Le Film du jour n°244 : Je retourne chez Maman

Publié le par lefilmdujour

Titre original : The Marrying Kind

Un film américain de George CUKOR (1952) avec Judy Holliday, Aldo Ray, John Alexander, Madge Kennedy...

Expression désormais passée de mode, la phrase « Je retourne chez maman » prononcée de façon véhémente par Madame était censée, avant la révolution sexuelle, mettre un terme plus ou moins définitif aux relations entre époux.

On ose espérer que la relative indépendance difficilement acquise par les femmes en quarante ans ne les oblige plus à brandir cette menace au nez de leurs maris pour avoir la paix à la maison…

Malgré son titre français un tantinet ringard, Je retourne chez maman est une comédie dramatique « très ambitieuse et très originale », dixit Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier dans 50 ans de cinéma américain. Au sein de la filmographie pléthorique du réalisateur George Cukor (1899-1983), ce long métrage est quasi contemporain de deux chefs-d’œuvre mettant en scène le couple formé tant à la ville qu’à l’écran par Katharine Hepburn et Spencer Tracy : Madame porte la culotte (1949) et Mademoiselle Gagne-tout (1952).

Je retourne chez maman est par ailleurs encadré par deux autres films signés Cukor avec également Judy Holliday en tête d’affiche : Comment l’esprit vient aux femmes (1950) et Une femme qui s’affiche (1953).

Grâce à Comment l’esprit vient aux femmes (Cukor, 1950), Judy Holliday décrocha l’Oscar de la meilleure actrice

George Cukor, qui réalisa en 1939 avec Femmes un film au casting intégralement féminin (même le chien était une chienne, c’est pour dire…), fut un spécialiste des portraits de femmes à l’écran. Rien d’étonnant donc à ce que l’homme dirigeât les plus grandes stars et actrices tout au long d’une carrière qui couvre cinquante ans de cinéma américain (1930-1981).

Devant sa caméra ont ainsi défilé Katharine Hepburn, son actrice fétiche (Hérédité, 1932 ; Les quatre filles du docteur March, 1933 ; Sylvia Scarlett, 1935 ; Vacances, 1938 ; Indiscrétions, 1940 ; La flamme sacrée, 1942 ; Madame porte la culotte ; Mademoiselle Gagne-tout), Jean Harlow (Les invités de huit heures, 1933), Constance Bennett (Haute société, 1933), Norma Shearer (Roméo et Juliette, 1936 ; Femmes), Greta Garbo (Le roman de Marguerite Gautier, 1936 ; La femme aux deux visages, 1941), Claudette Colbert (Zaza, 1939), Joan Crawford (Femmes ; Susanne et ses idées, 1940 ; Il était une fois, 1941), Ingrid Bergman (Hantise, 1944), Deborah Kerr (Edouard mon fils, 1949), Lana Turner (Ma vie à moi, 1950), Jean Simmons (The Actress, 1953), Judy Garland (Une étoile est née, 1954), Ava Gardner (La croisée des destins, 1956), Anna Magnani (Car sauvage est le vent, 1957), Sophia Loren (La diablesse en collant rose, 1959), Marilyn Monroe (Le milliardaire, 1960), Audrey Hepburn (My Fair Lady, 1964), Anouk Aimée et Anna Karina (Justine, 1969), Elizabeth Taylor (L’oiseau bleu, 1976), Jacqueline Bisset et Candice Bergen (Riches et célèbres, 1981). Quel palmarès !

Avec Candice Bergen et Jacqueline Bisset, Riches et célèbres (1981) est le dernier film signé pour le cinéma par George Cukor, alors âgé de 82 ans

Je retourne chez maman, l’histoire : En audience de conciliation, un couple sur le point de divorcer (Judy Holliday et Aldo Ray) se remémore le passé, et notamment la mort accidentelle d’une fillette. Le juge arrive à les réconcilier et les deux époux prennent un nouveau départ. Avec une histoire pareille, normal que le film oscille constamment entre comédie débridée et tragédie…

Le Film du jour a déjà évoqué Aldo Ray, l’acteur principal de Je retourne chez maman (voir La haine des yeux bridés). Le temps est donc venu de retracer la (courte) carrière cinématographique de la pétulante Judy Holliday, décédée en 1965 d’un cancer à seulement 43 ans.

