Le Film du jour n°118 : Les salopes vont en enfer

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°118 : Les salopes vont en enfer
Titre original : Una lucertola con la pelle di donna
Un film italien de Lucio FULCI (1971) avec Florinda Bolkan, Anita Strindberg, Jean Sorel, Stanley Baker, Leo Glenn, Silvia Monti...
Connu sous deux autres titres français nettement moins racoleurs (Carole et Le venin de la peur), Les salopes vont en enfer (désolé, mesdames, pour cette vulgarité...) est le second giallo réalisé par l'italien Lucio Fulci (voir La présidente est peu farouche) après Perversion Story/La machination, sorti sur les écrans deux ans plus tôt. Qualifié par son auteur de "giallo onirique avec une pincée de sexualité", Les salopes vont en enfer trace le portrait d'une Anglaise bon teint dont les fantasmes se mêlent à une réalité de moins en moins tangible. Visuellement magnifique (mise en scène, décors, éclairages) et accompagné d'une bande originale inspirée d'Ennio Morricone, ce film est considéré comme l'un des meilleurs longs métrages du genre.
Le titre original du long métrage de Lucio Fulci, qui signifie littéralement "un lézard à la peau de femme", s'inscrit dans la mode lancée quelques mois plus tôt par le réalisateur Dario Argento, grand spécialiste du giallo, avec sa trilogie animale : L'oiseau au plumage de cristal (1969), Le chat à neuf queues (1970) et Quatre mouches de velours gris (1971).
Le Film du jour n°118 : Les salopes vont en enfer

Les titres des giallos des années 70 font régulièrement référence aux animaux

Les salopes vont en enfer fait immanquablement penser aux Salauds vont en enfer, le film réalisé en 1955 par Robert Hossein d'après la pièce éponyme de Frédéric Dard. Film noir à la française, Les salauds vont en enfer réunit Marina Vlady (madame Hossein à l'époque), Henri Vidal et Serge Reggiani. Évadés de prison, les deux hommes tuent le propriétaire d'une cabane isolée, un peintre misanthrope. La compagne de ce dernier les dressera l'un contre l'autre. Ils finiront tous deux engloutis par des sables mouvants. J'en ris encore...
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Il n'y a pas que les salopes qui vont en enfer, les salauds aussi ! (image : www.cinema-francais.fr)

A signaler une mésaventure que connut Lucio Fulci à la sortie sur les écrans des Salopes vont en enfer. "Suite à des plaintes, j'ai été traduit en justice pour cruauté envers des animaux, explique-t-il dans le magazine Mad Movies. Tout ça à cause des effets spéciaux si réalistes de Carlo Rambaldi qui, pour une scène, avait élaboré des chiens écorchés vifs dont les organes palpitants tendaient à montrer qu'ils étaient toujours en vie. Pour m'épargner deux ans derrière les barreaux, il a dû faire fonctionner l'une de ses marionnettes devant le tribunal !" Gros farceur, va !
Les salopes vont en enfer, l'histoire : Carol Hammond (Florinda Bolkan) vit dans le luxe d'un immeuble bourgeois du cœur de Londres. Elle est perturbée par un rêve récurrent où figure immanquablement sa voisine aux mœurs dissolues, la belle Julia (Anita Strindberg), organisatrice d'orgies sous l'influence de produits stupéfiants (y en a qui savent s'amuser !).
Dans l'un de ses rêves, Carol traverse un train bondé de fêtards nus (des employés de la SNCF en grève pendant que le pauvre populo attend des heures sur le quai de la gare ?...), puis, une fois arrivée chez sa voisine, elle se laisse déshabiller avant de passer à des choses plus sérieuses (la décence m'interdit d'en dire plus...). Son psychiatre est formel : ce rêve symbolise la fascination/répulsion que ressent inconsciemment Carol vis-à-vis du mode de vie de Julia. Le rêve se répète encore une fois mais, au lieu de se laisser caresser par sa voisine de palier (j'en connais qui aimerait des voisines de palier de cet acabit !), Carol la poignarde. Toujours clairvoyant, le psychiatre y voit la victoire finale de la vertu sur l'immoralité ! Le véritable cadavre de Julia est malheureusement découvert le lendemain. Le cauchemar de Carol ne fait que commencer !
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Florinda Bolkan et Anita Strindberg dans Les salopes vont en enfer (image : www.coffeecoffeeandmorecoffee.com)

