Le Film du jour n°123 : La vie amoureuse de l'homme invisible

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°123 : La vie amoureuse de l'homme invisible
Un film franco-espagnol de Pierre CHEVALIER (1969) avec Howard Vernon, Brigitte Carva, Fernando Sancho, Isabelle del Rio, Arlette Balkis, Eugène Berthier...
Qu'est-ce que le cinéma lui fait pas faire à c'te pov' homme invisible ! Remarquez, ça permet de gratter un salaire d'acteur et, pour les producteurs un peu rapiats (ce qui est bien le cas ici, puisque nous avons affaire à une production Eurociné, lire Touch'pas à mon biniou), voilà un critère économique à ne pas négliger...
Mais revenons aux choses sérieuses. Apparu sous la plume de l'écrivain H.G. Wells en 1897, l'homme invisible fut immortalisé sur grand écran en 1933 sous les traits de l'acteur Claude Rains. En fait, on ne voit ce dernier qu'à la toute fin du film réalisé par James Whale, déjà auteur du Frankenstein avec Boris Karloff en 1931 (voir Plus moche que Frankenstein, tu meurs). Produit par le studio Universal, spécialiste du genre, et fidèle au roman d'H.G. Wells, ce long métrage n'a guère vieilli - les trucages sont remarquables -, et connaîtra une suite en 1940, baptisée Le retour de l'homme invisible. Réalisée par Joe May et interprétée par Vincent Price, cette séquelle est aujourd'hui passablement oubliée, tout comme l'est... La femme invisible (Sutherland, 1941).
Le Film du jour n°123 : La vie amoureuse de l'homme invisible

Claude Rains dans L'homme invisible (Whale, 1933) (image : www.toutlecine.com)

Après l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés, Universal n'hésitera pas à appeler l'homme invisible à la rescousse dans L'homme invisible contre la Gestapo (Marin, 1942), film où l'on retrouve Peter Lorre (M le maudit) sous les traits d'un espion nippon... Dans le registre comique enfin, le duo Abbott et Costello - qui rencontra dans les années 40 et 50 tous les "monstres" maison du studio (nous avons déjà évoqué Deux nigauds contre Frankenstein...) - ne pouvait pas passer à côté de notre bonhomme. Ce fut fait en 1951 dans Deux nigauds et l'homme invisible, signé Charles Lamont...
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Abbott et Costello dans Deux nigauds contre l'homme invisible (Lamont, 1951) (image : www.toutlecine.com)

Déclinaison franco-espagnole miteuse du mythe (pas de souci, on est bien dans la série Z ici), La vie amoureuse de l'homme invisible est également connue sous le titre d'Orloff et l'homme invisible. On y retrouve avec plaisir ce bon docteur Orloff - en fait, une ordure finie et un praticien cinglé -, personnage créé par Jesus Franco en 1961 dans L'horrible docteur Orloff (très bon film d'épouvante par ailleurs) et en général interprété par l'acteur suisse Howard Vernon.
La vie amoureuse de l'homme invisible, l'histoire : Prévenu qu'un malade a besoin de lui là-bas, un brave médecin tente de se rendre au château du professeur Orloff, dont l'évocation du seul nom fait frémir les villageois. Il y arrive tant bien que mal et rencontre un domestique. Dialogues (repris d'un site Web spécialisé dans les apparitions du docteur Orloff au cinéma, c'est dire s'il est spécialisé...) :
"Il y a un malade ici ?
- Je ne sais pas...
- A qui faut-il s'adresser pour le savoir ?
- A moi !
- Eh bien, c'est-ce que je fais, je crois. Où est ton maître ?
- Quel maître ?"
Cet échange, que l'on pourrait qualifier de "bressonien", est renforcé par une mise en scène que ne renieraient pas Jean-Marie Straub et Danièle Huillet : plans fixes interminables, dialogues sans queue ni tête (comme l'homme invisible...), personnages inexpressifs, etc. Le reste du film est à l'avenant.
Le professeur Orloff a en fait créé un homme invisible, prémices d'une nouvelle race humaine. On en frémirait d'horreur si le personnage transparent ne souffrait pas d'une libido exacerbée et n'en profitait pas pour violer la bonne dès que son créateur a le dos tourné. La pauvre actrice, nue comme un ver, en est réduite à se tortiller pour simuler l'agression. A cet exercice périlleux qui vous brise une carrière en moins de deux, elle s'avère nettement moins douée que Barbara Hershey, tripotée par une entité psychique dans L'emprise (Furie, 1982).
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Autre titre et autre affiche pour La vie amoureuse de l'homme invisible...

