Le Film du jour n°256 : Chair de femmes pour chats affamés
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Titre original : La noche de los mil gatos
Un film mexicain de René Cardona Jr. (1972), avec Hugo Stiglitz, Christa Linder, Anjanette Comer, Zulma Faiad, Teresa Velazquez…
Connu aussi sous les titres Les Chats tuent la nuit, Cats, Les Griffes du démon et La Nuit des mille chats (traduction littérale du titre original), Chair de femmes pour chats affamés est considéré par certains comme « le chef-d’œuvre » (qualificatif à prendre néanmoins avec des pincettes) du réalisateur mexicain René Cardona Jr. (1939-2003).
Jr. pour Junior car notre homme est membre d’une famille de « cinéastes ». Il est le fils de René Cardona (1906-1988) et le père de René Cardona III (1962-2021), tous trois caractérisés par une propension à filmer plus rapidement que leur ombre, leurs filmographies respectives étant si pléthoriques que beaucoup (le site IMDB compris) se sont cassés les dents à édifier une liste exhaustive de leurs œuvres, d’autant que ces messieurs étaient aussi acteurs !
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On pourra néanmoins préciser que René Cardona, le grand-père donc, a œuvré dans tous les genres populaires du cinéma mexicain, et notamment dans le domaine hautement spécialisé du film de catcheurs masqués. Il a ainsi fait tourner El Santo (1917-1984), le plus grand héros du cinéma mexicain et légende de la lucha libre dans son pays. Enterré dit-on avec son célèbre masque, El Santo – de son vrai nom Rodolfo Guzmán Huerta – a joué dans une cinquantaine de films en combattant à peu près tout et n’importe quoi, des humains aux femmes-vampires en passant par des gorilles, des robots, des zombies, des extraterrestres et des célébrités comme Dracula, Frankenstein, la Momie, j’en passe et des meilleurs. Sous la houlette de René Cardona, Santo a tourné entre autres dans Santo et le trésor de Montezuma (1966), Santo et le trésor de Dracula (1968) et Santo contre les chevaliers de la terreur (1969).
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Rencontre improbable entre Marina Vlady et John Huston en plongeur dans Le Mystère du triangle des Bermudes (1977) de René Cardona Jr.
René Cardona Jr., quant à lui, a vu certains de ses quelque cent films connaître une certaine audience internationale. Le Mystère du triangle des Bermudes (1977) réunit quand même au générique John Huston, les Françaises Claudine Auger et Marina Vlady, l’Italienne Gloria Guida, connue pour ses incarnations de la Lycéenne dans les sexy-comédies produites par la péninsule dans les années 1970 (voir le Film du jour n°209 La Lycéenne est dans les vaps) et un dénommé Al Coster, qui n'est autre que René Cardona III. (On sait se serrer les coudes dans la famille Cardona.)
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Dans Guyana, la secte de l'enfer (1979) de René Cardona Jr., l'acteur Stuart Whitman affiche une ressemblance impressionnante avec le révérend Jim Jones
Tintorera, du sang dans la mer (1977), resucée mexico-britannique des Dents de la mer de Spielberg, fait appel à la belle Susan George (vue auprès de Dustin Hoffman dans Les Chiens de paille, 1971, de Sam Peckinpah), tandis que le film-catastrophe italo-mexicain Cyclone (1977) associe dans la même galère Carroll Baker (la Baby Doll d'Elia Kazan en 1956) et les Américains déjà chenus Arthur Kennedy et Lionel Stander. On citera aussi Guyana, la secte de l’enfer (1979), une reconstitution finalement assez proche de la réalité du suicide collectif de la secte du Temple du Peuple menée par le révérend Jim Jones en 1978 avec des acteurs hollywoodiens passés de mode comme Stuart Whitman, Joseph Cotten, Bradford Dillman ou Yvonne de Carlo.
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Chair de femmes pour chats affamés, l’histoire : « Apparemment hanté par une véritable passion pour les femmes, un riche play-boy sillonne les États-Unis à bord de son hélicoptère pour agrandir sa "collection".
