La pépée du jour n°4 : Estella Blain (1930-1982)

Publié le par lefilmdujour

La pépée du jour n°4 : Estella Blain (1930-1982)
Premier janvier 1982. Une femme marche seule sur la plage de Port-Vendres (Pyrénées Orientales). Elle tient un revolver à la main. Elle le colle contre sa tempe et tire. Le début d’un film ? Non, malheureusement. C’est la fin d’une actrice. Estella Blain vient de se tuer, déprimée par une suite de revers professionnels et sentimentaux. Elle n’avait que 51 ans.
Née Micheline Estellat le 30 mars 1930, Estella Blain fut l’une des plus jolies starlettes des années 50 et 60. C'est en fréquentant les cours de René Simon que la jeune femme est découverte par le réalisateur Hervé Bromberger qui en fait l’héroïne des Fruits sauvages (1953). En jeune fille farouche, Estella Blain marque les esprits dans ce sombre mélo où, moulée dans un pull un peu trop étroit (ce qui plaira évidemment au spectateur le plus endurci…), elle s’enfuit à travers la France avec ses jeunes frères et sœurs après avoir zigouillé un père un peu trop entreprenant (le mélo des années 50 ne fait jamais dans la dentelle…).
La pépée du jour n°4 : Estella Blain (1930-1982)

Estella Blain (image : encinematheque.net)

Cette même année 1953, l’actrice en herbe épouse l’acteur Gérard Blain, qui deviendra célèbre quelques années plus tard avec Le beau Serge (1958) et Les cousins (1958) de Claude Chabrol. Hélas pour la belle Estella, le conte de fée durera à peine trois ans. Malgré leur divorce en 1956, l’actrice n’en conservera pas moins le nom de famille de son ex-mari… qui passe la bague au doigt de Bernadette Lafont en 1957 pour s’en séparer en 1959 après une relation particulièrement orageuse !
De son côté, Estella Blain se remarie avec un certain Michel Bonjean, frère de l’actrice Geneviève Page. Côté cinéma, c’est surtout la plastique de la jeune femme, devenue blondinette, qui intéresse les producteurs. Du coup, l'actrice, qui accumule les rôles dans les petits polars à la française des années 50, passe complètement à côté de la Nouvelle vague alors qu’elle est quasi contemporaine de Gérard Blain (né en 1930), Jean-Paul Belmondo (né en 1933), Jean-Claude Brialy (né en 1933), Bernadette Lafont (née en 1938) et Anna Karina (née en 1940).
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Charles Aznavour, Jacques Charrier, Estella Blain et Dany Carrel dans Les dragueurs (Mocky, 1959) (image : www.toutlecine.com)

Seul Jean-Pierre Mocky, personnalité quand même en marge du phénomène, fait appel à la jeune femme pour Les dragueurs (1959), joués par Jacques Charrier et Charles Aznavour. Dans ce film, Estella Blain ne dépare pas aux côtés d’autres jolis brins de fille comme Dany Robin, Dany Carrel, Anouk Aimée, Belinda Lee et Nicole Berger. Avant Les dragueurs, trois films avaient su mettre en avant le beau visage et le jeu gracile de l’actrice : La bonne tisane (Bromberger, 1954) avec Bernard Blier, Le fauve est lâché (M. Labro, 1958) avec Lino Ventura et Des femmes disparaissent (Molinaro, 1958) avec Robert Hossein.
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Lino Ventura et Estella Blain dans Le fauve est lâché (1958) de Maurice Labro (image : programme-tv.net)

Sa carrière ne décollant pas vraiment en France, Estella Blain tente sa chance dans des coproductions internationales. Au début des années 60, elle tourne coup sur coup deux films en costumes, l’un en Italie, Les pirates de la côte (Paolella, 1960) avec l’athlétique Lex Barker, l’autre en Autriche, L’auberge du cheval blanc (Jacobs, 1960), énième resucée de l’inusable opérette viennoise. Mais c'est surtout la plastique de la jeune femme qui est mise à contribution...
Estella Blain interprète aussi la fille du célèbre comique transalpin Toto dans Toto l’embrouille (Mastrocinque, 1962) et figure au générique éclectique d’Angélique et le roi (Borderie, 1965), où elle incarne la Montespan dans ce troisième volet de la fameuse série mettant en valeur les charmes capiteux de Michèle Mercier. Autant dire que la carrière cinématographique d’Estella Blain, sans jamais avoir éclaté, semble déjà au point mort... D'autant qu'au même moment, la jeune femme joue devant la caméra de l’inénarrable réalisateur espagnol Jesus Franco, l’homme aux 200 films (voir Deux espionnes avec un petit slip à fleurs). Ce qui n’est pas forcément synonyme d’ascension vers le statut de star du cinéma (bien au contraire…).
Dans Le diabolique docteur Z (1966), film d’épouvante également connu sous le titre Dans les griffes du maniaque, l’actrice revêt la tenue d’une dénommée Miss Muerte, une danseuse que la fille d’un docteur spécialiste du cerveau humain dirige à distance. Objectif de la charmante fifille à son papa : zigouiller proprement les savants qui se sont moqués des travaux de son père avant que celui-ci ne meure d’un malaise cardiaque provoqué par tant de contrariétés… Dans ce film, qui s’avère néanmoins une série B assez réussie de la période « classique » de Jesus Franco, Estella Blain se fait surtout remarquer par sa tenue de femme-araignée, particulièrement évocateur, et une danse sensuelle propre à réveiller les libidos assoupies des spectateurs les plus blasés.
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Miss Muerte (Estella Blain) – dont l’araignée n’est pas qu'au plafond – dans Le diabolique Docteur Z (1966) de Jesus Franco (image : www.skylighters.org)

Après Le diabolique Docteur Z, Estella Blain ne tournera plus que six films pour le cinéma, dont un film turc jamais sorti sur grand écran (Les nus, Salik Sencer, 1971) - où elle donne la réplique à un jeune acteur (Demir Görgün) qui partage sa vie à ce moment-là -, ainsi qu'un long métrage bloqué par la censure (Le franc-tireur, Causse, 1972). Elle se produit néanmoins au théâtre et à la télévision et tente aussi de percer dans la chanson (mais sans grand succès).
En 1972, l’actrice participe encore au scénario d’un feuilleton TV intitulé « Michel l’enfant-roi » avec son propre fils, Michel Bonjean-Blain, né en 1959 de son mariage avec Michel Bonjean. Estella Blain apparaît pour la dernière fois au cinéma dans Le mouton enragé (Deville, 1973), film dans lequel un employé de banque introverti (Jean-Louis Trintignant) prend l’ascenseur social en positionnant à l’horizontal tout un aréopage de jolies femmes (Romy Schneider, Jane Birkin, Florinda Bolkan, etc.).
La pépée du jour n°4 : Estella Blain (1930-1982)

Le mouton enragé (1973), dernière apparition sur grand écran d'Estella Blain
(image: cinema.de)

Puis c’est le silence total pendant huit ans. On revoit néanmoins Estella Blain dans un téléfilm, « L’oiseau bleu », en 1981… mais il est trop tard, sans doute, pour que l'actrice puisse réussir à sortir de la dépression dans laquelle elle avait plongé…
Biblio : Dictionnaire des comédiens disparus (Yvan Foucart, 2008)
La pépée du jour n°4 : Estella Blain (1930-1982)
Pour plus d'informations sur Estella Blain, n'hésitez pas à consulter le site de la Compagnie de théâtre créée par son fils, Michel Blain-Estellat (www.compagnie-estella-blain.com) (ci-dessus, le logo de la Compagnie).

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