Ce film sera en fait le dernier bon rôle de l'actrice, "cinématographiquement morte avec James Dean" selon l'expression employée par Pierre Achard dans "Boulevard des crépuscules", excellent bouquin sur les destins tragiques de stars hollywoodiennes (je ne vous le conseille pas toutefois, si vous êtes déjà plongés en pleine dépression...).
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Pier Angeli et le chanteur Vic Damone à l'époque de leur mariage (1954-1958)

En 1958, après avoir interprété Le fou du cirque (Kidd, 1958) face au comique Danny Kaye, Pier Angeli voit sa cote s’effondrer quasi définitivement auprès des producteurs américains. Pour couper le cordon avec les Etats-Unis où elle n'a que de mauvais souvenirs, Anna Maria Pierangeli décide de retourner en Europe...
Elle noie alors son mal de vivre dans la dolce vita italienne et enfile les liaisons sans lendemain. On lui prête même des flirts avec des têtes couronnées comme Juan Carlos ou Umberto de Savoie. En 1962, l’actrice épouse le compositeur de musique de films Armando Trovajoli, de quinze ans son aîné, mais, là encore, le mariage bat rapidement de l’aile et se solde par un nouveau divorce en 1969 malgré la naissance d’un deuxième petit garçon.
Coté cinéma, c’est Waterloo morne plaine. Annamaria Pierangeli le sait, elle ne sera jamais une star. De fait, elle ne décroche que des rôles dans des séries B ou des apparitions décevantes dans des superproductions sans âme: Il était trois flibustiers (Steno, 1961), Sodome et Gomorrhe (Aldrich, 1961), Banco à Bangkok pour OSS117 (Hunebelle, 1964), Berlin, opération laser (Sala, 1965), La bataille des Ardennes (Annakin, 1966), etc.
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Pier Angeli à l’époque de Banco à Bangkok pour OSS 117 (Hunebelle, 1964)

Malgré tout, Annamaria Pierangeli, qui s’est battue pour récupérer son premier enfant, doit continuer de travailler pour nourrir sa famille. Elle sombre dans les films de seconde zone que tout le monde, ou presque, a oubliés comme Objectif Hambourg, mission 083 (Bergonzelli, 1966), Des roses rouges pour le Führer (Di Leo, 1968), Alexandra, aime ma femme et aimez moi ! (Battaglia, 1969) et Le clan des frères Mannata (Seta, 1969) – où elle croise Jeffrey Hunter, un ex-beau gosse d’Hollywood, lui aussi en pleine perdition. On voit également l'actrice au générique du giallo Dans les replis de la chair (Bergonzelli, 1970) – un film bien pourri où elle donne la réplique à une autre vedette italienne déchue, Eleonora Rossi-Drago.

Eleonora Rossi-Drago et Annamaria Pierangeli, vedettes alors bien oubliées, sont au générique d’un giallo assez craignos, intitulé Dans les replis de la chair (Bergonzelli, 1970)

En cette fin des années 60, la vie d’Annamaria Pierangeli part donc à vau-l'eau tandis que sa mère, restée à Hollywood, continue de mener grand train, indifférente à la détresse de sa fille. L’actrice abuse alors, comme tant d'autres, des euphorisants, des tranquillisants, de l'alcool; elle est même un temps enfermée dans un hôpital psychiatrique. Au cinéma, elle atteint le fond dans Octaman (Essex, 1971), une série Z infâme où le « héros » est un poulpe mutant. Ce sera son dernier film…
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Octaman (Essex, 1971), une série Z, dernier film de Pier Angeli avant son décès tragique

Pour voir un extrait d’Octaman avec Pier Angeli et admirer son visage toujours magnifique à 39 ans, cliquez ici. Pour voir la « créature » du film et vérifier que c’est bien une série Z des plus atroces avec un monsieur caché dans un costume de poulpe en caoutchouc rapiécé, cliquez .
Sans argent, incapable de se souvenir de ses textes, Annamaria Pierangeli voit toutes les portes se fermer. C'est chez une amie à Los Angeles qu'elle décède le 10 septembre 1971 d’une surdose de barbituriques. « Celle qu'on présentait naguère comme la nouvelle Bergman, avec toujours le même regard bouleversant, désarmant, interrogateur, n'avait pas résisté à sa dix-neuvième dépression et à sa dernière télé, prévue le lendemain de sa mort, qui la voulait, dit-on, fresh and pretty », conclut Pierre Achard dans l'ouvrage cité plus haut. Le corps de l’actrice fut ramené en France où vivait alors sa soeur jumelle, Marisa Pavan, épouse de l'acteur français Jean-Pierre Aumont.
La pépée du jour n°6 : Pier Angeli (1932-1971)

Marisa Pavan, sœur jumelle de Pier Angeli, Perry Damone, le fils de Pier Angeli né de son mariage avec Vic Damone, Enrica Pierangeli, la redoutable mère, et Vic Damone (tout à droite) lors de l’enterrement de l’actrice.

De la fin tragique de sa belle-sœur, Jean-Pierre Aumont a écrit dans "Dis-moi d'abord que tu m'aimes": « Comme toutes celles qui ont connu une gloire trop soudaine et trop violente, comme toutes celles qui avaient plus de talent que ce qu'on exigeait d'elles, comme toutes celles qui s'enivrent de leurs rêves et se refusent à regarder en face la réalité, elle s'est éteinte à trente-neuf ans, sans que l'on sache exactement pourquoi... » Si, à la lecture des lignes précédentes, vous ne sentez pas une larme perler au bord de vos paupières, c'est que vous êtes vraiment, mais alors vraiment, des monstres froids et sans cœur...
Ci-dessous, Pier Angeli chante dans Port Afrique (1956), un film de Rudolph Maté :

Publié dans La pépée du jour

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laure 17/09/2012 22:14

Super papier, bien écrit tant sur le fond que sur la forme, plein d'humour... Merci

lefilmdujour 18/09/2012 09:24



Merci à vous