Le Film du jour n°169 : Y a un os dans la moulinette

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°169 : Y a un os dans la moulinette
Un film français de Raoul ANDRE (1974) avec Michel Galabru, Daniel Prévost, Paul Préboist, Darry Cowl, Marion Game...
Troisième film de Raoul André à se hisser au rang envié de Film du jour (après Le bourgeois gentil mec, 1969, et Des frissons partout, 1963), Y a un os dans la moulinette est l'ultime opus de ce réalisateur français né en 1916 et décédé en 1992. Un testament placé sous le double signe de la charcuterie pas fine et de l'humour gras-double !
Avec plus de vingt-cinq films au compteur, Raoul André n'a guère séduit la critique spécialisée... c'est le moins que l'on puisse dire. "Il faut avouer que tant de vulgarité satisfaite, le style "bien de chez nous", la pauvreté des gags provoquent la nausée", peut-on lire dans le Dictionnaire du cinéma de Jean Tulard. Il faut dire que ses parodies du Bourgeois gentilhomme (Le bourgeois gentil mec) et du Dernier tango à Paris (La dernière bourrée à Paris, 1973) sont du genre comique lourdingue... pour rester poli. Et il faut vraiment se chatouiller sous les bras pour rire au diptyque Ces messieurs de la famille (1967)/Ces messieurs de la gâchette (1969) avec, dans les deux cas, Francis Blanche, Jean Poiret et Michel Serrault.
Le Film du jour n°169 : Y a un os dans la moulinette

L'un des "fleurons" de la filmographie de Raoul André (avec Marion Game en petite tenue sur l'affiche)

N'y aurait-il rien donc rien à sauver chez Raoul André ? Si, sans doute, mais on doit remonter au début de sa carrière quand l'homme emballait rapidement et proprement des petits films policiers bien troussés avec, parfois, un zeste d'érotisme. Ainsi, L'assassin est à l'écoute (1948) avec Francis Blanche et Marguerite Moréno, Marchandes d'illusion (1954) avec Nicole Courcel, deux films qui reçurent un franc succès public à l'époque, sont tout à fait regardables.
A signaler la présence dans ces deux œuvres de l'actrice Louise Carletti (1922-2002) qui fut l'épouse de Raoul André de 1955 à la mort de ce dernier. Elle joua sous la direction du réalisateur dans pas moins de neuf films, du Village de la colère (1947) - premier long métrage de Raoul André - à Mission spéciale à Caracas (1965) - la dernière apparition de Louise Carletti à l'écran - en passant par Une fille à croquer (1950), Les pépées font la loi (1954), Les indiscrètes (1955), Les pépées au service secret (1955) et La planque (1960). Si ça, c'est pas de l'amour ! A noter que leur fille, Ariane Carletti, fut coanimatrice du Club Dorothée sur TF1.
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L'actrice Louise Carletti, son époux, le réalisateur Raoul André, et leur fille, Ariane Carletti

Ajoutons, pour être complet, que Raoul André semble avoir tourné en 1974 sous un pseudonyme (Jean Levitte) deux films érotiques intitulés joyeusement Avec quoi soulèves-tu l'édredon ? et La kermesse érotique. Info toutefois non garantie à 100% !
Y'a un os dans la moulinette, l'histoire : Deux comédiens (Michel Galabru et Daniel Prévost tout en distanciation brechtienne...) attendent vainement un cachet, d'autant plus impatiemment que le terme de leur loyer est échu et qu'ils risquent d'être mis à la porte. A la faveur d'un quiproquo d'une nullité affligeante, surgit providentiellement chez eux un riche industriel (Paul Préboist, appliquant à la lettre les leçons de l'understatement façon Actor's Studio...) à la recherche de deux détectives privés. Il s'agit de surveiller la femme et la fille du monsieur qu'on menace de lui enlever s'il ne paie pas par avance une rançon. Les conditions de travail sont dangereuses car nos deux amis doivent côtoyer un savant plus ou moins excentrique (Darry Cowl tout en subtilité et en intériorité...). Chargé par l'industriel de créer la voiture "anti-pollution téléguidée", ce dernier mène des expériences qui se soldent souvent par des explosions.
Pour faire bref, disons que c'est la femme de l'industriel qui a monté le coup afin de cacher à son mari son passé de... "chanteuse de cabaret". Pourquoi ? C'est encore plus compliqué à raconter que Le seigneur des anneaux et encore moins intéressant que la reproduction des gastéropodes en milieu aquatique ! Sachez néanmoins que l'humour 24 carats du film vaut son pesant de cacahouètes. Exemple : deux femmes comparent leurs blousons beiges respectifs : "Le mien est plus beige que le vôtre", dit l'une. "Je comprends pas, je l'ai pourtant acheté en BEIGIQUE !", rétorque l'autre. Je n'invente malheureusement rien... Le reste est à l'avenant et vous garantit 1h20 de sommeil du juste.
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Marion Game

