Marina Vlady (1938-2026)

Publié le par lefilmdujour

Elle a incarné la princesse de Clèves dans le film du même nom réalisé en 1960 par Jean Delannoy d’après le roman de Madame de La Fayette. Mais aussi la féminité matriarcale et castratrice face à Ugo Tognazzi dans Le Lit conjugal (1962) de Marco Ferreri, rôle qui lui valut le prix d’interprétation lors du festival de Cannes 1963. Ou encore une jeune mère de famille qui s’adonne à la prostitution occasionnelle dans Deux ou trois choses que je sais d’elle (1966) de Jean-Luc Godard, et la favorite du régent Philippe d’Orléans (campé par Philippe Noiret) dans Que la fête commence (1974) de Bertrand Tavernier (César du meilleur réalisateur 1976). L’actrice, mais aussi chanteuse et écrivaine, Marina Vlady est décédée le 24 septembre 2026 à l’âge de 88 ans.

Marina Vlady dans La Princesse de Clèves (1960)

Née Catherine de Poliakoff-Baïdaroff, fille d’émigrés russes arrivés à Paris dans les années 1910, Marina Vlady est d’abord petit rat à l’Opéra de Paris avant de se tourner rapidement vers le cinéma. Alors qu’elle n’a que dix ans, elle participe, aux côtés de deux de ses quatre sœurs (Odile Versois et Olga Varen), à Orage d’été (1949) de Jean Gehret. Quatre ans plus tard, et alors que la jeune actrice a déjà tourné dans une dizaine de films italiens (dont Jours d’amour, 1953, de Giuseppe De Santis, aux côtés de Marcello Mastroianni), Marina Vlady interprète le rôle féminin principal d’Avant le déluge (1953) d’André Cayatte, histoire de cinq adolescents, anxieux face à la menace nucléaire, et se voit couronnée par le prix Suzanne-Blanchetti, récompense attribuée chaque année à la jeune actrice jugée la plus prometteuse.

Bernard Blier et Marina Vlady dans Avant le déluge (1953)

Sa carrière est lancée et Marina Vlady jouera jusqu’en 2018 une centaine de rôles au cinéma et à la télévision, auxquels il convient d’ajouter une douzaine de pièces de théâtre ou spectacles sur scènes.

Les années 1950 sont marquées par sa rencontre avec Robert Hossein qui devient son mari en 1955, dont elle divorce en 1960, et sous la direction duquel elle tourne quatre longs métrages : Les Salauds vont en enfer (1955), d’après une pièce de Frédéric Dard, Pardonnez nos offenses (1956), Toi le venin (1958) et La Nuit des espions (1959). (Robert Hossein y est aussi acteur à l’exception de Pardonnez nos offenses.)

Robert Hossein et Marina Vlady dans Toi le venin (1958)

Le couple est aussi à l’affiche de Crime et châtiment (1956) de Georges Lampin, Liberté surveillée (1957), production franco-tchécoslovaque de Henri Aisner et Vladimir Vicek, La Sentence (1959) de Jean Valère, Les Canailles (1959) de Maurice Labro d’après un roman de James Hadley Chase, Le Meurtrier (1962) de Claude Autant-Lara.

Parallèlement, Marina Vlady connaît un énorme succès en Union soviétique avec le drame La Sorcière (1955) d’André Michel, d’après Olessia (1898), un récit du russe Alexandre Kouprine.

Marina Vlady dans La Sorcière (1955)

Démarrées en fanfare avec La Princesse de Clèves, les années 1960 permettent à l’actrice de donner la réplique à Lino Ventura (La Fille dans la vitrine, 1960, de Luciano Emmer), Macha Méryl (Adorable menteuse, 1961, de Michel Deville), Bourvil et Pierre Brasseur (Les Bonnes causes, 1962, de Christian-Jaque, Ugo Tognazzi (Le Lit conjugal), George Chakiris (On a volé la Joconde, 1965, de Michel Deville), Orson Welles (Falstaff, d’Orson Welles, 1965).

Marina Vlady et Ugo Tognazzi dans Le Lit conjugal (1962)

Alors qu’elle tourne un OSS 117 (Atout cœur à Tokyo pour OSS117, 1966, de Michel Boisrond), Marina Vlady privilégie de plus en plus le cinéma d’auteur, avec Godard et Deux ou trois choses que je sais d’elle, et les réalisateurs Henri Colpi (Mona, l’étoile sans nom, 1965), Bernard Paul (Le Temps de vivre, 1968), François Dupont-Midy (Pour un sourire, 1969), Miklós Jancsó (Sirocco d’hiver, 1969), Michel Mitrani (La Nuit bulgare, 1969)…

Marina Vlady dans Deux ou trois choses que je sais d'elle (1966)

Au cours des années 1970, Marina Vlady, tout en continuant de participer à des films plus confidentiels (Elles deux, 1977, de la Hongroise Márta Mészáros), revient à des œuvres plus « grand public ». Elle est aux génériques de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972) de Jean Yanne (où elle est l’épouse du président de Radio Plus, incarné par Bernard Blier), Le Complot (1972) de René Gainville, Que la fête commence, Sept morts sur ordonnance (1975) de Jacques Rouffio (où elle est l’épouse du chirurgien interprété par Michel Piccoli), Duos sur canapé (1979) de Marc Camoletti (avec Jean Lefebvre, Michel Galabru et Bernard Menez), Le Malade imaginaire (1079) de Tonino Cervi (avec Alberto Sordi et Laura Antonelli). On la voit même en épouse de John Huston dans le film fantastique Le Mystère du Triangle des Bermudes (1977) de René Cardona Jr.

Philippe Noiret et Marina Vlady dans Que la fête commence (1974)

A partir des années 1980, l’actrice ralentit ses activités au cinéma mais elle tourne encore pour des réalisateurs comme Catherine Binet (Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz, 1982), Fernando Solanas (Tangos, l’exil de Gardel, 1985), Gianfranco Mingozzi (Les Exploits d’un jeune don juan, 1986) ou Ettore Scola (Splendor, 1989, où elle retrouve Marcello Mastroianni). L'actrice participe à la comédie Twist again à Moscou, 1986, de Jean-Marie Poiré et travaille aussi en Allemagne, en Russie, au Japon, en Grèce… Elle incarne notamment l’impératrice Catherine II dans la production russo-japonaise Rêves de Russie (1992) de Jun’ya Sato.

Marina Vlady avait fait sa dernière apparition sur grand écran dans un rôle de composition dans Quelques jours de répit (2010) du réalisateur algérien Amor Hakkar.

Pour la télévision, l’actrice a joué sous la direction de réalisateurs également cinéastes comme Jacques Doniol-Valcroze, Marcel Camus, Jacques Deray, Michel Soutter, Gérard Vergez, Nadine Trintignant…

La dernière apparition sur grand écran de Marina Vlady

Marina Vlady, mère de trois enfants, a été mariée trois fois (avec Robert Hossein, avec le résistant et aviateur Jean-Claude Brouillet et avec le poète et chanteur soviétique Vladimir Vyssotski). Elle a vécu pendant 23 ans avec le médecin cancérologue Léon Schwartzenberg jusqu’en 2003, année de la disparition de ce dernier.  

Publié dans Claps de fin

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