Le Film du jour n°243 : Les bijoux de famille

Publié le par lefilmdujour

Un film français de Jean-Claude LAUREUX (1975) avec Françoise Brion, Corinne O’Brian, Michel Fortin...

Sous la vague érotique qui déferla sur les écrans de cinéma au début des années 70 se cachait parfois une certaine critique sociale, voire une charge politique virulente. Juste après 1968, montrer du sexe dans les salles obscures s’apparentait de fait à un acte que l’on considérait alors comme révolutionnaire. A ce titre, Sweet Movie (1973) de Dusan Makavejev, avec Carole Laure, Anna Prucnal, Pierre Clémenti et Sami Frey, apparaît comme le « modèle » du genre. Le spectateur plus ou moins émoustillé y suit les tribulations de Miss Monde 1984, épousée et répudiée par Mr. Kapital, séduite par El Macho, se retrouvant dans une communauté thérapeutique viennoise pratiquant la régression collective et finissant noyée dans le chocolat fondu. Une scène passée à la postérité… au grand dam d’une Carole Laure engluée sous le Nutella !

Carole Laure en plein chocolat dans Sweet Movie (Makavejev, 1973). On en mangerait.

Bon, c’est vrai qu’avec Les bijoux de famille, film également connu sous le titre Les membres de la famille (ce qui ne change pas grand-chose au sujet, me direz-vous…), on est loin de ces prétentions « auteurisantes ». Le réalisateur se contente ici de tirer à vue sur les us et coutumes de la bourgeoisie pompidolienne du début des années 70, cachant des vices honteux et des turpitudes infâmes derrière une façade lézardée de respectabilité. Caractéristique dont usera et abusera le cinéma porno plus tard, c’est ici la domesticité qui a le beau rôle : le personnel mâle se voit généreusement pourvu d’instruments aptes à satisfaire des maîtresses de maison abandonnées par des maris fin de race, tandis que les bonniches, pas vraiment portées sur l’exercice du plumeau et de la serpillère, ont le porte-jarretelle et le slip en dentelle plutôt voyants et affriolants…

Les bijoux de famille s’avère le seul film pris en main par Jean-Claude Laureux, coauteur également du scénario. Ce monsieur est en fait un ingénieur du son extrêmement coté dans le milieu du cinéma. Il a notamment travaillé pour Louis Malle (Le souffle au cœur, 1971 ; Lacombe Lucien, 1974 ; Atlantic City, 1980 ; Au revoir les enfants, 1987 ; Milou en mai, 1990), Jacques Doillon (La pirate, 1984 ; La puritaine, 1986 ; Comédie !, 1987 ; La fille de quinze ans, 1989 ; Le petit criminel, 1990 ; Amoureuse, 1992 ; Le jeune Werther, 1993 ; Ponette, 1996) et Anne Fontaine (Nettoyage à sec, 1997 ; Augustin, roi du kung-fu, 1999 ; Comment j’ai tué mon père, 2001 ; Nathalie…, 2003 ; Entre ses mains, 2005 ; Nouvelle chance, 2006 ; La fille de Monaco, 2008). Comme quoi, manipuler Les bijoux de famille ne l’a pas rendu sourd, Jean-Claude Laureux a décroché deux César du meilleur son, l’un en 1988 pour Au revoir les enfants, l’autre en 1994 pour Trois couleurs : bleu (Kieslowski, 1993).

Les bijoux de famille, l’histoire : Outrepassant ses limites physiques un soir de bamboche dans sa maison close préférée, le patriarche conservateur d’une riche famille de province décède subitement. Libérés d’un joug pesant, ses proches en profitent pour assouvir leurs fantasmes. La sarabande des sens gagne Hélène, sa veuve, le prétendant de cette dernière, la fille, la bonne et le valet…

Françoise Brion

Née le 29 janvier 1933, Françoise Brion, de son vrai nom Françoise German de Ribon, joue Hélène dans Les bijoux de famille, et elle n’hésite pas à y dévoiler sa charmante anatomie, ce que ne lui reprocheront pas les spectateurs, loin s’en faut ! Actrice ayant démarré sa carrière au théâtre, Françoise Brion devint célèbre au cinéma grâce à la nouvelle vague. Et pour cause ! Son compagnon de l’époque n’était autre que Jacques Doniol-Valcroze (1920-1989), acteur, scénariste, réalisateur et cofondateur des Cahiers du cinéma avec André Bazin. L’actrice est ainsi révélée avec Le bel âge (1958) dont la mise en scène est signée Pierre Kast mais dont l’adaptation et les dialogues sont à mettre au crédit de Doniol-Valcroze qui joue également dans le film.