La carrière de Pierre Chevalier, le réalisateur de La vie amoureuse de l'homme invisible, peut être divisée en deux parties bien distinctes. Né en 1915, il suit le parcours traditionnel des artisans français passés à la mise en scène avant l'arrivée de la Nouvelle Vague. A partir de 1946, il joue donc les assistants-réalisateurs pendant de nombreuses années pour des cinéastes comme René Clément, Marcel Carné, Jean Grémillon ou Henri Verneuil.
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Micheline Presle et Raymond Pellegrin dans Les impures (1954), premier film de Pierre Chevalier (image : www.toutlecine.com)

Pierre Chevalier signe son premier film en 1954, un mélodrame sur fond de traite des blanches intitulé Les impures avec Micheline Presle, Raymond Pellegrin et Dora Doll. Il embraye avec un Lemmy Caution/Eddie Constantine (Vous pigez ? 1955) et un film musical avec le chanteur d'opérette Rudy Hirigoyen (L'auberge en folie, 1956).
Le réalisateur tourne alors une longue suite de films assez médiocres avec Fernand Raynaud en vedette : Fernand clochard (1957), Le Sicilien (1958), La marraine de Charley (1959), Le mouton (1960) et Auguste (1961). Puis un Fernandel pas terrible, Le bon roi Dagobert (1963).
Durant cette période "comique", il réalise ce qui semble son meilleur film avec Clémentine chérie (1963), inspiré par les personnages du dessinateur Bellus. La distribution réunit Pierre Doris, France Anglade, Jean Richard, Michel Galabru, Jacques Dufilho et Jean Tissier. C'est là que s'achève la première partie de la carrière de Pierre Chevalier.
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Fernand Raynaud dans Fernand clochard (1957) de Pierre Chevalier (image : www.toutlecine.com)

Cinq ans plus tard en effet, Pierre Chevalier s'associe avec le clan dirigé par Marius Lesoeur, le fondateur de la firme de production Eurociné. Il devient l'un des réalisateurs maison de cette société spécialiste de la série Z à la française. Sa seconde carrière de réalisateur, pour laquelle il utilise parfois des pseudonymes comme Peter Knight (bonjour l'originalité...), Lina Cavalcanti ou Claude Plault, démarre par Nathalie, l'amour s'éveille (1968), curieux film d'éducation sexuelle, se poursuit avec La vie amoureuse de l'homme invisible, Pigalle : carrefour des illusions (1971), Avortement clandestin ! (1972) et La maison des filles perdues (1974). Que du lourd et de l'incontournable pour ceux qui apprécient le cinéma intellectuel ! Certains films qu'il tourne alors flirtent avec la pornographie comme le fameux Hommes de joie pour femmes vicieuses (1974) avec la rondelette Gillian Gill...
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Affiche alléchante pour ce film signé Peter Knight... en fait Pierre Chevalier (image : www.cinema-francais.fr)

Comme le note Laurent Aknin dans Cinéma bis, la filmographie de Pierre Chevalier est alors pratiquement impossible à établir, car ses films sont souvent repris ou remontés pour donner naissance à d'autres titres... Une pratique courante chez Eurociné, où travaille aussi Jesus Franco (voir Deux espionnes avec un petit slip à fleurs).
Signalons tout de même deux comédies lourdingues signées par Pierre Chevalier à cette époque, même s'il n'en a réellement filmé qu'à peine la moitié : La pension des surdoués (1980), avec l'impérissable chanteuse Charlotte Jullian (toute une époque...), et La maison Tellier (1981) avec Arlette Didier.
Son dernier film semble être Panther Squad ou Commando Panthère (1984) avec Sybil Danning (dont le Film du jour vous a aussi longuement parlé dans Les 69 Dalmatiennes) et Karin Schubert (aperçue en princesse diaphane dans La folie des grandeurs de Gérard Oury avant de s'orienter vers le cinéma X à quarante ans passés... Pas de repos pour les braves !!!).

Publié dans Titres débiles

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