Ciné Classic par Sal Obscur : La Corruption de Chris Miller

Publié le par lefilmdujour

Un film de Juan Antonio Bardem (1972), disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume

La Corruption de Chris Miller est très loin d’être le film le plus connu de l’Espagnol Juan Antonio Bardem (l’oncle de l’acteur Javier Bardem), réalisateur passé à la postérité pour au moins deux longs métrages des années 1950 tournés lors de la période franquiste, Mort d’un cycliste (1954) et Grand-rue (1956), tous deux marqués en filigrane par la contestation sociale et la revendication politique dans un pays sous dictature. Rien de ça ici. La Corruption de Chris Miller oscille entre drame psychologique bâti autour d’un trio amoureux et thriller avec serial killer masqué (fortement influencé ici par le giallo qui connaît son apogée en Italie depuis la fin des années 1960).

L’action, mais c’est un bien grand mot, se décline autour de deux femmes qui vivent ensemble dans une propriété isolée et qui ne respirent pas vraiment la stabilité psychologique. La plus âgée (Ruth Miller) souffre de névrose et d’une terreur panique de la solitude depuis que son mari l’a quittée. La plus jeune (la Chris Miller du titre) – qui n’est autre que sa belle-fille – se remet très difficilement d’un trauma causé par un événement terrible que le film nous fait découvrir sous la forme de flashbacks ultrarapides. Le tout est saupoudré d’un zeste de relations incestueuses… Quand un beau vagabond arrive dans le jeu, les passions ne peuvent que s’exacerber, d’autant que la région est le théâtre d’une série de meurtres atroces commis avec des objets contondants (couteau, faucille…).

Le jeune homme serait-il le tueur ? telle est la question que se posera tout un chacun, protagonistes et spectateurs compris.

Film à l’action languissante et au suspense mal maîtrisé, La Corruption de Chris Miller vaut surtout pour ses deux interprètes féminines. Jean Seberg, qui incarne Ruth Miller et qui, dans sa propre vie privée, souffrait de dépression et de dépendances, joue dans l’un de ses derniers films ; l’actrice décédera en 1979 à l’âge de 40 ans. Et c’est la comédienne et chanteuse espagnole Marisol, qui fut instrumentalisée dans les années 1960 en tant qu’enfant prodige par le régime franquiste dans une suite de comédies musicales, qui campe Chris Miller. (En conflit constant avec la célébrité, elle deviendra l'une des plus célèbres militantes communistes espagnoles après la transition démocratique.)

A noter que le film est présenté dans des versions doublées en espagnol et en français, alors qu'il semble avoir été tourné en anglais (c'est tout du moins ce que laisse supposer la bande-annonce de l'époque présentée en supplément).

Sal Obscur        

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