Le Film du jour n°147 : Les mésaventures d'un lit trop accueillant

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°147 : Les mésaventures d'un lit trop accueillant
Un film français de Michel LEMOINE (1973) avec Olga Georges-Picot, Janine Reynaud, Michel Le Royer, Jean Guelis, Martine Azencot, Anne Libert...
Le Film du jour est connu sous (au moins) deux autres titres, Les confidences érotiques d'un lit trop accueillant et Les frôleuses. Le lecteur averti l'aura donc compris. Les mésaventures d'un lit trop accueillant appartient au genre érotique, genre popularisé et porté au pinacle en France au début des années 1970 par des réalisateurs comme José Bénazéraf (Frustration, Bacchanales 73, etc.), Max Pecas (Claude et Greta, Je suis une nymphomane, etc.), Jean-François Davy (Bananes mécaniques, Prenez la queue comme tout le monde, etc.), Jean-Marie Pallardy (L'amour chez les poids lourds, L'arrière-train sifflera trois fois, Le journal érotique d'un bûcheron,...) et Michel Lemoine donc, réalisateur de notre Film du jour.
Né en 1922 et décédé en 2013, Michel Lemoine a d'abord été acteur avant d'empoigner la caméra. Il fait ses premiers pas à l'écran sous le haut patronage de Sacha Guitry qui l'embauche pour Le diable boiteux (1948) sans qu'il soit crédité toutefois, puis pour Le trésor de Cantenac (1950). On l'aperçoit aussi, semble-t-il, chez Julien Duvivier (La fête à Henriette, 1952).
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Michel Lemoine héros de La vengeance du masque de fer (De Feo, 1961)

Au début des années 60, Michel Lemoine cède aux sirènes du cinéma italien comme beaucoup d'autres acteurs français. Il s'y fait une petite réputation dans les films de série B, tels Le monstre aux yeux verts (R. Ferrara, 1962), Hercule contre Moloch (Ferroni, 1963), Le sabre de la vengeance (Savona, 1963), Les possédées du démon (Josipovici & Molteni, 1964), Arizona Bill (M. Bava, 1964), Agent 3S3, massacre au soleil (Sollima, 1966), etc. Bref, tous les genres ou presque y passent et, la plupart du temps, notre homme se voit confier de gentils rôles d'ordure, de fumier ou de salopard...
A la fin des années 60, sa femme, l'actrice Janine Reynaud, qui mène aussi une carrière en Italie (on la verra en 1971 dans le giallo La queue du scorpion de Sergio Martino passer l'arme à gauche de la plus belle des manières), lui présente Jesus Franco. Michel Lemoine va alors tourner plusieurs films avec le "maître" espagnol (voir Deux espionnes avec un petit slip à fleurs) et, notamment, Necromicon (1968) où joue également Janine Reynaud.
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Le premier film réalisé par Michel Lemoine, avec Janine Reynaud, son épouse de l'époque (image : www.canal-plus.com)

Parallèlement, l'acteur côtoie les futurs papes de l'érotisme français. Michel Lemoine est ainsi aux génériques de plusieurs films de José Bénazéraf comme Concerto de la peur (1962), Joe Caligula (1969) et Frustration (1971) (on retrouve d'ailleurs une certaine Elisabeth Teissier dans cette dernière bande, si, si). On le voit aussi dans Le seuil du vide (1971) et La débauche (1972) de Jean-François Davy, et dans Je suis une nymphomane (1971) de Max Pecas.
C'est donc en 1971 dans le genre érotique que, tout naturellement, Michel Lemoine démarre véritablement sa carrière de réalisateur, et ce avec Les désaxées, histoire d'un couple échangiste fortement autobiographique (Michel Lemoine et Janine Reynaud se sont arrogé les rôles principaux pour ne pas perdre la main...).
Suivront, dans le même registre, Les mésaventures d'un lit trop accueillant, Les chiennes (ou Le manoir aux louves) (1973), considéré comme son meilleur film, Les petites saintes y touchent (1974) (on appréciera comme il se doit le jeu de mots), puis les improbables Week-ends maléfiques du comte Zaroff (ou Sept femmes pour un sadique) (1976) avec Howard Vernon, l'acteur fétiche de Jesus Franco.
Nanar absolu selon les rares personnes ayant dégusté cette œuvrette diffusée régulièrement la nuit sur la chaîne Ciné FX, ce dernier film, vague resucée des célèbres Chasses du comte Zaroff, est devenu mythique... Après cet éclat, Michel Lemoine se tourne vers les films X pendant quelques années sous divers pseudos (Michel Blanc, Michel Leblanc, John Armando, etc.), avant de se rhabiller et de raccrocher définitivement la caméra en 1987. Pour une biofilmographie complète de Michel Lemoine, consulter l'excellent site www.nanarland.com.
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Michel Lemoine et Howard Vernon dans Les week-ends maléfiques du comte Zaroff (Lemoine, 1976)

