Le Film du jour n°106: Je vais... je tire... et je reviens

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JE VAIS... JE TIRE... ET JE REVIENS
Titre original: Vado... l'ammazzo e torno
 
Un film italien d'Enzo G. CASTELLARI (1967)
 
Avec: George Hilton, Gibert Roland, Edd Byrnes, Ignazio Spalla (alias Pedro Sanchez), Stefania Careddu (alias Kareen O'Hara), Gerard Herter, Ivano Staccioli
 
Nous serions sous la Troisième république à la grande époque du colonialisme africain, voilà une phrase qu'aurait pu dire notre cher Président en novembre 2007 s'il avait voulu résumer en trois courtes phrases son voyage à Fort-Lamy (N'djamena aujourd'hui), voyage destiné à ramener au bercail quelques brebis égarées de la désormais bien oubliée Arche de Zoé...
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Plus sérieusement, le titre Je vais... je tire... et je reviens, qui n'est pas sans évoquer le fameux Veni, Vidi, Vici d'un Jules César de retour d'une campagne militaire menée tambour battant, s'inspire d'une phrase prononcée par l'acteur Eli Wallach dans Le bon, la brute et le truand (Leone, 1966), film sorti un an auparavant. Car, vous l'avez déjà deviné, fines mouches que vous êtes, Je vais... je tire... et je reviens est un western-spaghetti !
 
Je vais... je tire... et je reviens, l'histoire : Un chasseur de prime, un bandit et un banquier s'affrontent autour d'un butin en or. Rien de bien nouveau sous le soleil espagnol (les westerns-spaghettis italiens étant en général tournés dans la péninsule ibérique) pour ce western semi-parodique où alternent course au trésor, retournements d'alliances, trahisons, coups tordus, bagarres et bonnes blagues.  
 
Né en 1938, Enzo G. Castellari, le réalisateur de Je vais... je tire... et je reviens, était prédisposé pour faire du cinéma. De son vrai nom Enzo Girolami (d'où le G.), il est le fils de Marino Girolami (1914-1994), fécond metteur en scène transalpin dont les films n'ont guère franchi les frontières italiennes et dont le domaine de prédilection était les comédies musicales, "comédies musicales sans véritables chorégraphies, où des chanteurs, victimes d'un léger embonpoint, poussent la romance" (dixit Jean Tulard). Réalisateur aussi de quelques péplums (La colère d'Achille, 1961, avec Gordon Mitchell, voir Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le !), de sexy-comédies à l'italienne plus ringardes les unes que les autres (Quatre zizis au garde-à-vous, 1974; Le con chez les folles, 1979; Le con de la classe, 1981) et d'un film gore de série Z (La terreur des zombies, 1979), Marino Girolami est quand même, consécration ultime, le premier à avoir fait gesticuler Aldo Maccione devant une caméra (Les terreurs de l'Ouest, 1964, voir Te marre pas, c'est pour rire !).
 
Sur ce constat, revenons au rejeton, qui vaut mieux que son papa cinématographiquement parlant. Certaines des œuvres d'Enzo G. Castellari sont d'ailleurs devenues cultes pour des cinéastes comme Quentin Tarantino, Sam Raimi ou Alex de la Iglesia.
 
Enzo G. Castellari, qui utilisera dans sa carrière des pseudos comme E.G. Rowland ou Stephen Andrews, est entré dans l'univers du cinéma en devenant assistant de production sur des films de son père et assistant-réalisateur sur Cent mille dollars pour Ringo (1965) et Django tire le premier (1966) d'Alberto de Martino. Il aurait lui-même filmé la plus grande partie de Quelques dollars pour Django (1966), coproduit par son père et officiellement mis en scène en Espagne par le réalisateur d'origine argentine Leon Klimovsky (voir Autour de lui, que des cadavres).
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http://www.sevensept.com/sites/sevensept.com/files/imagecache/gallery/uploads/images/films/7_winchesters_pour_un_massacre.jpg 
  Sept Winchesters pour un massacre (1967),
l'un des premiers westerns signés Enzo G. Castellari (image: www.sevensept.com) 
 

