Le Film du jour n°207 : La mort caresse à minuit

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°207 : La mort caresse à minuit
Titre original : La morte accarrezza a mezzanotte
Un film italo-espagnol de Luciano ERCOLI (1972) avec Nieves Navarro (alias Susan Scott), Simon Andreu, Peter Martell, Carlo Gentili, Claudie Lange...
La mort caresse à minuit (vu l'affiche, c'est apparemment une caresse qui laisse des traces...) est le troisième giallo mis en boîte par le réalisateur italien Luciano Ercoli. Au risque de me répéter - mais tant pis -, le giallo est une sorte de thriller qui met l'accent sur les actes criminels eux-mêmes, plutôt que sur la résolution d'une intrigue qui passe au second plan et qui s'avère parfois d'un intérêt limité. Tout est dans le rituel de mise à mort de jeunes femmes le plus souvent en tenue légère : costume d'Eve au premier jour, bikini, slibard et soutif, nuisette voluptueuse, etc. (voir Chassé-croisé sur une lame de rasoir pour plus de détails).
Le Film du jour n°207 : La mort caresse à minuit

Susan Scott à l'affiche d'un autre film signé Luciano Ercoli

Avant La mort caresse à minuit, Luciano Ercoli, notre réalisateur du jour, avait signé Photo interdite d'une bourgeoise (1970) avec la charmante Dagmar Lassander (jeune femme sur laquelle le Film du jour s'étalera avec délectation dans un prochain numéro...) et Nuits d'amour et d'épouvantes (1971), film connu aussi sous le nom plus improbable de La mort marche à talons hauts (bon, c'est vrai que c'est pas du très bon français, il faudrait plutôt dire La mort marche avec des talons hauts... mais le charabia ne gêne plus personne aujourd'hui... en France, on a même eu un président de la République qui parlait comme ça...).
Le Film du jour n°207 : La mort caresse à minuit

Sur l'affiche de cet autre film de Luciano Ercoli, ce n'est pas Susan Scott qui est en mauvaise posture, mais Dagmar Lassander

Avant de passer à la réalisation avec Photo interdite d'une bourgeoise, Luciano Ercoli s'était acquis une petite réputation de professionnel avisé de l'industrie cinématographique en produisant des films de genre en vogue dans les années 60, et notamment des westerns-spaghettis comme Un pistolet pour Ringo (Tessari, 1964), Le retour de Ringo (Tessari, 1965) ou Les longs jours de la vengeance (Vancini, 1966), trois œuvres avec Giuliano Gemma en tête d'affiche.
Lorsque notre homme s'aperçut qu'il lui était possible de faire l'économie d'un réalisateur en passant lui-même derrière la caméra (un professionnel avisé qu'on vous dit...), il s'empressa de joindre le geste à la parole ! Après les trois giallos précités, Luciano Ercoli ficela encore lui-même cinq ou six films, sous son vrai nom (Les dossiers rouges de la Mondaine/La police a les mains liées en 1974 par exemple) ou sous le pseudonyme d'André Colbert (lorsque les scènes d'un film sont particulièrement chaudes, rien ne vaut un bon pseudo français... ça fait tout de suite plus sérieux... cf. Sergio Bergonzelli, devenu Serge Bergon pour le tournage de Joy).
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Susan Scott (oui, là, c'est bien elle) dans La mort caresse à minuit (image : www.ivid.it)

La mort caresse à minuit, l'histoire : Valentina est un top-modèle réputé. Très dépensière et souvent sans le sou à la fin du mois, la jeune femme s'est portée volontaire pour tester une nouvelle drogue hallucinogène aux effets inconnus. Menée sous le contrôle d'un médecin, l'expérience a lieu à l'instigation du rédacteur en chef d'un magazine à sensation qui a promis de préserver l'anonymat de Valentina (faut jamais faire confiance à un rédacteur en chef, tout le monde sait ça, pourtant !). Pendant le test, Valentina est victime d'hallucinations et voit l'assassinat d'une jeune fille massacrée par un tueur muni d'un gant serti de pointes acérées. Le lendemain, notre top-modèle a la désagréable surprise de voir son nom étalé dans la presse, le rédacteur en chef ayant détaillé toute l'affaire dans son torchon. Lorsque le tueur au gant d'acier apparaît réellement, ça commence à chauffer sérieusement pour le matricule de Valentina !
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Susan Scott, de son vrai nom Nieves Navarro