Sorti sur les écrans dix-huit mois après sa réalisation, Le bel âge est en fait l’un des tout premiers longs métrages estampillés nouvelle vague et raconte les aventures amoureuses et les marivaudages de jeunes adultes entre Paris, Deauville, Saint-Tropez, Megève. A l’affiche, outre Jacques Doniol-Valcroze et Françoise Brion, on retrouve Jean-Claude Brialy, Loleh Bellon, Gianni Esposito, Françoise Prévost, Alexandra Stewart, Ursula Kubler (Madame Boris Vian à la ville), etc.

L’un des tout premiers films de la Nouvelle vague, Le bel âge (Kast, 1958) révéla Françoise Brion

Dans les années qui suivent, on retrouve Françoise Brion aux génériques des films réalisés par sa moitié comme L’eau à la bouche (1959), immortalisé par la chanson éponyme de Serge Gainsbourg, Le cœur battant (1960), où elle joue aux côtés de Jean-Louis Trintignant, et La dénonciation (1961), où elle partage le haut de l’affiche avec Maurice Ronet et Nicole Berger.

En 1962, Jacques Doniol-Valcroze signe à nouveau les dialogues d’un film de Pierre Kast, Vacances portugaises en l’occurrence, et les deux tourtereaux y sont encore réunis au générique au milieu d’une pléiade d’autres acteurs comme Françoise Arnoul, Michel Auclair, Jean-Pierre Aumont, Catherine Deneuve, Jean-Marc Bory, Michèle Girardon, Barbara Laage, Daniel Gélin, Françoise Prévost, Pierre Vaneck et Bernard Wicki.

Doniol-Valcroze et Françoise Brion se donnent également la réplique dans Et Satan conduit le bal (Dabat, 1962), puis dans le premier film réalisé par le romancier Alain Robbe-Grillet, L’immortelle (1962), Prix Louis-Delluc 1963. Dans un Istanbul semi-fantasmé, on y suit les pas d’un couple qui se rencontre et visite la ville ensemble. Puis la femme disparaît. L’homme la cherche partout. Il ne retrouvera que son fantôme… Narration déstructurée, valeurs subjectives du temps et de l’espace, images esthétisantes, toutes les théories littéraires de Robbe-Grillet sont transposées à l’écran.

Françoise Brion est L’immortelle (1962), première réalisation du romancier Alain Robbe-Grillet

Françoise Brion, qui donnera deux enfants à Jacques Doniol-Valcroze, n’en délaisse pas pour autant le cinéma plus commercial. Elle côtoie ainsi Eddie Constantine dans Comment qu’elle est (Borderie, 1960), Lemmy pour les dames (Borderie, 1960) ainsi que dans Cartes sur table (1965) du réalisateur espagnol Jesus Franco. Un Jesus Franco que Françoise Brion retrouvera quelques années plus tard dans un film beaucoup plus déshabillé et intitulé… Le miroir obscène (1973). Tout un programme !

En 1967, l’actrice est également la vedette féminine d’Alexandre le bienheureux d’Yves Robert avec Philippe Noiret dans le rôle-titre et Marlène Jobert. Elle y joue la Grande, l’épouse d’Alexandre qui le fait marner à la ferme du soir au matin alors qu’il préférerait buller à longueur de journée… Ce qu’il s’empresse de faire le jour où sa femme a l’extrême bonté de périr dans un accident de voiture !

Françoise Brion, Philippe Noiret et Marlène Jobert dans Alexandre le bienheureux (Robert, 1967)

Françoise Brion est encore en tête d’affiche des Gommes (Deroisy, 1968), coproduction franco-belge et adaptation du roman du même nom d’Alain Robbe-Grillet. Mais, dans les années 70, la carrière cinématographique de l’actrice se met à osciller entre les films à audience confidentielle (Les soleils de l’île de Pâques, Kast, 1972 ; Le sourire vertical, Lapoujade, 1973), les œuvrettes plus ou moins déshabillées (Les bijoux de famille ; Néa, N. Kaplan, 1976) et les seconds rôles dans quelques longs métrages plus grand public (Adieu poulet, Granier-Deferre, 1975 ; Le point de mire, Tramont, 1977).

Le beau visage anguleux de Françoise Brion…

Dans les années 80 et 90, c’est surtout à la télévision et au théâtre que l’on retrouve Françoise Brion. L’actrice n’en continue pas moins à faire quelques apparitions au cinéma, aujourd’hui encore. Ainsi, récemment, le spectateur attentif l’aura reconnue en mère un peu foldingue de Carole Bouquet dans Travaux, on sait quand ça commence… (Roüan, 2004) et en femme au chien dans Le premier jour du reste de ta vie (Bezançon, 2007).

Publié dans Titres à nanars

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