Ciné Classic par Sal Obscur : L’Ogre d’Athènes
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Un film de Níkos Koúndouros (1956), présenté dans la section L'âge d'or du cinéma grec du Festival Lumière 2026
Dimanche 11 octobre, deuxième jour du festival Lumière qui s’est ouvert en grandes pompes hier soir samedi 10 octobre 2026 à la Halle Tony Garnier de Lyon.
Les spectateurs matinaux, dont votre serviteur, s’étaient donné rendez-vous à 9h15 à l’Institut Lumière pour la projection du premier film du cycle L'âge d'or du cinéma grec du festival, en l'occurrence L’Ogre d’Athènes (1956) de Níkos Koúndouros (1926-2017).
L’Ogre d’Athènes est (après Ville Magique, 1954) le deuxième long métrage de ce réalisateur considéré comme un cinéaste militant tant d’un point de vue politique que social. L’Ogre d’Athènes, par certains aspects esthétiques et scénaristiques, évoque d’ailleurs l’expressionnisme allemand (on pensera à M le maudit de Fritz Lang), le réalisme poétique français, le néoréalisme italien et le film noir américain.
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L’intrigue s’articule autour d’un employé de banque insignifiant, solitaire et dépressif qui s’avère être le sosie d’un redoutable criminel surnommé, comme de juste, l’Ogre d’Athènes. Alors que l’année s’achève et que se profile le 31 décembre, la presse publie le portrait du fameux bandit et, pour échapper à des policiers qui pensent l’avoir reconnu, notre homme (joué par Dinos Eliopoulos que l’on retrouvera 30 ans plus tard dans L’Apiculteur de Theo Angelopoulos) se réfugie dans un cabaret louche. La pègre qui s’y côtoie le prend pour le criminel qu’ils idolâtrent et compte alors sur lui pour les aider dans leur prochain coup qui consiste à vendre sur le marché noir des vestiges d’un temple grec à des Américains peu scrupuleux. Pour l’amour de jeunes femmes qui se produisent dans le cabaret et l’ascendant que son nouveau statut lui confère dans ces bas-fonds, il joue le jeu…
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L’intrigue, qui déploie un sous-texte social dans une Grèce qui n’est pas encore sortie du marasme économique de l’après-guerre, ne peut que se terminer par une tragédie. Le film se suit sans ennui, avec quelques passages satiriques, voire comiques, bienvenus et surtout des scènes de cabaret dansées et chantées fabuleuses. Le film offre notamment ses premières lettres de noblesse au rébétiko (genre de chant populaire) et au zeïbekiko, une danse où les hommes doivent notamment poser un genou à terre.
Alors que L’Ogre d’Athènes ne rencontra guère de succès à sa sortie, rejeté à la fois par la gauche et la droite en Grèce, l’œuvre est aujourd’hui présentée comme un film charnière du cinéma héllène pour sa façon révolutionnaire de présenter les classes populaires et les exclus.
Petite anecdote : lorsque les lumières se sont rallumées, mon voisin de gauche s'est tourné vers moi en s'exclamant "Quel beau film !" Montre en main, il avait dormi 45 minutes pendant la projection. Comme quoi, le succès d'une œuvre cinématographique tient à peu de choses.
Sal Obscur