Le Film du jour n°241 : Je hais les blondes

Publié le par lefilmdujour

Titres originaux : Odio le bionde/Ich hasse Blondinen

Un film franco-italo-allemand de Giorgio CAPITANI (1980) avec Jean Rochefort, Enrico Montesano, Corinne Cléry, Ivan Desny, Paola Tedesco...

Je hais les blondes, le titre du Film du jour, prend exactement le contre-pied de la célèbre comédie musicale caustique du grand Howard Hawks Les hommes préfèrent les blondes (1953), film qui réunit Marilyn Monroe, gloire montante à l’époque, et Jane Russell, reconvertie dans les années 70 en publicité vivante pour les soutiens-gorges Playtex.

Des hommes en général à l’émir en particulier, il n’y a qu’un baril de pétrole à enjamber et c’est ce que fait allègrement L’émir préfère les blondes (1983), sorte de nanar ultime commis par Alain Payet, monsieur autrement plus connu pour ses œuvres X réalisées sous le pseudonyme de John Love. Dans cette daube, pas l’ombre d’une Marilyn on s’en doute, mais une dénommée Françoise Blanchard, actrice vue nue comme au premier jour dans les péplums cochons Caligula et Messaline et Les aventures sexuelles de Néron et Poppée, deux films signés pour le prix d’un par Anthony Pass en 1981 (et disponibles en DVD chez René Chateau Vidéo… au prix de deux évidemment, c’aurait été trop beau).

Si vous avez envie d’un vrai nanar (et de voir une blonde nue comme un ver), offrez-vous (ou faites-vous offrir, ça vous coûtera moins cher) L’émir préfère les blondes (Payet, 1983)

Depuis le début du parlant, les têtes pensantes chargées de dénicher des titres de films qui font mouche n’ont guère respecté nos amies les blondes, prises en tant que groupe plus ou moins homogène. Dès 1935, le réalisateur Robert Florey implorait : Ne pariez pas sur les blondes ! tandis qu’en France, André Hunebelle donnait en 1950 la vedette à Martine Carol dans Méfiez-vous des blondes… et que Maurice Cloche assimilait les charmantes créatures peroxydées aux call-girls dans le polar Touchez pas aux blondes (Cloche, 1953), adapté du roman de Carter Brown « A pâlir la nuit ».

Et nous n’évoquerons pas ici le film de Max Pécas Belles, blondes et bronzées (1981), et encore moins les pathétiques Gauloises blondes (Jabely, 1988), long métrage « historique » (nous sommes apparemment au temps d’Astérix) et « humoristique » (le film n’est évidement ni l’un ni l’autre) avec la fine fleur des acteurs comiques français (Jackie Sardou, Roger Carel, Pierre Tornade, Gérard Hernandez), sans doute dans les pires rôles de leur carrière…

Si L’émir préfère les blondes vous laisse de glace, essayez Les gauloises blondes (Jabély, 1988). Meilleur qu’un chichon pour vous mettre dans un état second !

Je hais les blondes, l’histoire : Emilio Serrantoni est un écrivain de petits romans policiers à succès. Malheureusement, il souffre d’une timidité maladive et, peu sûr de lui, il publie ses œuvres en faisant appel à un prête-nom, Donald Ross. Homme à femmes, Donald Ross (Jean Rochefort) bénéficie par là-même de la réputation et de l’aisance financière qui devraient revenir de plein droit à Emilio. Joueur invétéré, Donald perd un beau jour une grosse somme à la table de poker. Ayant un besoin urgent de liquidités, il prie instamment Emilio d’achever rapidement son nouveau roman, intitulé « Je hais les blondes » (eh oui, c’est le titre du Film du jour !). Un roman où il est question d’un vol dans une villa aux systèmes d’alarme ressemblant étrangement à ceux de la maison de l’éditeur d’Emilio. Par un enchaînement de quiproquos à laisser pantois même les esprits les plus retors, deux voleurs décident de faire de l’écrivain leur taupe préférée.

