Claudia Cardinale (1938-2025)

Publié le par lefilmdujour

Il aura fallu qu’elle remporte en 1957 le concours de « la plus belle Italienne de Tunisie » dont le prix n'était autre qu'un voyage à Venise pendant la Mostra, le festival de cinéma de la Cité des doges, pour que Claudia Cardinale attire d’abord l’attention de l’industrie cinématographique de la péninsule et devienne à jamais une icône du septième art. Née en Tunisie, l’actrice franco-italienne est décédée le 23 septembre 2025 à l’âge de 87 ans.

Si Goha (1957), le premier long métrage où apparaît Claudia Cardinale, est réalisé par le metteur en scène français Jacques Baratier (avec Omar Sharif en vedette), c’est bien en Italie que la célébrité de l’actrice va s’établir, portée par le soutien infaillible du producteur Franco Cristaldi (qu’elle épousera en 1966 avant d’en divorcer en 1975).

Claudia Cardinale et Marcello Mastroianni dans Le Bel Antonio (1959)

En l’espace de quelques années, la Cardinale va travailler avec les plus grands réalisateurs transalpins et se hisser à la hauteur de Sophia Loren et de Silvana Mangano : Mario Monicelli (Le Pigeon, 1958), Mauro Bolognini (Le Bel Antonio, 1959 ; La viaccia, 1960 ; Quand la chair succombe, 1961 ; Les Ogresses, 1966), Pietro Germi (Meurtre à l’italienne, 1958), Valerio Zurlini (La Fille à la valise, 1960), Luchino Visconti (Rocco et ses frères, 1960 ; Le Guépard, 1963 ; Sandra, 1964), Federico Fellini (8 ½, 1962), Luigi Comencini (La ragazza, 1963)…

Alain Delon et Claudia Cardinale dans Le Guépard (1963)

L’actrice devient Pauline Bonaparte dans Austerlitz (1959) d’Abel Gance, tourne sous la direction des Français Henri Verneuil (Les Lions sont lâchés, 1961) et Philippe de Broca (Cartouche, 1961) et tente aussi l’aventure hollywoodienne en jouant dans La Panthère rose (1963) de Blake Edwards, Le Plus grand cirque du monde (1964) de Henry Hathaway, Les Yeux bandés (1965) de Philip Dunne, Les Centurions (1965) de Mark Robson, Les Professionnels (1966) de Richard Brooks, Tous les héros sont morts (1968) de Joseph Sargent

Henry Fonda et Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l'Ouest (1968)

Pour Claudia Cardinale, les années 1960 se terminent en beauté avec Il était une fois dans l’Ouest (1968) de Sergio Leone, où, entre Henry Fonda, Jason Robards et Charles Bronson, l’actrice, si ce n’était déjà fait, s’impose définitivement dans l’imaginaire de tous les spectateurs.

Dans les années 1970, la cote de popularité de Claudia Cardinale recule quelque peu, notamment en raison de sa séparation houleuse avec Cristaldi, particulièrement rancunier. A partir de 1973, elle partage sa vie avec le réalisateur Pascale Squitieri qui la fait jouer dans des films aux thèmes historiques et politiques, très marqués par la mafia et souvent critiques à l’égard de la société italienne comme Lucia et les gouapes (1973), L’Affaire Mori (1977) et Corleone (1978).

Parallèlement, l’actrice partage l’affiche des Pétroleuses (1971) avec Brigitte Bardot, passe devant la caméra de Marco Ferreri (L’Audience, 1971), repasse devant celle de Bolognini (Liberté mon amour, 1973), retrouve Jean-Paul Belmondo, déjà croisé dans La viaccia et Cartouche, dans La Scoumoune (1972) de José Giovanni, puis Jacques Perrin, déjà côtoyé dans La Fille à la valise, dans La Part du feu (1977) d’Étienne Périer.

Klaus Kinski et Claudia Cardinale dans Fitzcarraldo (1981)

Claudia Cardinale revient au premier plan au début des années 1980 avec des rôles dans des films difficiles comme La Peau (1981) de Liliana Cavani et Fitzcarraldo (1981) de Werner Herzog, et des films populaires comme Le Cadeau (1982) de Michel Lang (avec Pierre Mondy et Clio Goldsmith) ou Le Ruffian (1982) de José Giovanni avec Lino Ventura et Bernard Giraudeau. Dans La storia (1986), d’après le roman d’Elsa Morante, l’actrice joue l’un de ses rôles les plus dramatiques qui l’oblige à paraître prématurément âgée.

Claudia Cardinale dans Mayrig (1991)

A partir de la fin des années 1980, Claudia Cardinale, installée en France, va travailler régulièrement avec des cinéastes hexagonaux à l’instar de Denis Amar (Hiver 54, 1989), Henri Verneuil (Mayrig et 188, rue Paradis, 1991), Charlotte Dubreuil (Elles ne pensent qu’à ça, 1993), Rachida Krim (Sous les pieds des femmes, 1997), Claude Lelouch (And now… Ladies and Gentlemen, 2001)… L’actrice participe aussi à des productions télévisées et fait ses débuts au théâtre dans les années 2000.

Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, Luis Miguel Cintra et Claudia Cardinale dans Gebo et l'ombre (2011)

On la revoit encore dans Le Fil (2008) de Mehdi Ben Attia en bourgeoise tunisoise, mère compréhensive d’un fils homosexuel, Un balcon sur la mer (2009) de Nicole Garcia (où elle campe la mère du personnage joué par Jean Dujardin), Gebo et l’ombre (2011) de Manoel de Oliveira (elle y est l’épouse de Gebo joué par Michael Lonsdale), L’Artiste et son modèle (2012) de Fernando Trueba (elle est la femme du sculpteur incarné par Jean Rochefort). Ces dernières années encore Claudia Cardinale était aux génériques de Bronx d’Oliver Marchal diffusé en 2020 sur Netflix et de L’Île du pardon (2022) de Ridha Béhi.

Au cours de sa carrière, forte d’une centaine de longs métrages tournés pour le cinéma, Claudia Cardinale aura donné la réplique aux plus grands acteurs, de Marcello Mastroianni à Vittorio Gassman en passant par Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Burt Lancaster, Peter Sellers, Ugo Tognazzi, Rod Steiger, John Wayne, Rock Hudson, Tony Curtis, Franco Nero, Rod Taylor, Henry Fonda, Nino Manfredi, Oliver Reed, Giuliano Gemma, Michel Piccoli, Klaus Kinski, Lino Ventura, Philippe Noiret, Bruno Cremer, Omar Sharif…

Au cours de sa carrière, Claudia Cardinale a reçu deux David di Donatello de la meilleure actrice (l’équivalent italien des César français) pour ses rôles dans La Mafia fait la loi (1968) de Damiano Damiani et Bello, onesto, emigrato Australia sposerebbe compaesana illibata (1971) de Luigi Zampa. Elle avait été honorée par un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière lors de la Mostra de Venise 1993 et un Ours d’or d’honneur pour sa carrière lors du festival de Berlin 2002. Le festival de Cannes, quant à lui, lui avait rendu hommage en célébrant l'actrice sur l'affiche de l'édition 2017 du festival. 

Publié dans Claps de fin

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