Dans La mort caresse à minuit, Valentina est jouée par Susan Scott, pseudonyme de l'actrice d'origine espagnole Nieves Navarro. Une Susan Scott déjà aux génériques des deux précédents giallos de Luciano Ercoli. Ce qui n'est guère une surprise puisqu'elle était la femme du réalisateur, les deux tourtereaux s'étant passés la bague au doigt en 1967 ! En ce début des années 70, Mademoiselle Scott faisait d’ailleurs beaucoup dans le giallo : à peu près à la même époque, on pouvait également l'admirer dans La peur au ventre (Bianchi Montero, 1972), Chassé-croisé sur une lame de rasoir (Pradeaux, 1973) ou, aux côtés d'Edwige Fenech, dans L'alliance invisible/Toutes les couleurs du vice (Martino, 1971).
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Nieves Navarro et Fernando Sancho dans Le retour de Ringo (Tessari, 1965) (image : www.ivid.it)

Nieves Navarro voit le jour en Andalousie, à Almeria pour être précis, là où de nombreux westerns-spaghettis italiens sont tournés dans les années 60. Normal donc que la jeune femme, après une carrière de mannequin dans la haute couture, démarre par des rôles dans ce genre cinématographique où elle se taille rapidement une petite réputation de femme de tempérament.
L’actrice figure ainsi aux génériques de longs métrages comme Un pistolet pour Ringo, Le retour de Ringo, Les longs jours de la vengeance (trois films produits par son futur mari, voir plus haut...), Colorado (Sollima, 1966), El Rojo (Savona, 1966), Adios Sabata (Parolini, 1970) et Une traînée de poudre, les pistoleros arrivent (Carnimeo, 1970). C'est en 1969 sur le tournage du thriller La jeunesse du massacre qu'elle prend le pseudonyme de Susan Scott sur les conseils du réalisateur Fernando di Leo, un monsieur responsable, rappelons-le, de ce joyau du giallo intitulé Les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock (1971).
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Susan Scott et Edwige Fenech dans Toutes les couleurs du vice (Martino,1971)

Après le western-spaghetti et le giallo, la désormais nommée Susan Scott suit les genres à la mode dans la production transalpine et glisse au milieu des années 70 vers la sexy-comédie... dans le sillage d’Edwige Fenech, une autre transfuge du giallo. On la retrouve ainsi au générique d'Un vice de famille (jeu de mots très fin...) (Laurenti, 1975), film avec la Fenech en vedette, ainsi qu'au casting de L'infirmière de l'hosto du régiment (Laurenti, 1979) avec, cette fois-ci, Nadia Cassini.
Mais, apparemment, ce n'était pas assez "chaud" pour l'actrice qui va aussi jouer, se dénuder et s'immiscer dans des scènes très olé-olé dans des longs métrages érotiques et, notamment, dans plusieurs "œuvres" avec Laura Gemser (l'Emanuelle avec un seul M !) en tête d'affiche. Nieves Navarro est ainsi de l'aventure de Vicieuse et manuelle (encore un jeu de mots subtil...) (Rondi, 1976) et de celle d'Emanuelle et les derniers cannibales (d'Amato, 1977) (elle s'y fait d'ailleurs ouvrir le bide et grignoter l'intestin à vif de façon tout à fait charmante...).
Le Film du jour n°207 : La mort caresse à minuit

Susan Scott (au fond) s'apprête à passer un (dernier) mauvais quart d'heure dans Emanuelle et les derniers cannibales (d'Amato, 1977) (image : www.ivid.it)

Après avoir joué le rôle-titre du sulfureux Les plaisirs d'Hélène/Orgasmo Nero (d'Amato, 1980), film où elle démontre qu'à 42 ans, elle a de beaux restes et qu'elle sait s'en servir judicieusement, Susan Scott verra sa carrière gentiment s'étioler dans des rôles secondaires au sein de productions érotiques sans intérêt. En 1989, elle plie définitivement les cannes et se retire du cinéma après avoir traversé une quarantaine de films en tout et pour tout. Pas mal quand même !

Publié dans Titres étranges

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