Frederick Wiseman (1930-2026)

Publié le par lefilmdujour

Documentariste à l’influence considérable, le réalisateur américain Frederick Wiseman est décédé le 16 février 2026 à l’âge de 96 ans. Adepte du cinéma "direct" au sens où le réalisateur recherche « sa propre invisibilité » (501 réalisateurs, éditions Omnibus), Frederick Wiseman délaisse interviews et style narratif traditionnel pour, dans un premier temps, brosser un tableau critique de la société et des institutions américaines.

Dès son premier documentaire, les principes de base de son cinéma sont posés : absence d'interviews, de commentaires off et de musiques additionnelles, pour privilégier un lent apprivoisement des personnes à la caméra, jusqu'à ce qu'elles ne la remarquent plus. Son premier documentaire, Titicut Follies (1968), porte un regard critique sur un hôpital pour aliénés criminels.

Dans les années qui suivent, Frederick Wiseman signe un film par an en moyenne et s’intéresse, entre autres, à un lycée de Philadelphie (High School, 1968), à un commissariat (Law and Order, 1968), à un hôpital (Hospital, 1970), à un tribunal pour mineurs (Juvenile Court, 1973), à un centre d’aide sociale (Welfare, 1975)…

Les films du réalisateur, qui s’ouvre aussi aux lieux privilégiés de la société de consommation, se font plus longs, plus ambitieux. The Store (1983) s’inscrit dans la vie d’un grand magasin de Dallas. Central Park (1989) affiche 178 mn au compteur. D’une durée de 195 mn, Public Housing (1998) suit des habitants d’une cité dans un ghetto noir de Chicago. Avec ses 248 mn, Belfast, Maine (1999) dresse le portrait de toute une ville et un région, tandis que Domestic Violence (2001) traite d’un foyer pour femmes battues en Floride.

Frederick Wiseman tourne également à l’étranger, et notamment en France (La Danse, le ballet de l’opéra de Paris, 2009 ; Crazy Horse, 2010 ; Menus-plaisirs – Les Troisgros, 2022).

Le réalisateur a signé deux films de fiction. Avec l'actrice Catherine Samie, décédée il y a quelques semaines, La Dernière lettre (2002) est un monologue théâtral tiré de l’un des passages le plus célèbres du roman de Vassili Grossman Vie et destin, en l'occurrence la dernière lettre d’une mère juive à son fils lors de l’entrée des nazis en Ukraine en 1941. Avec Nathalie Boutefeu, Un couple (2022) est un long monologue imaginé à partir des Mémoires de Sophie Tolstoï et de sa correspondance avec son époux, le romancier russe Léon Tolstoï.

Frederick Wiseman est aussi apparu en tant qu’acteur dans quelques films et on se souviendra de son apparition dans le récent Vie privée (2024) de Rebecca Zlotowski en psychiatre et ancien professeur et guide du personnage joué par Jodie Foster.

Publié dans Claps de fin

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