Le Film du jour n°124 : Ma femme est un grand homme

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°124 : Ma femme est un grand homme
Titre original : The Farmer's Daughter
Un film américain de H.C. POTTER (1947) avec Loretta Young, Joseph Cotten, Ethel Barrymore, Charles Bickford...
Pour comprendre le titre français de The Farmer's Daughter, titre qui n'est pas sans évoquer le fameux Troisième homme était une femme, il n'est pas inutile de se replacer à l'époque de la sortie du film, c'est-à-dire à la fin des années 40 lorsque la parité homme-femme n'était encore qu'une utopie. Interprétée par Loretta Young, l'héroïne de Ma femme est un grand homme réussit en effet à percer sur la scène politique, un créneau traditionnellement monopolisé par la gent masculine dans la première moitié du XXe siècle. Mais qui, aujourd'hui, oserait dire que Hilary Clinton, Angela Merkel ou Ségolène Royal sont de "grands hommes", simplement parce qu'elles briguent des mandats électoraux ?
Le Film du jour n°124 : Ma femme est un grand homme

Angela Merkel est-elle un "grand homme" ? Apparemment non !

Au cinéma, "Ma femme" ne fut pas qu'un grand homme... Les cinéphiles se souviendront surtout de Ma femme est une sorcière (René Clair, 1942), sympathique comédie avec Fredric March et Veronica Lake. Les amateurs de comique à la française se remémoreront peut-être Ma femme est une panthère (Raymond Bailly, 1960) avec Jean Richard, Jean Poiret et Michel Serrault (sachez que l'histoire tourne autour d'un quiproquo né du fait qu'une véritable panthère s'appelle... Christine).
Et n'oublions pas Ma femme est un violon (1972) du réalisateur italien Pasquale Festa Campanile, spécialiste de la comédie d'ordre sexuel (c'est aussi lui qui a signé Quand les femmes avaient une queue, c'est tout dire...). Bénéficiant de la présence de la sculpturale Laura Antonelli, le film aurait dû sortir en France sous le titre de Ma femme est un violonsexe, le héros du film étant violoncelliste et non violoniste et exhibant sa femme nue pour s'attirer les faveurs du public mélomane. Mais, sous Pompidou, la censure était virulente et elle interdit l'usage d'un tel titre !
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Laura Antonelli (de dos) dans Ma femme est un violon (Festa-Campanile, 1972) (image : www.toutlecine.com)

Ma femme est un grand homme, l'histoire : Fille de fermier, comme le titre original du film l'indique, la jeune Katrin (Loretta Young) part pour la ville afin de suivre des études d'infirmière. Malheureusement, elle s'y fait voler ses économies et se voit contrainte de travailler comme femme de chambre. Elle se fait embaucher par Mrs. Morley (la redoutable Ethel Barrymore, grand-tante de Drew Barrymore), dont le fils Glenn (Joseph Cotten) est député d'un parti politique. Lors d'une réunion, Katrin n'hésite pas à prendre la parole et, dans la foulée, elle décide de se lancer dans la politique. Aux élections suivantes, elle est élue ! Mais, pas folle la guêpe, elle n'oublie pas d'épouser le député ! On peut être un as de la politique... et en rester pas moins femme... Non, mais !
Qualifiée d'excellente comédie par Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier dans "50 ans de cinéma américain", Ma femme est un grand homme fut l'un des plus grands succès de son réalisateur, H.C. Potter (1904-1977). Un monsieur surtout connu dans l'Hexagone pour avoir signé Hellzapoppin (1941), délire verbal et visuel sur le monde du cinéma. Il a également fait danser Fred Astaire et Ginger Rogers dans La grande farandole (1939). Mais c'est toutefois loin d'être le meilleur film de ce couple (à l'écran) mythique...
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Loretta Young (image : www.toutlecine.com)