Mais ce n'est pas le goût des conquêtes qui le pousse à séduire ainsi. Il destine les jeunes femmes à un tout autre usage : nourrir ses chats. Des chats au nombre de 1000, élevés à la chair humaine. Des chats qui, lorsqu'ils réussiront à se libérer, deviendront des mangeurs d'hommes déchaînés... ». Tel est le résumé particulièrement alléchant du film tel qu’apposé sur une jaquette vidéo du film (dixit l’excellent site Nanarland).
Côté casting féminin, si l’on ne reste pas bloqué psychologiquement sur le fait que ces dames finissent en pâtée pour chat, le réalisateur n’a pas hésité à faire appel à un casting international.
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Née en 1943 en Allemagne mais dotée aussi d'un passeport autrichien, Christa Linder s’est déjà fait une petite réputation dans le cinéma de genre européen lorsqu'elle tourne pour Cardona Jr. Après le film, on la verra dans quelques comédies érotiques comme Les Contes de Viterbury (1973), décamérotique de Mario Caiano connu aussi sous les titres plus évocateurs de Lâche-moi les jarretelles et Si tous les cocus avaient des clochettes, ou La Vie érotique d’Hélène de Troie (1973) d’Alfonso Brescia, où elle tient le rôle-titre. Christa Linder semble avoir mis fin à sa carrière d’actrice au début des années 1980.
Également au générique de Chair de femmes pour chats affamés, l’Américaine Anjanette Comer, née en 1939, quant à elle, avait déjà ses titres de gloire derrière elle au moment du tournage (lire, pour plus de détails sur la belle Anjanette, le Film du jour n°233 Vite ! avant que ça fonde.)
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Enfin, à tout seigneur tout honneur, c’est l’acteur mexicain Hugo Stiglitz, né en 1940, qui tient le rôle du playboy amateur de jeunes femmes et de félins carnivores (photo ci-contre). Avec, à ce jour, près de 300 rôles depuis 1969, tous types d’écrans confondus, Hugo Stiglitz a marqué les années 1970 et 1980 en tournant des classiques de l’horreur et de l’épouvante au Mexique.
A ce titre, il a donné de sa personne dans de nombreux films de René Cardona Jr. à partir de Robinson et le tigre (1969) où il est le héros du roman de Daniel Defoe. On citera notamment La Vallée sauvage (1973), Le Gorille et l’enfant (1976), Le Mystère du Triangle des Bermudes, Cyclone, Tintorera, Guyana, la secte de l’enfer, La Rage de tuer (1979), Les Diamants de l’Amazone (1983)…
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Dans les années 1980, l’acteur participe à des coproductions internationales comme L’Avion de l’apocalypse (1980) (photo ci-contre) d’Umberto Lenzi (avec Francesco Rabal et Mel Ferrer), Vautours sur la ville (1980) de Gianni Siragusa (avec Maurizio Merli, Lilli Carati, Mel Ferrer et Francisco Rabal), Panique au casino (1981) de Max Boulois (avec Peter Cushing et Claudine Auger), Son nom : Killing Machine (1983) de José Antonio de la Loma (avec l’ex-bodybuilder Jorge Rivero, Lee Van Cleef et Margaux Hemingway), Mort sous contrat (1986) du même réalisateur (avec le même ex-bodybuilder, des papis hollywoodiens comme George Kennedy et Louis Jourdan, Andrew Stevens et même Isaac Hayes), A feu et à sang (1988) de Roger Mende (avec David Carradine et Kansas Carradine, la fille du précédent)… On notera quand même une apparition dans un film haut de gamme : Au-dessous du volcan (1984) de John Huston.
Hugo Stiglitz passera lui-même derrière la caméra à la fin des années 1980 et continuera de travailler comme un stakhanoviste dans une multitude de productions cinématographiques et vidéo dont quasiment aucune n’aura finalement atteint les côtes françaises, signe d’une constance qui peut laisser pantois.
Grand amateur de films de genre, Quentin Tarantino, en hommage à l'acteur, a donné le nom d'Hugo Stiglitz à l'un des personnages d'Inglorious Basterds (2008), en l'occurrence l'adjudant de la Wehrmacht qui a assassiné treize officiers de la Waffen SS. Finalement intégré dans les rangs des Basterds, ce personnage est incarné par Til Schweiger dans le film.