Le Film du jour n°14 : Trois vieilles filles en folie

Publié le par lefilmdujour

Un film français d'Emile COUZINET (1951) avec Maximilienne, Marcelle Arnold, Colette Régis, Armand Bernard, Duvallès, Pierre Larquey, Jean Tissier, Raymond Cordy...

Qualifié aimablement de "roi du nanar ringard et franchouillard", Émile Couzinet a su appliquer, de la fin des années 30 au début des années 60, le principe de l'intégration verticale au monde du cinéma. Né à Bourg-sur-Gironde en 1896 et doté d'un sens des affaires plutôt aiguisé, il fut d'abord exploitant de salles de projection, puis distributeur, producteur, propriétaire de studios (à Royan) et enfin réalisateur. Il maîtrisait tout, de la fabrication du film à la vente des confiseries à l'entracte, créant par là même un véritable empire cinématographique bordelais.

Malheureusement, les histoires du cinéma considèrent que ce louable esprit d'entreprise fut mis au service de longs métrages d'une ringardise absolue. Certains titres, dont celui du Film d'aujourd'hui, parlent d'eux-mêmes : Le club des fadas (1938), Trois marins dans un couvent (1949), Quand te tues-tu ? (1953), Le congrès des belles-mères (1954), Mon curé champion du régiment (1955), Césarin joue les étroits mousquetaires (1962). Pas rancunière pour un sou, la commune de Bourg-sur-Gironde a baptisé du nom d’Émile Couzinet l'une de ses rues. Inventeur de la formule "On y rit, on ira !", l'homme est décédé en 1964.

Un exemple de la production cinématographique de Couzinet, avec Duvallès, l'un de ses acteurs fétiches (image : images.fan-de-cinema.com)

Historienne de l'art et journaliste, Françoise Marmolar a consacré un ouvrage passionnant à Émile Couzinet (Citizen Couzinet, Hollywood-sur-Gironde, paru aux éditions Bonne Anse). L'auteur attribue au réalisateur la citation suivante: "Je suis un paysan ; j'ai de la paille dans les sabots ; je ne cherche pas à remporter le prix du festival de Cannes mais à offrir aux travailleurs, à la ménagère, une distraction saine et facile pour le samedi soir". Tout est dit !

Trois vieilles filles en folie, l'histoire : Bien qu'infirme, le marquis de Taupignac continue de mener dans son château une vie de patachon. Au cours de l'une de ses visites, le curé du village lui confie qu'il trouve néanmoins l'atmosphère de sa nouvelle paroisse un tantinet tristounette. Qu'à cela ne tienne ! Afin de mettre un peu d'entrain dans le patelin, le marquis décide de faire appel à Jean Nohain et à sa troupe (ça, c'est un gage de bonne humeur à gogo !). Le chahut s'organise, les dames patronnesses se décoincent, un concours matrimonial est organisé. Tout finira bien avec les épousailles de trois vieilles filles avec trois forains.

Jean Carmet, à l'affiche de Mon curé, champion du régiment (1955), a rendu hommage à Couzinet

En industriel avisé et en parfait chef d'entreprise soucieux des bénéfices, Emile Couzinet tournait avec des budgets très serrés et des acteurs sous-payés. Mais ils étaient, paraît-il, bien nourris (il est donc excusé !), car l'homme était gastronome et fin connaisseur de vins. Ayant débuté devant sa caméra dans Le don d'Adèle en 1950, Robert Lamoureux - le réalisateur de la saga de La septième compagnie - a toujours su se souvenir de Couzinet, et Jean Carmet, au casting de Mon curé, champion du régiment en 1955, lui a rendu hommage à plusieurs reprises.

Maximilienne (image : www.cinema-francais.fr)

Décédée en 1978 à l'âge vénérable de 94 ans, Maximilienne joue ici l'une des trois vieilles filles en folie. La vieille fille coincée, c'était d'ailleurs un peu la spécialité de cette actrice qui a aussi fait dans la concierge aigrie, la belle-mère soupe au lait, la dame patronnesse aisément émoustillée... dans un nombre incalculable de films où elle est souvent apparue dans des rôles brefs (près de 70 longs métrages entre 1931 et 1958). C'est Maximilienne qui interprétait l'institutrice dans La femme du boulanger (Pagnol, 1938) et dans Simplet (Carlo Rim et Fernandel, 1942). Elle incarna aussi Mademoiselle Lelongbec, le célèbre personnage créé par l'humoriste Fernand Raynaud, dans Houla houla (Darène, 1958).

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