Ma femme est un grand homme permit à l'actrice Loretta Young (1913-2000) de décrocher l'Oscar de la meilleure actrice en 1947. De son vrai nom Gretchen Young (c'est sûr, c'est moins porteur...), elle fait ses premiers pas au cinéma dès l'âge de trois ans, mais ce n'est qu'en 1928 que sa carrière cinématographique démarre vraiment. Son étrange beauté et ses grands yeux font sensation.
Au cours des années 30, on la remarque dans Blonde platine (Capra, 1931) aux côtés de la "blonde platine" Jean Harlow, Ceux de la zone (Borzage, 1934), l'un de ses meilleurs rôles (elle y côtoie Spencer Tracy), et L'amour en première page (Garnett, 1937), une excellente comédie avec Tyrone Power. Le producteur David O. Selznick pense aussi à Loretta Young pour le rôle titre de Rebecca (1940), le premier film américain d'Alfred Hitchcock, mais c'est finalement Joan Fontaine qui décroche le personnage créé par Daphné du Maurier. A peu près à la même époque, Loretta Young joue aussi devant les caméras de John Ford (Quatre hommes et une prière, 1938) et d'Orson Welles (Le criminel, 1946).
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Orson Welles et Loretta Young dans Le criminel (O. Welles, 1946) (image : www.toutlecine.com)

Après Ma femme est un grand homme, l'actrice connait encore un gros succès avec Honni soit qui mal y pense (Koster, 1948), agréable comédie dans laquelle, femme d'un évêque joué par David Niven, elle s'éprend d'un ange (Cary Grant) appelé à la rescousse par son mari. Ce film fit l'objet d'un remake en 1996 (La femme du pasteur de Penny Marshall) où le rôle de Loretta Young est repris par la chanteuse Whitney Houston.
En 1949, l'actrice est à nouveau nommée à l'Oscar pour son interprétation dans Les sœurs Casse-cou de Henry Koster. Mais, cette fois-ci, la statuette lui échappe au profit d'Olivia de Havilland (primée pour son rôle dans L'héritière de William Wyler). En 1953, elle met un terme à sa carrière cinématographique pour s'orienter vers la télévision où elle anime un show pendant quelques années. Puis Loretta Young, fervente pratiquante, se consacre jusqu'à la fin de sa vie à des œuvres de charité.
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Loretta Young et Clark Gable, amoureux à l'écran... et à la ville ! (image : www.toutlecine.com)

Côté vie privée (je suis sûr que certains sont plus intéressés par cet aspect "croustillant"), Loretta Young vécut une aventure passionnée avec Clark Gable durant le tournage de L'appel de la forêt, signé par William Wellman en 1935. Elle était divorcée, mais Gable était marié à cette époque. Enceinte, elle cacha sa grossesse afin de préserver sa carrière et celle de son amoureux.
Après de "longues vacances", période où elle donna naissance à une petite fille, Loretta Young annonça avoir adopté l'enfant lors de son retour à Hollywood. L'enfant fut élevée sous le nom de Judy Lewis, patronyme du deuxième mari de l'actrice, le producteur Tom Lewis. Judy Lewis n'apprit toutefois le nom de son véritable père qu'une fois mère elle-même. Ce n'est que dans son autobiographie, qui parut après sa mort, que Loretta Young avoua officiellement que le père de sa fille était l'acteur inoubliable d'Autant en emporte le vent.
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Loretta Young et Clark Gable se rencontrèrent sur le tournage de L'appel de la forêt (Wellman, 1935) (image : www.allocine.fr)

Ajoutons que Loretta Young fut, de 1993 à 1997, l'épouse du grand couturier Jean-Louis, l'homme qui dessina notamment la fameuse robe portée par Rita Hayworth lors de son numéro de danse torride dans Gilda (C. Vidor, 1946). On doit aussi à l'artiste la robe très finement ajustée sur le corps de Marilyn Monroe lorsque celle-ci entonna son célèbre "Happy Birthday, Mister President" devant John Kennedy.
En 1986, trente ans après avoir disparu des écrans, Loretta Young joua dans un téléfilm et décrocha un Golden Globe pour sa performance ! Ci-dessous, un extrait de la cérémonie :

Publié dans Titres étranges

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