Né en 1927 à Paris, Giorgio Capitani, le réalisateur de Je hais les blondes, a œuvré dans presque tous les genres cinématographiques. Il a débuté dans le drame sentimental avec Orage (1952), adaptation d’une pièce de Henry Bernstein déjà portée à l’écran en 1937 avec Michèle Morgan et Charles Boyer, remplacés ici par Françoise Arnoul et Raf Vallone, coproduction franco-italienne oblige (le film est cosigné par Pierre Billon). Giorgio Capitani a ensuite exercé dans le film de guerre (Alerte sur le Vaillant, 1961, coréalisé avec Roy Ward Baker), l’adaptation d’œuvres autobiographiques plus ou moins célèbres (Le livre de San Michele, 1962, version filmée du livre éponyme du médecin Axel Munthe), le péplum (Le grand défi, 1964, avec – excusez du peu – Hercule, Samson, Maciste et Ursus réunis dans un même film !), le western (Chacun pour soi, 1968, avec l’américain Van Heflin et un Klaus Kinski étonnant en tueur homo), la sexy-comédie à l’italienne (Qui c’est ce mec ?, 1981, avec l’exquise Gloria Guida, voir La lycéenne est dans les vaps), etc.

Qui c’est ce mec ? (1981), une sexy-comédie à l’italienne de Giorgio Capitani avec Gloria Guida, surtout connue pour ses interprétations de « la Lycéenne » dans ce genre typique de la production transalpine, et le chanteur Johnny Dorelli que la belle Gloria finira par épouser dans la vraie vie. Elle est pas belle la vie ?

La comédie pure et dure reste toutefois le terrain de prédilection de Giorgio Capitani. Et, dans ce genre, plusieurs acteurs poids lourds sont passés devant la caméra du réalisateur italien : Vittorio Gassman dans Pleins feux sur l’archange (1969), Marcello Mastroianni et Sophia Loren dans La pépée du gangster (1974), Jane Birkin et Aldo Maccione dans L’amour, c’est quoi au juste ? (1976), Claude Brasseur dans Une langouste au petit déjeuner (1979). Bref, rien de très grand mais rien de bien déshonorant non plus.

Corinne Cléry

Au casting de Je hais les blondes, l’œil du cinéphile avisé aura reconnu la belle Corinne Cléry qui, dans les années 70, s’était fait connaître pour deux rôles « importants » : celui de la fameuse O dans Histoire d’O (1975) de Just Jaeckin, déjà auteur d’Emmanuelle deux ans plus tôt, et celui de James Bond girl dans Moonraker (Gilbert, 1979) aux côtés de Roger Moore.

Lois Chiles, Roger Moore et Corinne Cléry dans Moonraker (Gilbert, 1979)

Née à Paris en 1950 dans une famille italienne (Corinne Piccolo est son vrai nom), Corinne Cléry a mené (et continue de mener) l’essentiel de sa carrière de l’autre côté des Alpes, tant au cinéma qu’à la télévision.

C’est à l’âge de 17 ans qu’elle débute au cinéma avec un rôle dans Les poneyttes (Le Moigne, 1967), un film qui n’a strictement rien à voir avec le Ponette de Jacques Doillon… Créditée sous le nom de Corinne Piccoli (va chercher à comprendre…), elle y côtoie Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Bruno Coquatrix, Paco Rabanne, le disc-jockey Rosko (une figure de l’époque), l’actrice hollywoodienne Arlene Dahl (maman dans la vraie vie de Lorenzo Lamas, l'ex-chéri de ces dames) et l’animateur de radio Hubert qui interprète le « héros » du film, inspiré justement de sa propre vie ! Comme la vie est vachement bien faite, Corinne et Hubert, qui officie aujourd’hui encore à la radio (sur Horizon FM notamment), se plaisent durant le tournage, se marient, font un bébé... et divorcent.

