Le musclé du jour n°4 : Brad Harris (1933-2017)

Publié le par lefilmdujour

Au cinéma, le péplum, un genre dont les Italiens se sont longtemps fait une spécialité, notamment dans les années 1950-1960 considérées comme l’âge d’or du péplum transalpin, a toujours été friand de physiques musclés.

Dans la foulée du succès remporté par Steve Reeves, Mr. Univers 1950, dans Les Travaux d’Hercule (1957) de Pietro Francisci, de nombreux culturistes se pointèrent sur les plateaux de Cinecittà, biscottos et pecs en bandoulière. Avec, en tête, des Américains comme Gordon Scott (qui avait déjà revêtu le pagne de Tarzan à Hollywood), Mark Forest, Ed Fury, Richard Harrison, Gordon Mitchell, Reg Lewis et... Brad Harris.

Né en 1933, Brad (pour Bradford) Harris, doté d’un physique avantageux sculpté par l’haltérophilie et le culturisme, trouve après l’université un emploi de cascadeur à Hollywood. En 1960, en tant que figurant, il endosse (déjà) l'uniforme de gladiateur dans le Spartacus de Stanley Kubrick. Son talent et son professionnalisme lui permettent de bientôt chorégraphier des combats et coordonner des cascades, notamment en Italie où il s’est expatrié sur les conseils de Steve Reeves.

Repéré pour sa carrure athlétique, l'homme enchaîne alors les rôles de musclé de service dans plusieurs péplums, là où justement a été tourné Spartacus. Brad Harris est Goliath dans Goliath contre les géants (Malatesta, 1960), Samson dans Samson contre Hercule (Parolini, 1961), Hercule dans Hercule se déchaîne (Parolini, 1961), puis un général romain confronté à la destruction dans Les Derniers jours d’Herculanum (Parolini, 1962).

Susan Paget et Brad Harris dans Les Derniers jours d'Herculanum (1962)

Mais Brad Harris a l'intelligence (eh oui, madame, on peut avoir du muscle et un cerveau) de ne pas se laisser enfermer dans le même genre de rôle. Et, répondant aux appels du pied du producteur allemand Wolf C. Hartig qui cherche à se faire une place sur le marché du cinéma populaire allemand, il se retrouve outre-Rhin dans des bandes policières et des films d'espionnage, grandes spécialités du cinéma bis teuton.

Brad Harris dubitatif dans FBI contre l’œillet chinois (1964)

Parmi une filmographie pléthorique, citons Espionnage à Hong-Kong et La Panthère noire de Ratana, deux longs métrages de Jürgen Roland réalisés en 1962, Les Diamants du Mékong (Parolini alias Frank Kramer, 1963), Le Mystère de la jonque rouge (Ashley & Stegani, 1964), FBI contre l’œillet chinois (Zehetgruber, 1964), 001 destination Jamaïque (Ernst von Theumer alias Richard Jackson, 1965), etc. On l'aura compris, l'exotisme est de rigueur. Brad Harris participe aussi à quelques westerns teutons comme Les Pirates du Mississippi (Roland, 1963), Les Chercheurs d'or de l'Arkansas (1964) de Paul Martin ou Les Aigles noirs de Santa Fe (1964) d'Ernst Haufbauer.

Mario Adorf et Brad Harris dans Les Chercheurs d'or de l'Arkansas (1954)

Mais c'est la série des Commissaire X, où Brad Harris seconde Tony Kendall dans un duo de policiers, qui lui assure le succès. Le voilà donc dans Commissaire X traque les chiens verts (Parolini & Zehetgruber, 1965), Commissaire X dans les griffes du dragon d'or (Kramer, 1966), Commissaire X : halte au LSD (Zehetgruber, 1967), Commissaire X : Trois panthères bleues (Parolini, 1967), Commissaire X et les trois serpents d'or (Mauri, 1968), etc.