Les mésaventures d'un lit trop accueillant, l'histoire : Une nuit dans Paris, Jean-Louis (Michel Le Royer, qui fut Lafayette dans le film du même nom réalisé par Jean Dréville en 1961 et l'un des héros de la série TV "Corsaires et flibustiers") rencontre par hasard son ancienne petite amie Dominique (Olga Georges-Picot). Celle-ci l'invite à prendre un verre chez elle. Là, le regard de Jean-Louis est irrésistiblement attiré vers un lit de forme ronde qui fait la fierté de Dominique. Ce lit a beaucoup de choses à raconter... et c'est parti mon kiki, si j'ose dire !
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Olga Georges-Picot

Triste destin que celui d'Olga Georges-Picot qui interprète la belle et mystérieuse Dominique dans Les mésaventures d'un lit trop accueillant et qui s'est suicidée en 1997.
Née en 1940 à Shanghai d'un ambassadeur français et d'une mère russe, elle voyage pendant son enfance et son adolescence un peu partout dans le monde, au gré des affectations de son père. En 1961, installée à Paris depuis deux ans, elle commence une carrière de mannequin tout en suivant les cours de l'antenne française de l'Actor's Studio.
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Olga Georges-Picot encercle Claude Rich sur l'affiche de Je t'aime, je t'aime (Resnais, 1967) (image : www.cinemaffiche.com)

Olga Georges-Picot débute au cinéma (comme beaucoup d'actrices de sa génération) dans l'un des sketches des Parisiennes (1961), celui réalisé par Jacques Poitrenaud en l'occurrence. Mais ce n'est qu'en 1967 qu'elle éclate vraiment au cinéma, Alain Resnais lui confiant le premier rôle féminin de Je t'aime, je t'aime. Ce film raconte une expérience scientifique de retour dans le passé auquel se soumet un écrivain suicidaire (Claude Rich).
L'année suivante, Olga Georges-Picot côtoie Alain Delon dans Adieu l'ami de Jean Vautrin (alias Jean Herman). C'est alors que le cinéaste Bernard Borderie, qui avait connu un formidable succès avec la série des Angélique, décide de remettre le couvert en filmant les aventures d'une certaine Catherine, héroïne d'un roman de Juliette Benzoni. Il confie alors le rôle-titre de Catherine, il suffit d'un amour (1968) à Olga Georges-Picot. Malheureusement, le film est un échec cuisant.
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Olga Georges-Picot est Catherine, héroïne de la romancière Juliette Benzoni, dans ce film de 1968

L'actrice ne s'en relèvera pas vraiment et va tourner une suite de longs métrages qui ne rencontrent guère de succès et qui profitent bassement de la sculpturale beauté de la jeune femme : Un corps, une nuit (Bontempi, 1969), Féminin, féminin (Calef & Correa, 1971), Le feu aux lèvres (Kalfon, 1972), etc.
Olga Georges-Picot flirte même avec le porno soft avec Les mésaventures d'un lit trop accueillant. Des participations à des productions internationales comme Chacal (Zinnemann, 1973), un passage chez Woody Allen (Guerre et amour, 1974), des rôles dans des œuvres érotiques intellectuelles comme Glissements progressifs du plaisir (Robbe-Grillet, 1974) ne lui permettent pas de rebondir.
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Olga Georges-Picot et Anicée Alvina dans Glissements progressifs du plaisir (Robbe-Grillet, 1974)

On reverra encore l'actrice dans des sous-produits à fesses et nichons comme Goodbye Emmanuelle (Leterrier, 1977) et Brigade mondaine (Scandelari, 1978). La dernière apparition de l'actrice sur grand écran sera pour Rebelote (J. Richard, 1984) aux côtés de Jean-Pierre Léaud. En 1997, Olga Georges-Picot décide de tirer définitivement un trait et se jette de la fenêtre de son appartement.

Publié dans Titres étranges

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