Rien d'étonnant donc à ce que ses premières réalisations soient des westerns-spaghettis, sérieux (Sept Winchesters pour un massacre, 1967) ou parodiques (Je vais... je tire... et je reviens, clin d'oeil à l'oeuvre de Sergio Leone). Castellari se distingue tout de suite par un sens personnel du montage et un recours systématique aux ralentis pour les scènes de violence (une caractéristique que l'on retrouvera notamment dans les films hongkongais de John Woo). On doit aussi au réalisateur italien des bandes aux titres particulièrement évocateurs comme Aujourd'hui ma peau, demain la tienne (1968), Tuez-les tous et revenez seul (1968), ou Django porte sa croix (1968), transposition étrange de Hamlet au pays des colts et des sombreros. Son chef-d'oeuvre dans le genre reste toutefois le baroque et onirique Keoma (1976) avec Franco Nero, un film réalisé alors que le western-spaghetti jetait ses dernières étincelles. "Ce magnifique western composé comme un oratorio, chef d'oeuvre libertaire et désespéré, est considéré comme le requiem du genre", écrit Laurent Aknin dans "Cinéma bis: 50 ans de cinéma de quartier".
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Franco Nero crucifié dans Keoma (1976) d'Enzo G. Castellari
(image: toutlecine.com)
 

Après avoir signé quelques petits films de guerre et un giallo oublié au tournant des années 70, Enzo G. Castellari se distinguera à nouveau avec ses "poliziotteschi", polars à l'italienne très politiquement incorrects qui tentent de refléter le climat social trouble et violent de l'Italie de cette époque (corruption de la police et des politiciens, mafia omniprésente, insécurité provoquée par le terrorisme, etc.). A son actif: Le témoin à abattre (1973) avec un Franco Nero en inspecteur de police aux méthodes expéditives, et Big racket (1976) avec, cette fois-ci, Fabio Testi. "Quand les flics ne font plus la loi... quand la justice est corrompue... il ne reste qu'un homme pour défier le racket", cette phrase particulièrement émouvante et qui prend aux tripes, on pouvait d'ailleurs la lire sur l'affiche française de Big racket...
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Fabio Testi dans Big Racket (Castellari, 1976) et une affiche
qui pompe celle du Marginal avec Bébel ! (image: forgottensilver.files.wordpress.com) 
 

Au même moment, aux Etats-Unis, sortaient sur les écrans L'inspecteur Harry (Siegel, 1971) avec Clint Eastwood et Un justicier dans la ville (Winner, 1974) avec Charles Bronson, deux films aux thèmes quasi-identiques. Les grands esprits - que quelques mauvaises langues ont accusés de fascisme latent - se rencontrent ! 
 
A partir de la fin des années 70, la filmographie d'Enzo G. Castellari prend un coup de plomb dans l'aile. Après une pantalonnade napoléonienne débile avec Aldo Maccione et Ursula Andress (La grande débandade, 1976) et un film de guerre "à la 12 salopards" nommé justement... Une poignée de salopards (1978) (oeuvre qui inspira très vaguement le Inglorious Basterds de Tarantino où Castellari fait justement une apparition), le réalisateur italien se spécialise dans les resucées plus ou moins digestes de longs métrages à succès. Le chasseur de monstres (1981) et La mort au large (1982) lorgnent péniblement du côté des Dents de la mer, tandis que Les guerriers du Bronx (1980), Les nouveaux barbares (1984) et Les guerriers du Bronx II (1984), bandes post-apocalyptiques, louchent sur New-York 1997 et autre Mad Max. Le succès fut malgré tout au rendez-vous...
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Ambiance délicieusement post-apocalyptique dans Les nouveaux barbares (Castellari, 1984)
(image: toutlecine.com)
 

A peu près à la même époque, notre homme réalisa un atroce Sinbad des sept mers (1986) avec l'inénarrable Lou Ferrigno, véritable colosse (Hulk à la télé) mais acteur d'une nullité abyssale. Recyclé depuis en réalisateur TV, Enzo G. Castellari a repris en 1993 le chemin des studios de cinéma pour un nouveau western, Jonathan of the Bears. Ce film, inédit en France, serait une réussite d'après tous ceux qui l'ont vu. Franco Nero, qui tient le rôle titre, affirme même que c'est le western le plus abouti auquel il ait participé... Serions-nous passés à côté d'un chef-d'oeuvre ?


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Publié dans Titres rigolos

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