A l’affiche des Poneyttes (Le Moigne, 1967), Corinne Piccoli n’est autre que la future Corinne Cléry, héroïne soumise d’Histoire d’O (Jaeckin, 1975)

Gagnant sa vie comme mannequin entre Paris et Rome, Corinne Cléry ne revient au cinéma qu’en 1973 dans une comédie italienne. Et c’est deux ans plus tard en petite tenue et martyrisée qu’elle éclate sur grand écran grâce à son interprétation de la dénommée O, devenue de son plein gré esclave soumise de l’homme qu’elle aime dans Histoire d’O, adaptation très édulcorée du célèbre roman de Pauline Réage.

Udo Kier joue à colin-maillard avec Corinne Cléry dans Histoire d’O

Pour Corinne Cléry, ce coup d’essai n’est pas un coup de maître (et pourtant…). La suite est effectivement moins brillante puisqu’elle ne décroche plus que des seconds rôles, à de rares exceptions près. Et ce n’est pas son emploi de James Bond girl dans Moonraker qui change les choses. D’ailleurs, seule l’Italie lui propose vraiment des emplois à l’écran dans les années 70 et 80, que ce soit à la télévision ou au cinéma. Elle côtoie Anthony Quinn et Adriano Celentano dans Bluff (S. Corbucci, 1975), Ernest Borgnine et Françoise Fabian dans Allô Madame (Nannuzzi, 1976) et Franco Nero dans La proie de l’autostop (Festa-Campanile, 1977). Elle participe aussi à une sous-Guerre des étoiles intitulée L’humanoïde (1979) et réalisé par Aldo Lado, rebaptisé pour l’occasion George B. Lewis, histoire de faire plus riche… Dans ce film miteux, le spectateur reconnaîtra Richard Kiel, l’homme aux mâchoires d’acier bien connu des Bondophiles, et Barbara Bach, Madame Ringo Starr et (aussi) James Bond girl.

L’humanoïde (Lado, 1979), un Star Wars miteux avec Corinne Cléry et Barbara Bach

Dans les années 80, Corinne Cléry joue les femmes préhistoriques dans un nanar pur jus décalqué de la saga des Conan le barbare et connu en France sous le titre de Yor, le chasseur du futur (Margheriti, 1982). Elle croise aussi du beau monde (Helmut Berger, l’ex-James Bond George Lazenby, Faye Dunaway, Ben Gazzara) dans des films italiens qui, faut-il le déplorer, ne sortent même pas dans les salles de cinéma françaises. On note néanmoins sa présence dans Plaisirs pervers/Le miel du diable (1985), un film érotique bas de gamme de Lucio Fulci, plutôt spécialiste de l’horreur viscérale (voir La présidente est peu farouche).

Il n’y a pas que le chien qui tire la langue devant cette affiche où trône Corinne Cléry…

Encore entrevue en 1994 dans Le roi de Paris de Dominique Maillet (avec un Philippe Noiret jouant les Sacha Guitry), Corinne Cléry, qui semble avoir mis un terme à sa carrière d’actrice, est devenue une personnalité de la jet-set italienne à la fin des années 1990 en épousant en 1998 le play-boy et célèbre homme d'affaires Giuseppe (Beppe) Ercole. L’homme était alors divorcé d’une autre sexy lady du cinéma italien, la puissamment équipée Serena Grandi, vue dans les films de Tinto Brass, un réalisateur très porté sur les femmes callipyges… Mais ceci est une autre histoire…

Corinne Cléry et son mari, l’homme d’affaires italien Beppe Ercole, en 2006. Beppe Ercole est décédé en 2010

En 2013, Corinne Cléry a participé à la deuxième édition du Pékin Express italien en compagnie de son fiancé du moment, l'acteur transalpin Angelo Costabile... L'histoire d'amour entre les deux tourtereaux serait aujourd'hui terminée, de quoi faire les choux gras de la presse people de l'autre côté des Alpes...

Publié dans Titres débiles

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