Ciné Actu par Jean Aymar de Thou : Les Aigles de la République
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Un film de Tarik Saleh (2024), sorti en salles le 12 novembre 2025
Itinéraire d’une star populaire du cinéma égyptien pris à la gorge par une autocratie sans foi ni loi, Les Ailes de la République est le troisième film « cairote » du réalisateur suédois (d’origine égyptienne) Tarik Saleh, après Le Caire confidentiel (2016) et La Conspiration du Caire (2021).
Si les deux premiers reposaient sur une trame de thriller tout en étant connotés politiquement, Les Aigles de la République s’inscrit plutôt comme une critique en règle du régime autocrate et policier du maréchal al-Sissi.
Joué par le toujours excellent Fares Fares, déjà aux génériques des deux films précédents du réalisateur, George Fahmy est unanimement apprécié du grand public en Égypte, un statut qui lui permet (pense-t-il) de vivre comme il l’entend hors de toute pression politique dans un pays certes laïque, mais où 90 % de la population est musulmane et où la charia n’est jamais loin. Chrétien copte et surnommé le Pharaon, il est séparé de son épouse, entretient une relation extra-conjugale avec une jeune femme désireuse de devenir actrice et n’hésite pas à coucher avec la moitié d’un ministre du gouvernement.
Le jour où on lui demande d’incarner à l’écran le président égyptien (qui ne lui ressemble aucunement), l’acteur s’estime donc en droit de refuser. Mais les pressions, voire les menaces plus ou moins explicites (sur lui, sa famille, ses proches), vont avoir raison de sa volonté et il va s’engager sur une voie où son rayon d’action sera de plus en plus limitée qui s’avérera (presque) sans retour… L’épisode final, qui s’inspire de l’attentat qui causa la perte d’Anouar el-Sadate en 1981, n’apparaît alors plus que comme un énième simulacre. C’est un peu le point faible du film qui s’essouffle dans sa dernière partie.
On comprendra pourquoi le film a été tourné en... Turquie, et non en Égypte.
Jean Aymar de Thou