Ciné actu par Jean Aymar de Thou : La Bataille de Gaulle
/image%2F0933726%2F20260626%2Fob_872f65_la-bataille-de-gaulle.jpg)
Un film en deux parties d’Antonin Baudry (2024), sorti en salles les 3 et 26 juin 2026
Gros tour de force d’avoir réussi à synthétiser avec un souffle extraordinaire, et une parfaite lisibilité dans l’agencement des faits, les quatre années du parcours de Charles de Gaulle, de mai 1940 – où il est encore colonel et mène une contre-offensive lors de la bataille de Montcornet – au 11 novembre 1944 (où il commémore l’armistice sous l’arc de Triomphe en compagnie de Churchill, le Premier ministre britannique).
Les deux films durent chacun 2h40 environ, mais l’ennui ne surgit à aucun moment, bien au contraire. C’est certes instructif, certains épisodes n’étant pas forcément connus, mais c’est surtout palpitant avec, en acmés, les énormes morceaux de bravoure que constituent les batailles de Bir-Hakeim (menée par le général Koenig, incarné idéalement par Benoît Magimel) et de Ksar Ghilane (remportée par la colonne Leclerc, le colonel puis général Leclerc étant campé magnifiquement par Niels Schneider).
Le film insiste aussi sur les rapports amicaux quoique conflictuels entre Churchill et de Gaulle (excellent Simon Abkarian qui ne cherche jamais à "imiter" de Gaulle), tout en évoquant de façon beaucoup plus tragique la résistance intérieure autour de la figure centrale de Jean Moulin.
La Bataille de Gaulle met aussi en exergue le fait que la destinée de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, indubitablement liée aux faits et gestes du général de Gaulle, repose sur des paris absolument jamais gagnés d’avance, sur des stratégies hasardeuses finalement réussies, sur des avancées menées sur le fil du rasoir et sur une détestation viscérale à tout ce qui avait touché de près ou de loin à Vichy (alors que les Britanniques et les Américains poussaient à une certaine entente pour mener les batailles décisives contre l’Allemagne), le tout mené par une foi indestructible en l’avenir d’une France libérée, indépendante et autonome.
C’est peut-être ce constat qui a fait que de nombreux spectateurs ont applaudi à la fin du film, faute de trouver avec la quasi-totalité du monde politique d’aujourd’hui quelques raisons de s'enthousiasmer devant des spectacles généralement pathétiques et d’espérer dans un futur meilleur.
Jean Aymar de Thou