 

Brad Harris et Tony Kendall dans la série des Commissaire X

Parallèlement, l'acteur participe aux débuts des aventures des "trois fantastiques supermen", super-héros en pyjamas rouge vif à l'épreuve des balles, pyjamas agrémentés de gants Mapa noirs et d'un surslip moule-burnes également noir du plus bel effet.

Aux côtés de Tony Kendall et de Nick Jordan (de son vrai nom Aldo Canti), Brad Harris est donc au générique de, comme de juste, Trois fantastiques supermen (Parolini, 1967), mais, comme ses deux compères, il va éviter de s'égarer dans les diverses suites signées par le tâcheron Bitto Albertini (pour lequel il tournera pourtant plus souvent qu'à son tour dans des films de plus en plus miteux). Il fera néanmoins une petite exception à la règle pour Trois supermen dans la jungle (1970), mais, bon, Brad, il aimait bien tourner dans les films de jungle... surtout quand il y avait des belles filles en bikini hyper-ajusté à serrer dans ses bras balèzes... comme Femi Benussi dans le film précité ou Esmeralda Barros dans Eva, la vierge sauvage (Mauri, 1968)... 

Brad Harris et Esmeralda Barros dans Eva, la vierge sauvage (1968)

Au détour des années 1970, la carrière de Brad Harris, qui garde pourtant des abdos de roc et des biceps d'acier, marque le pas et les films où il apparaît commencent nettement à manquer d'éclat, entre westerns-spaghettis (Wanted Sabata, 1970, de Roberto Mauri, Durango encaisse ou tue, 1970, de Roberto Bianchi Montero ; Django Adios, 1972 du même), films de guerre poussifs (Quand explose la dernière grenade, 1970, de Luigi Batzella, alias Paolo Solvay), films de jungle exsangues (Eva, la vierge sauvage ; Zambo, 1971, de Bitto Albertini) ou péplums à bout de souffle comme Le Retour du gladiateur le plus fort du monde (Albertini, 1971)...

Lou Ferrigno et Brad Harris dans Les Sept gladiateurs (1983)

Brad Harris comprend alors qu'il est temps de raccrocher les haltères et notre homme ralentit ses apparitions cinématographiques. On le verra encore dans Lady Dracula (F.J. Gottlieb, 1975), La Cible étoilée (Hough, 1978, avec en vedette Sophia Loren et John Cassavetes) et, en 1980, dans un film avec Bruce Le, succédané de Bruce Lee. Retour enfin en 1983 au péplum avec le piteux Hercule de Luigi Cozzi. Il y interprète le roi Augias, le rôle-titre étant dévolu au bodybuildé Lou Ferrigno (Hulk à la télévision).

La même année, il est aussi aux côtés de Lou Ferrigno (et de Sybil Danning, également au casting d’Hercule) dans Les Sept Gladiateurs (1983) des spécialistes de la série Z Claudio Fragasso et Bruno Mattei, libre adaptation des Sept samouraïs d’Akira Kurosawa. Dans les années 1980, Brad Harris est aperçu aussi dans quelques séries TV célèbres comme L'Incroyable Hulk, Dallas ou Falcon Crest.

Brad Harris et Olinka Berova dans Les Nuits érotiques de Poppée (1969)

Décédé en 2017, Brad Harris avait épousé en 1967 l'actrice tchèque Olinka Berova, plus connue sous le nom d'Olly Schoberova. Les deux tourtereaux, qui ont divorcé en 1972, ont notamment joué ensemble dans FBI contre l’œillet chinois, Les Chercheurs d'or de l'Arkansas, Commissaire X : halte au LSD, Les Nuits érotiques de Poppée (Malatesta, 1969) et Dans l'enfer de Monza (Malatesta, 1970). Le cinéphile avisé aura repéré Olinka Berova aux côtés d'Anthony Quinn et de Virna Lisi dans un film un peu plus reluisant : La Vingt-cinquième heure (Verneuil, 1967).

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