Jean-Paul Belmondo (1933-2021)

Publié le par lefilmdujour

« Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, allez vous faire foutre ! » Avec cette phrase lancée par un petit voyou insolent qui fixe la caméra dans A bout de souffle (1959) de Jean-Luc Godard, Jean-Paul Belmondo entrait au panthéon du cinéma pour ne plus jamais le quitter. L’acteur est décédé le 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans.

Jean-Paul Belmondo s’était produit au théâtre dès le début des années 1950 et avait tourné sept longs métrages pour le cinéma avant A bout de souffle, dont Sois belle et tais-toi (1957) de Marc Allégret avec un autre quasi-débutant dénommé Alain Delon, Les Tricheurs (1958) de Marcel Carné et A double tour (1959) de Claude Chabrol, son premier travail avec l’un des poids lourds de la Nouvelle vague française.

Avec Godard, Jean-Paul Belmondo tournera encore Une femme est une femme (1960) et, bien sûr, Pierrot le fou (1965), tous deux avec Anna Karina, la muse et l’épouse du réalisateur.

Entre-temps, l’acteur aura eu le temps de tourner avec Jeanne Moreau (Moderato Cantabile, 1960, de Peter Brook, d’après Marguerite Duras) et de faire une parenthèse italienne (La Novice, 1950, d’Alberto Lattuada, avec Pascale Petit ; La Ciociara, 1960, de Vittorio De Sica, avec Sophia Loren ; La Viaccia, 1960, de Mauro Bolognini, avec Claudia Cardinale).

Il aura aussi incarner un prêtre (Léon Morin prêtre, 1961) et un voyou ambigu (Le Doulos, 1962) dans deux chefs-d’œuvre de Jean-Pierre Melville, puis un brigand séducteur du XVIIIe siècle dans Cartouche (1961) de Philippe de Broca, avant de rencontrer Jean Gabin qui l’adoube dans Un singe en hiver (1962) d’Henri Verneuil et de virevolter en moderne Tintin à la poursuite d’une statuette (et de Françoise Dorléac) dans L’Homme de Rio (1963), encore signé De Broca.

Ce dernier film au succès considérable place celui qu'on appelle désormais Bébel à la première place des comédiens préférés du public. Un succès confirmé par Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), avec toujours De Broca à la manœuvre, film marqué par la rencontre (et le début de la liaison) de l’acteur avec la sculpturale Ursula Andress.

Belmondo joue également sous la direction de Louis Malle (Le Voleur, 1966, avec Geneviève Bujold) et de François Truffaut (La Sirène du Mississippi, 1968, avec Catherine Deneuve), mais ces deux films ne rencontrent pas leur public.

A partir du Cerveau (1968) de Gérard Oury avec le tandem Bourvil-Belmondo, c’est plus d’une décennie de succès qui s’ouvre au comédien. On citera notamment Borsalino (Deray, 1969) avec Alain Delon, Les Mariés de l’an II (De Broca, 1970) avec Marlène Jobert, Le Casse (Verneuil, 1971), marqué par les séquences acrobatiques accomplies par l'acteur sans trucages, Docteur Popaul (Chabrol, 1972), durant lequel l’acteur officialise sa liaison avec l’Italienne Laura Antonelli, La Scoumoune (Giovanni, 1972) avec Claudia Cardinale, Le Magnifique (De Broca, 1973) où Jean-Paul Belmondo et Jacqueline Bisset tiennent deux rôles…

Le semi-échec de Stavisky (1973) réalisé par Alain Resnais mettra un terme aux velléités d’art et essai de l’acteur. Bébel va alors alterner les rôles d’aventuriers pleins de charme (L’Incorrigible, De Broca, 1975 ; L’Animal, Zidi, 1977 ; Le Guignolo, Lautner, 1979 ; L’As des as, Oury, 1981…) et les rôles de policiers voire de justiciers, à la fois défenseur de l’ordre et insolent avec le pouvoir établi (Peur sur la ville, Verneuil, 1974 ; L’Alpagueur, P. Labro, 1975 ; Flic ou voyou, Lautner, 1978…).

Le Professionnel (1981) de Georges Lautner et Le Marginal (1983) de Jacques Deray, où s’instille un petit côté réac, marquent néanmoins la fin d’un système.

Après Les Morfalous (1984) d’Henri Verneuil, les films de Jean-Paul Belmondo ne rencontrent plus le succès d’antan. Seul Itinéraire d’un enfant gâté (1988), signé par Claude Lelouch, renoue véritablement avec le public et l’acteur est couronné par le César du meilleur acteur.

Un an auparavant, Jean-Paul Belmondo avait fait son grand retour sur les planches en jouant Kean, mis en scène par Robert Hossein. Il ne quittera plus le théâtre jusqu’à la fin des années 1990, enchaînant les représentations de Cyrano de Bergerac de Rostand, Tailleur pour dames et La Puce à l’oreille de Feydeau, Frédérick ou le Boulevard du Crime d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Au cinéma, les films s’espacent. On voit l’acteur dans L’Inconnu dans la maison (Lautner, 1992), adaptation d’un roman de Simenon, Les Misérables (1994), revisités par Claude Lelouch, Désiré (Murat, 1995), adaptation de la pièce de Sacha Guitry, Une chance sur deux (1997), où Patrice Leconte réussit à réunir à nouveau Belmondo et Delon, Peut-être (Klapisch, 1999), film d’anticipation avec Romain Duris, Les Acteurs (1999) de Bertrand Blier, et Amazone (1999) où l’acteur retrouve une dernière fois Philippe De Broca… Mais le film est un échec cuisant et un désastre commercial.

Victime d’un AVC en août 2001, Jean-Paul Belmondo renouera une ultime fois avec les plateaux de cinéma pour un film de fiction avec Un homme et son chien (2008), réalisé par Francis Huster et remake du chef-d’œuvre de Vittorio de Sica Umberto D. (1951).

La carrière, exceptionnelle, de Jean-Paul Belmondo lui a valu une Palme d’or remise lors du festival de Cannes en 2011, ainsi qu’un Lion d’or décerné à la Mostra de Venise en 2016. En octobre 2013, le festival Lumière de Lyon lui avait rendu hommage en sa présence (et celle de Quentin Tarantino) sous les acclamations de près de 5 000 spectateurs réunis à la Halle Tony-Garnier.

Sources : Dictionnaire de la Nouvelle vague (Noël Simsolo) aux éditions Flammarion ; Dictionnaire du cinéma populaire français aux éditions Nouveau monde ; Jean-Paul Belmondo, itinéraire d'un acteur comblé (Frédéric Valmont) aux éditions Didier Carpentier.

Publié dans Claps de fin

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