"Exotique et sauvage, elle excelle à l'écran dans les rôles de femmes brûlantes d'amour et de désir. Chez elle, rien de la petite fille perverse ni de la beauté à la mode. Sa beauté vient d'ailleurs: elle a le goût du soleil et de la mort". C'est en ces termes flatteurs et enthousiastes que la revue Stars System n'hésitait pas à décrire l'actrice d'origine brésilienne Florinda Bolkan, qui interprète cette pauvre Carole dans notre Film du jour.
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Florinda Bolkan (image : www.allocine.fr)

Née en 1941, Florinda Soares Bulcao quitte son Brésil natal en 1963 pour terminer ses études à Paris. En 1967, elle rencontre Luchino Visconti qui la convainc de se lancer dans le cinéma (le réalisateur lui offrira un petit rôle dans Les damnés, 1969). L'actrice apparaît pour la première fois à l'écran dans Candy (1967) de Christian Marquand, frère de la réalisatrice Nadine Trintignant qui, elle aussi, lui confie un rôle dans Le voleur de crimes (1969) aux côtés de Jean-Louis Trintignant, alors le mari de la réalisatrice, Robert Hossein et Serge Marquand, un autre de ses frères.
Rapidement, la carrière de Florinda Bolkan prend son essor en Italie. Elle passe notamment devant les caméras de Giuliano Montaldo (Les intouchables, 1967, avec John Cassavetes, Gena Rowlands et Peter Falk), Giuseppe Patroni Griffi (Disons un soir à dîner, 1968, avec Jean-Louis Trintignant et Annie Girardot), Elio Petri (Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, 1969, avec Gian Maria Volontè) et Enrico Maria Salerno (L'adieu à Venise, 1970, avec Tony Musante).
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Florinda Bolkan et Gian Maria Volonte dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Petri, 1969) (image : www.toutlecine.com)

Entre 1970 et 1975, sa carrière prend un tour véritablement international. La belle créature joue ainsi pour l'australien James Clavell (La vallée perdue, 1971, avec Michael Caine et Omar Sharif), le français Michel Deville (Le mouton enragé, 1974, avec à nouveau Jean-Louis Trintignant), le britannique Richard Lester (Le froussard héroïque, 1975, avec Malcolm McDowell et Alan Bates) et le yougoslave Velko Bulajic (Attentat à Sarajevo, 1976, avec Christopher Plummer). Elle remporte un énorme succès en Italie en interprétant le rôle-titre de Flavia la défroquée (Mingozzi, 1974), plaidoyer pour la libération de la femme où elle subit tous les outrages... Outrages qu'elle subit aussi, alors qu'elle est bonne sœur et tente de protéger de trois psychopathes les jeunes filles dont elle a la charge, dans La dernière maison sur la plage (a.k.a. La settima donna) (Prosperi, 1978).
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Flavia la défroquée, gros succès à l'époque pour Florinda Bolkan (image : www.ivid.it)

A partir de la fin des années 70, Florinda Bolkan limite volontairement ses apparitions sur le grand écran. Au mitan des années 80, elle acquiert une nouvelle popularité en Italie en jouant dans des séries télévisées. Aujourd'hui, Florinda Bolkan est productrice de films et de disques au Brésil. Elle a également réalisé elle-même un premier long métrage en 2000. Vous trouverez tous les détails sur son site officiel : www.florindabolkan.com.

Publié dans Titres rigolos

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