Le Film du jour n°250 : Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole

Publié le par lefilmdujour

Un film français de Norbert TERRY (1973) avec Evelyne Scott, Laure Moutoussamy, François Gabriel, Jean Degrave, Denise Dax, Philippe Castelli, Claudine Beccarie...

A cause des augmentations massives du prix de l’or noir au cours des années 1973 et 1979, les premier et second chocs pétroliers firent vaciller les économies occidentales… Le cinéma français, et tout particulièrement le pan franchouillard de la cinématographie hexagonale, fut aussi durement touché par le retour de bâton moyen-oriental. Conséquence de l’importance prise par les dirigeants des pays producteurs de pétrole sur la scène médiatique, les nanars avec cheikhs en blanc et émirs en goguette fleurirent sur les écrans de notre beau pays à partir du milieu des années 70. Nous ne citerons ici que deux fleurons du genre, quasi "irregardables" aujourd’hui : Pétrole ! Pétrole ! (1981) de Christian Gion avec Jean-Pierre Marielle et Bernard Blier, et L’émir préfère les blondes (1983) d’Alain Payet, l’un des très rares films non pornographiques de son auteur.

Le gratin du cinéma comique français est à l’affiche de L’émir préfère les blondes (Payet, 1983)

Le cinéma érotique n’étant jamais à court de bonnes idées, rien d’étonnant à ce que les producteurs spécialisés battent, eux aussi, le rappel des derricks fièrement dressés, des burnous chauds bouillants et des jets sporadiques d’or noir giclant hors du sable chaud. L’affaire était d’autant plus juteuse que le premier choc pétrolier, conséquence de la guerre du Kippour en 1973, coïncidait pile poil avec le raz-de-marée du sexe dans les salles obscures.

C’est donc dans ce contexte qu’il faut replacer Couche-moi dans le sable et fait jaillir ton pétrole, long métrage qui, malgré son titre scabreux, n’est pas un film pornographique, mais une œuvrette érotique qui, de nos jours, pourrait presque passer sur la TV en prime time !

La même affiche… mais avec le titre complet !

Le film est signé par un dénommé Norbert Terry, né en 1924 et passé à la réalisation avec une bande un tantinet leste, intitulée joyeusement L’amour au pensionnat (1970) et également connue sous le titre Jeune fille bien… pour tous rapports. On y suit les aventures d’un jouvenceau qui se déguise en demoiselle pour pénétrer un pensionnat de jeunes filles et on y découvre dans des seconds rôles des vieux routiers du cinéma français comme Renée Saint-Cyr, déjà à l’écran dans les années 40, et le fameux Noël Roquevert ! Le réalisateur reste dans le même registre avec La classe du sexe (1972) puis enchaîne sur Le polygame (1973) avec, en guest star, Mary Marquet, déjà vedette de la Comédie-Française dans les années 20… C’est avec les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes dit-on.

En 1976, Norbert Terry change toutefois son fusil d’épaule et se lance sur un créneau alors très peu encombré : le cinéma pornographique homo. L’homme étant également propriétaire de deux salles de cinéma, l’une à Paris et l’autre à Marseille, notre gay réalisateur ne rencontre aucun problème pour diffuser les œuvres qu’il signe ou produit à une époque où l’homosexualité est plutôt mal vue… Surnommé « le tsar du porno homo », Norbert Terry est alors suffisamment original pour que Le Nouvel Obs lui consacre une page entière en 1978.

« Quand j’ai voulu me mettre au porno homo, tout le monde m’a dit : "Tu ne feras pas un sou, il n’y a pas assez de pédés en France". Eh bien, maintenant, ils tirent tous une tête comme ça devant mes recettes », confie-t-il à l’hebdomadaire. De fait, les films qu’il réalise alors rapportent sept fois plus qu’un film X traditionnel. Faut dire qu’il y avait forte concurrence sur cette spécialité dans les années 70 alors que la niche homo était quasi vierge… Parmi les titres de gloire de Norbert Terry, on citera Hommes entre eux (1976), Mâles Hard Corps (1977), Jeune proie pour mauvais garçons (1977), Les phallophiles (1979) et Il était une fois un homosexuel (1979). En 1980, affaires faites, Norbert Terry plie les gaules et disparaît de la scène cinématographique.

Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole, l’histoire : Un dessinateur vit avec une femme mais leur relation est essentiellement physique. Il tombe sous le charme de Salina, la fille d’un magnat du pétrole. Accablé par les dettes et incapable de payer ses impôts, il est arrêté par la police. Alors que notre ami est condamné à deux ans de prison, la belle Salina convainc son père d’arrêter les livraisons de pétrole à la France tant que son amoureux n’est pas libéré. Comme quoi, les embargos, ça tient à peu de choses, tout de même…

Laure Moutoussamy

Aujourd’hui romancière réputée (« L’habitation Morne-Roche », « Le ‘Kooli’ de morne Cabri », « Passerelle de vie », « Une étoile en dérive », etc.), Laure Moutoussamy interprète l’exotique Salina dans Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole. Il va sans dire que les biographies de la dame, dispersées ici ou là sur Internet, ne soufflent mot sur sa prestation. Pourtant, pas de doute, c’est bien elle. Et ce n’est pas la seule incursion de la dame dans la sphère érotique puisque le spectateur amateur de jolies filles dénudées peut aussi l’apercevoir dans Le commando des chauds lapins (Peyrol, 1973) et Histoire d’O (Jaeckin, 1975). Ce n’est pas le Film du jour qui s’en plaindra… bien au contraire !

Née à La Martinique d’un père indien et d’une mère descendante d’esclaves africains (la romancière s’inspire beaucoup de son histoire familiale), Laure Moutoussamy se lance dans la carrière de comédienne en 1971 et enchaîne immédiatement les rôles au théâtre. C’est en 1972 qu’on la voit pour la première fois sur grand écran dans Les infidèles du réalisateur guadeloupéen Christian Lara. Cette même année, elle décroche un petit rôle dans Le moine, adaptation du sulfureux roman de Matthew Lewis par le surréaliste Ado Kyrou (avec Franco Nero dans le rôle-titre).

Laure Moutoussamy joue un rôle-clé dans Antilles-sur-Seine (2000), la comédie de Pascal Légitimus

Dans les années qui suivent, les apparitions de Laure Moutoussamy au cinéma restent anecdotiques. Elle pointe aux génériques de deux Bébel signés Philippe de Broca (Le magnifique en 1973 et L’incorrigible en 1975 où elle joue une prostituée), se déguise en speakerine dans Je te tiens, tu me tiens par la barbichette (1978) de Jean Yanne et participe à La légion saute sur Kolwezi (Coutard, 1979). A la fin des années 80, l’actrice est néanmoins l’une des héroïnes de la série TV « Tendresse et passion », diffusée sur la défunte 5. Le Film du jour vous a retrouvé le générique de ce sous-Dallas à la française et, soyez rassurés, le nom de Laure Moutoussamy y figure bien :

Laure Moutoussamy dans Plus belle la vie

Au cours des années 90, Laure Moutoussamy se consacre de plus en plus à l’écriture, mais on la voit encore aux côtés de Catherine Deneuve dans La reine blanche (Hubert, 1991). Ses deux dernières prestations sur grand écran remontent à 1999 (Une pour toutes de Claude Lelouch) et 2000 (Antilles-sur-Seine de Pascal Légitimus où elle interprète l’épouse du maire de l’île de Marie-Galante, kidnappée par des promoteurs véreux). En 2001, elle a également joué la mère de Fabien Cosma, malheureusement condamnée par un cancer, dans le premier épisode de la série TV du même nom. On a aussi vu Laure Moutoussamy en 2011 dans un petit rôle dans la saison 7 de Plus belle la vie. Fin 2016, on l'a retrouvée sur grand écran dans La fine équipe (2016) de Magaly Richard-Serrano.  

Publié dans Titres à nanars

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