Judit Elek (1937-2025)
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Considérée comme l’une des pionnières les plus importantes du « cinéma direct », issu du documentaire, la réalisatrice hongroise Judit Elek, dont La Dame de Constantinople (1968) est l’œuvre la plus connue, est décédée le 1er octobre 2025 à l’âge de 87 ans.
Judit Elek s’engage sur la voie du cinéma du réel avec le court métrage Rencontre (1963) dont elle dit : « Je voulais filmer mes idées en me servant d’un réel non déterminé par moi, mais par lui seul. » Avec ce travail novateur, la réalisatrice se fait connaître et son documentaire Où finit la vie ? (1967) est projeté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 1968 (juste avant la clôture anticipée du festival pour cause de mai 68).
Projeté à la Semaine de critique de l’édition 1969 du festival cannois, La Dame de Constantinople, son premier long métrage de fiction, est le portrait d’une vieille dame seule accrochée à ses souvenirs et obligée de se séparer d’un appartement trop coûteux. Peut-être demain (1979), réalisé dix ans plus tard, s’attache à un homme jeune partagé entre deux femmes, entre ses racines rurales et les anciens modes de vie qui se défont à la ville. Entre ces deux œuvres, Judit Elek réalise le diptyque Un village hongrois (1971) / Une histoire simple (1975), chronique de la vie de deux adolescentes sur cinq ans. Selon le Dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul, « la trame fictionnelle des films de Judit Elek, qui s’attache à travailler des situations de crise individuelle, est toujours tendue sur la description aiguë des rapports sociaux vus par une grande ‘’documentariste’’ ».
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La réalisatrice explore aussi l’histoire de la Hongrie, évoque le poète inspirateur du nationalisme hongrois Sándor Petőfi dans La Fête de Maria (1984), présenté en ouverture de la section Un certain regard du festival de Cannes en 1984, le stalinisme dans L'Éveil (1994), l'antisémitisme dans Mémoires d'un fleuve (1989) et le documentaire Dire l'indicible – La Quête d’Elie Wiesel (1993-1996) (avec Jean-Hugues Anglade en narrateur). (Judit Elek avait vécu une partie de son enfance juive cachée dans le ghetto de Budapest.)
Le festival La Rochelle Cinéma avait rendu hommage à la réalisatrice en 1980 et trois de ses longs métrages étaient ressortis en salle en version restaurée durant l’été 2025. Un cycle intitulé Judit Elek, l’art des yeux ouverts est programmé dans le cadre de la Cinémathèque du documentaire par la Bpi (Bibliothèque publique d’information Centre Pompidou) jusqu’au 23 novembre 2025.