Le Film du jour n°107 : Des frissons partout

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°107 : Des frissons partout
Un film français de Raoul ANDRE (1963) avec Eddie Constantine, Clément Harari, Perrette Pradier, Janine Vila, Victor Beaumont, André Bernard, Corinne Bloch, Daphné Dayle, Daniel Emilfork...
On se calme tout de suite ! Des frissons partout n'est ni un film érotique, ni un film d'horreur ! Le héros n'est autre ici que Jeff Gordon, l'agent du F.B.I. interprété par Eddie Constantine dans trois films des années 60 aux titres qui fleurent bon une époque malheureusement révolue. Les deux autres sont Laissez tirer les tireurs (1965) de Guy Lefranc et Ces dames s'en mêlent (1965) du même Raoul André. Décontraction, sourires en coin, œil qui frise, petites pépées, bagarres sont au rendez-vous dans Des frissons partout. Que demander de plus ?
Des frissons partout, l'histoire : Deux bandes de gangsters rivales se disputent le butin du plus fabuleux hold-up du siècle: un demi-milliard de diamants volés place Vendôme. C'est Grégori dit "l'insaisissable" qui a mis la main sur le magot. Mais, parmi ses hommes, s'est glissé Jeff Gordon, l'agent du F.B.I. (oui, je l'ai déjà dit, je sais...). La police arrête la bande, mais Grégori a eu le temps de s'enfuir (ben oui, quoi, c'est normal, sinon le monsieur, on le surnommerait pas l'insaisissable, tsss...). Sous la direction de Jeff Gordon, la chasse à l'homme s'organise. De multiples rebondissements nous amènent dans une maison de repos où se cache Grégori. En fait, cette maison de repos cache (aussi...) une clinique de chirurgie esthétique où les plus célèbres malfrats se font refaire le portrait. Accompagné par la belle Liza, la pépée de service, Jeff, qui aime, lui aussi, refaire le portrait des vilains (à coups de poings gros comme des melons, il est vrai...), Jeff, donc, va tomber dans les griffes du redoutable médecin qui gère la clinique. Tout finira bien, heureusement !
Nous ne reviendrons pas aujourd'hui sur ce fabuleux et talentueux réalisateur français qu'est Raoul André, bien qu'il y ait encore beaucoup de choses à raconter sur son compte... (se reporter en conséquence à la rubrique consacrée au Bourgeois gentil mec). Intéressons-nous plutôt au cas Eddie Constantine.
Le Film du jour n°107 : Des frissons partout

Eddie Constantine

Né en 1917 à Los Angeles et décédé en 1993 à Wiesbaden (Allemagne), Eddie Constantinowsky - son vrai patronyme - est le fils d'un chanteur d'opéra russe exilé aux États-Unis. Fort de ce patrimoine génétique, Eddie Constantine n'hésitera pas à pousser la chansonnette de temps en temps. Il met d'ailleurs un premier pas dans le milieu cinématographique en prêtant sa voix à différents acteurs et en les doublant dans des films hollywoodiens chantés.
En 1943, le jeune homme se lance à l'assaut de New York, mais Big Apple fait la sourde oreille et Eddie Constantine ne déniche qu'un modeste poste de choriste au Radio City Music Hall. Six ans plus tard, sa première femme, ballerine, l'emmène à Paris dans ses bagages et il commence à se produire dans des cabarets de la capitale. C'est dans ce contexte qu'il fait la connaissance d’Édith Piaf dont il deviendra l'amant. La Môme arrive à l'imposer en 1951 dans l'opérette "La p'tite Lili" que Marcel Achard monte à l'ABC. Le spectacle tient l'affiche sept mois. La carrière d'Eddie est lancée !
Le Film du jour n°107 : Des frissons partout

Eddie Constantine/Lemmy Caution dans Lemmy pour les dames (Borderie, 1961) (image : www.toutlecine.com)