Dans Y a un os dans la moulinette, la femme de l'industriel est jouée par l'actrice française Marion Game, qui connaît actuellement un regain de popularité grâce à ses prestations dans Plus belle la vie sur France 3 (la mère réac de Boher) et dans Scènes de ménage sur M6 (la Huguette à son Raymond).
Avant son retour en force sur les écrans TV, Marion Game était surtout connue pour ses prestations sur scène et fut fort appréciée des amateurs de l'émission "Au théâtre ce soir" qui l'y ont vue régulièrement entre 1968 et 1984.
Née en 1942 au Maroc, l'actrice débute au cinéma en 1967 avec un rôle non crédité dans Les poneyttes de Joël le Moigne, long métrage avec en vedette Corinne Cléry (future héroïne d'Histoire d'O de Just Jaeckin en 1975) et, dans leurs propres rôles, Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Bruno Coquatrix et Paco Rabanne (si, si !).
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Marion Game dans La liberté en croupe (Molinaro, 1970) (image : www.toutlecine.com)

C'est en 1970 que Marion Game démarre véritablement sa carrière cinématographique avec des prestations remarquées dans La liberté en croupe d’Édouard Molinaro, Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques de Michel Audiard et Êtes-vous fiancée à un marin grec ou à un pilote de ligne ? de Jean Aurel. L'année suivante, l'actrice décroche des premiers rôles chez Mocky (L'albatros) et Zidi (Les bidasses en folie). Ce dernier film, tourné en compagnie des inénarrables Charlots, signe le début d'une longue série de nanars et de comédies grasses pour Marion Game : La dernière bourrée à Paris, cité plus haut, La grande nouba (Caza, 1973), Y a un os dans la moulinette, Voulez-vous un bébé Nobel ? (Pouret, 1980) et, abominables atrocités dont la vision n'est même pas à conseiller à votre pire ennemi, Mon curé chez les Thaïlandaises (R. Thomas, 1983) et Le facteur de Saint-Tropez (Balducci, 1985).
Marion Game fait également une apparition au générique de C'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule (Besnard, 1974), film où Michel Serrault, Bernard Blier et Jean Lefebvre éveillent la suspicion d'une dame-pipi lors de la préparation d'un hold-up dans les toilettes publiques d'une grande gare parisienne. Au rayon des bons films, on sauvera dans la filmographie de Marion Game, spécialisée également dans le doublage pour des films étrangers ou des dessins animés, L'acrobate (1975) de Jean-Daniel Pollet et Doux moments du passé (1981) de Carlos Saura.
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Marion Game au milieu des Charlots dans Les bidasses en folie (Zidi, 1971)

Les aficionados de "Plus belle la vie" sur France 3 seront ravis d'apprendre que Virginie Ledieu, qui y a interprété Agnès, la rédactrice en chef de La Dépêche Marseillaise, est la fille de Marion Game. Une Marion Game qui a avoué récemment avoir connu une histoire d'amour passionnée mais compliquée avec Jacques Martin de 1968 à 1972.

Publié dans Titres débiles

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Michel 07/05/2012 18:29

C'est intéressant de voir qu'en dépit de la nullité des films, Raoul réussissait à y embringuer des noms fort connus. Sacré Raoul...

Ah... La finnesse de Darry Cowl...

Je viens de récemment découvrir votre Blog. Beau boulot !

lefilmdujour 07/05/2012 23:20



Merci pour le compliment  ! Et les 2 ou 3 films des années 50 réalisés par Raoul André que j'ai pu voir ne sont
pas si mal !