Judy Holliday (1921-1965)

Avant de se frotter au grand écran, Judy Holliday, née Judith Tuvim le 21 juin 1921, avait fait ses classes au cabaret, associée dès 1938 à l’acteur, scénariste et dramaturge Adolph Green et son alter ego féminin Betty Comden au sein du groupe « The revuers ». Pour vous replacer les personnages, sachez que Green et Comden signèrent, excusez du peu, les scénarios des trois comédies musicales phares de la MGM dans les années 50 que sont Un jour à New York (Kelly & Donen, 1949), Chantons sous la pluie (Kelly & Donen, 1952) et Tous en scène (Minnelli, 1953). La carrière de Judy Holliday se plaçait donc dès le début sous les meilleurs auspices.

De fait, le succès est là et, au début des années 40, le trio écume toutes les scènes de l’Est américain. En 1944, notoriété oblige, le trio est même embauché par la 20th Century Fox pour figurer dans le film musical Greenwich Village de Walter Lang, où la vedette n’est autre que la capiteuse et excentrique Carmen Miranda, immortalisée quelques mois plus tôt enturbannée de fruits exotiques dans Banana split (Berkeley, 1943).

Cette première sur grand écran n’aura pas toutefois de suite immédiate pour Judy (à part deux tout petits rôles anecdotiques) et elle retourne à New York poursuivre sa carrière sur scène, marquée par plusieurs triomphes à Broadway. Et ce sont justement ces succès qui vont lui ouvrir, en grand cette fois-ci, les portes de Hollywood. En 1949, elle donne ainsi la réplique à Katharine Hepburn et Spencer Tracy dans Madame porte la culotte de George Cukor et enchaîne avec le rôle principal de Comment l’esprit vient aux femmes (1950) du même Cukor, adaptation du succès théâtral éponyme. Avec le rôle d’une ancienne girl de music-hall nunuche et cruche dont l’intellect endormi va être doucement réveillé par un journaliste, Judy Holliday décroche le Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice.

William Holden et Judy Holliday dans Comment l’esprit vient aux femmes (Cukor, 1950)

Judy Holliday va toutefois subir les foudres du maccarthysme, le FBI la soupçonnant d’affinités avec le parti communiste. Placée sur la liste noire puis finalement « blanchie », la jeune femme voit l’essor de sa carrière freiné. Dans la foulée du succès de Comment l’esprit vient aux femmes, elle ne peut en effet tourner que deux films en trois ans, soit Je retourne chez maman et Une femme qui s’affiche (1953), deux longs métrages encore signés par George Cukor où l’exubérance et l’abattage de l’actrice font merveille.

Judy Holliday préfère alors se retrancher sur les scènes de théâtre et limiter ses prestations hollywoodiennes. Elle joue néanmoins face à Jack Lemmon, déjà croisé pour Une femme qui s’affiche, dans Phffft (Robson, 1954), puis enchaîne deux films pour Richard Quine, malheureusement assez moyens : Une Cadillac en or massif (1956) et l’improbable Pleine de vie (1956). Dans ce dernier long métrage, Judy Holliday, jeune femme pleine de vie justement, doit se ménager car elle est enceinte (et pleine de vie donc) et menacée d’une fausse couche. Plus consternant, ce n’est guère possible, même pour le Film du jour…

Dans Pleine de vie (Quine, 1956), Judy Holliday est enceinte… comme le laisse élégamment supposer (?) l’épingle à nourrice

Avant sa disparition le 7 juin 1965 des suites d’un cancer à 44 ans à peine, Judy Holliday ne réapparaîtra qu’une seule fois sur grand écran.

Face à Dean Martin, elle interprète dans Un numéro du tonnerre (Minnelli, 1960) une employée d’une agence téléphonique, préposée aux « abonnés absents » et encline à s’immiscer dans la vie privée de ses clients…

Et voici, pour finir, la bande-annonce (en v.o.) de Je retourne chez Maman :

Publié dans Titres débiles

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