Richard Harrison (1936-2026)

Publié le par lefilmdujour

Acteur incontournable du cinéma dit « bis » qui s’est fait remarquer dans des bandes européennes et hongkongaises, l’Américain Richard Harrison est décédé le 18 septembre 2026 à l’âge de 90 ans.

Richard Harrison s'adonne dès l'adolescence au culturisme (photo ci-contre) et pose dans diverses revues de mode et de sport. Dès 1957, son physique avantageux lui permet de décrocher de petits rôles au cinéma et on l'aperçoit dans quelques séries B comme Les Feux de la bataille (Springsteen, 1959), un film sur la guerre de Corée, ou Le Maître du monde (Witney, 1959), long métrage tiré de l’œuvre éponyme de Jules Verne avec Vincent Price et Charles Bronson.

Richard Harrison dans Persée l'invincible (1962) 

Alors que le péplum commence à percer en Italie, le producteur Italo Zingarelli, en mal d'acteurs musclés, le remarque et lui fait franchir l'Atlantique. De l'autre côté des Alpes, Richard Harrison est immédiatement projeté en tête d'affiche et c'est le succès immédiat. Notre homme enchaîne alors les péplums comme un stakhanoviste qui porte bien la jupette romaine (ou grecque) : Le Gladiateur invincible (Momplet, 1961), Les Sept gladiateurs (Lazaga, 1962), Percée l'invincible (De Martino, 1962), Hercule contre les mercenaires (Lenzi, 1964), La Fureur des gladiateurs (Caiano, 1964), La Révolte des Prétoriens (Brescia, 1964), Fort Alésia (Dawson, 1964), etc.

Richard Harrison (à droite) dans El Rojo (1966)

Il séduit tellement le public, le beau Richard, qu'on l'enrôle aussi dans des films d'aventures (Le Boucanier des îles, Paolella, 1961, avec l'angélique Michèle Mercier), puis dans des westerns-spaghettis (Duel au Texas, Blasco & Caiano, 1963 ; Cent mille dollars pour Ringo, De Martino, 1966 ; Avec Django, la mort est là, Margheriti, 1968 ; Creuse ta tombe Garringo, Sabata revient, Bosch, 1970 ; Deux frères appelés Trinita, Genta, 1972 ; etc.), des films d'espions à la petite semaine (Les Espions meurent à Beyrouth, Martino & Loy, 1964 ; A077 défie les tueurs, Margheriti, 1966 ; Que peut-on faire avec sept femmes, Piccioni, 1971, etc.), des films policiers (Steve, à toi de crever, Florio, 1966 ; Un casse pour des clous, Pradeaux, 1967 ; Ultime violence, Grieco, 1977...), des films de guerre (36 heures en enfer, Bianchi-Montero, 1969 ; Les Léopards de Churchill, Pradeaux, 1970, etc.)... L'acteur joue même un super-héros dans Fantabulous (1967) de Sergio Spina. Aucun chef-d’œuvre incontestable là-dedans, mais qu'importe ! Au crédit de l’acteur, Richard Harrison aurait décliné l’offre de Sergio Leone qui lui aurait proposé le rôle principal de Pour une poignées de dollars et aurait recommandé un jeune acteur sachant monter à cheval… du nom de Clint Eastwood !

Entre le péplum et le western-spaghetti, Richard Harrison passe sans problème au film d'espionnage

Avec plus de 60 de films tournés entre 1960 à 1980, Richard Harrison ne se plaint pas, loin s'en faut. Contrairement à d'autres bodybuildés, héros de péplums, bien plus musclés que lui (Steve Reeves en tête), il a su, lui, se convertir sans problème à d'autres genres cinématographiques.

Malheureusement, face à la décrépitude du cinéma italien populaire au milieu des années 1970, Richard Harrison se voit obligé de changer son fusil d'épaule et de varier les zones géographiques de ses tournages. C'est ainsi qu'on le voit barboter dans des supernanars intersidéraux signés Luigi Batzella (Bourreaux SS n°2, 1978 ; Lorna, la lionne du désert, 1978), s'immiscer dans quelques films d'origine hongkongaises (La Révolte des boxers et Marco Polo, le guerrier de Kublai Khan, deux longs métrages de Chang Cheh réalisés en 1975), puis, dans les années 1980, errer dans des productions yougoslaves, turques, iraniennes, philippines (Opération Cambodge, Gallardo, 1981) ou nord-africaines (Amok, Ben Barka, 1983), tout en apparaissant de temps en temps dans des productions europénnes (Orgasmo Nero, D'Amato, 1980 ; Kiko, Bergonzelli, 1981 ; Opération Las Vegas, Moutier, 1988...) 

A Hong-Kong, Richard Harrison est même victime d'une escroquerie. Alors qu'il est supposé faire acte de présence dans un ou deux films de ninjas, les quelques séquences tournées vont servir et resservir dans un nombre incroyable de films emballés dans la foulée par le producteur Joseph Lai et le réalisateur Godfrey Ho à la réputation sulfureuse. Se succèdent ainsi Ninja Fury (1985), Golden Ninja Warrior (1986), Diamond Ninja Force (1986), Flic ou ninja (1986), Black Ninja (1987), sans compter les Ninja Terminator, Ninja Holocaust, Ninja Dragon, Ninja The Protector, Ninja Kill et autres Ninja Powerforce. (Une exception quand même au tsunami ninja, le légendaire film de guerre de série Z Hitman le cobra, 1987, toujours du même Ho). On comprend que l'acteur en soit sorti complètement désabusé.

Devant tant d'adversité, Richard Harrison préfère mettre un quasi-terme à sa carrière cinématographique au tout début des années 1990, non sans avoir tourné pour l’inénarrable réalisateur espagnol Jesus Franco aux côtés de Christopher Mitchum, Christopher Lee et Brigitte Lahaie (Dark Mission : les Fleurs du mal, 1988).

Sebastian Harrison, l'un des trois fils qu'il a eu de son premier mariage et qui a joué notamment auprès de son paternel dans L'Implacable défi (Bruce Le, 1985), rendait un hommage à son père sur le site Web de sa société d'électronique baptisée Gladiator Electronics (clin d’œil à la carrière de Richard Harrison). Ce site (conséquence de la crise ?) a malheureusement fermé ses portes en 2008.

Pour en savoir plus, consultez l'excellent site Nanarland auquel Richard Harrison a accordé une interview il y a quelques années.

Publié dans Claps de fin

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