Eddie Constantine passe pour la première fois devant une caméra de cinéma en 1952 dans Egypt by Three de Victor Stoloff et endosse dès l'année suivante le costume de Lemmy Caution, le héros de Peter Cheney qui le rendra célèbre à tout jamais.
Pour La môme vert-de-gris (1953), Bernard Borderie recherchait un acteur francophone à l'accent américain et au physique de baroudeur, crédible dans le rôle d'un amateur de cigarettes, de whisky, et de p'tites pépées (comme dit la chanson) avec, si possible une prédisposition à la bagarre... Eddie fit l'affaire pour la plus grande joie des spectateurs ! L'acteur interprétera plusieurs fois Lemmy Caution à l'écran et, notamment, dans Cet homme est dangereux (Sacha, 1953), Les femmes s'en balancent (Borderie, 1954), Vous pigez ? (Chevalier, 1955), Comment qu'elle est ! (Borderie, 1960) et Lemmy pour les dames (Borderie, 1961).
Ce succès énorme lui permettra d'enchaîner les rôles de héros calqués sur Lemmy Caution dans une trentaine de films plus ou moins similaires, mais toujours avec humour et nonchalance. Il sera Larry Blake dans Votre dévoué Blake (Laviron, 1954), Barney Morgan dans Je suis un sentimental (John Berry, 1955), Burt Brickford dans Ces dames préfèrent le mambo (Borderie, 1957), Eddie Morgan dans Le grand bluff (Dally, 1957) et même Nick Carter dans Nick Carter va tout casser (Decoin, 1964) et Nick Carter et le trèfle rouge (Savignac, 1965). Quant aux actrices qui jouent les p'tites pépées, elles s'appellent Dominique Wilms, Colette Déréal, Nadia Gray, Danielle Godet, Bella Darvi, Pascale Roberts ou Françoise Brion. Le nom de certaines d'entre elles n'est malheureusement pas passé à la postérité... Triste !
Le Film du jour n°107 : Des frissons partout

Eddie et ses p'tites pépées dans Des frissons partout. On reconnaît à la droite d'Eddie Perrette Pradier (image : www.toutlecine.com)

Eddie Constantine côtoie aussi Zizi Jeanmaire (Folies-Bergère, Decoin, 1956) et Juliette Gréco (L'homme et l'enfant, André, 1956). Ce succès populaire, étonnamment, ne lui ferme pas les portes de la Nouvelle Vague (à la différence d'autres acteurs très célèbres, le plus emblématique étant Jean Gabin).
Dès 1961, Jean-Luc Godard fait appel à Eddie Constantine pour le sketch de La paresse des Sept péchés capitaux. En 1965, le réalisateur de Pierrot le fou lui fait même rendosser la défroque de Lemmy Caution dans Alphaville... tout en faisant voler en éclats l'image de l'acteur.
On voit aussi notre Eddie chez d'autres leaders de la Nouvelle Vague comme Claude de Givray (Une grosse tête, 1961) ou Agnès Varda (Cléo de 5 à 7, 1962). Même Jesus Franco ne résistera pas au charisme d'Eddie Constantine et celui-ci fera son numéro dans Cartes sur table (1965) et dans Ça barde chez les mignonnes (1967), deux films de l'inénarrable réalisateur espagnol (lire Deux espionnes avec un petit slip à fleurs).
Le Film du jour n°107 : Des frissons partout

Anna Karina et Eddie Constantine dans Alphaville (Godard, 1965) (image : www.toutlecine.com)

A la fin des années 60, la vedette suit outre-Rhin sa nouvelle épouse, une jeune productrice de télévision allemande. C'est une nouvelle carrière qui s'ouvre en Allemagne pour Eddie, carrière qui reste relativement méconnue.
Pendant cette période, il figure toutefois aux génériques de deux films de R.W. Fassbinder (Prenez garde à la sainte putain, 1969 ; La troisième génération, 1978) et n'hésite pas à faire, parfois, une incursion dans le cinéma américain : Les monstres sont toujours vivants (Larry Cohen, 1978), The Long Good Friday (Mackenzie, 1980), etc.
Ces dernières apparitions à l'écran, il les réserve au finlandais Mika Kaurismäki (le frère de l'autre, Aki, plus connu) (Helsinki Napoli, 1987), au danois Lars von Trier (Europa, 1991) et à Jean-Luc Godard (Allemagne année 90, neuf zéro, 1991), qui confie une ultime fois le rôle de Lemmy Caution à Eddie Constantine. La boucle étant bouclée, l'acteur peut tirer sa révérence...
Ci-dessous, Eddie Constantine et Jacqueline Pierreux (la maman de Jean-Pierre Léaud) dans Cet homme est dangereux :

Publié dans Titres étranges

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article