Le bogoss du jour n°2 : Jeffrey Hunter

Publié le par lefilmdujour

Le bogoss du jour n°2 : Jeffrey Hunter
C’est à l’âge de 33 ans - l’âge même auquel Jésus rendit l’âme - que l’acteur américain Jeffrey Hunter, l’un des beaux gosses hollywoodiens des années 50, joua le Christ dans Le roi des rois (1960) de Nicholas Ray. Il ignorait alors que ce rôle, sans doute un peu trop lourd pour ses épaules, préfigurait sa descente vers les enfers cinématographiques. Une chute stoppée net par une blessure sur un plateau de cinéma et sa mort sur une table d’opération à seulement 42 ans.
Le bogoss du jour n°2 : Jeffrey Hunter

Jeffrey Hunter/Jésus dans la plus pure tradition saint-sulpicienne, dans Le roi des rois (N. Ray, 1960) (image : ferdyonfilms.com)

De son vrai nom Henry McKinnies Jr., Jeffrey Hunter naît le 25 novembre 1926 au sein d’une famille aisée. C’est en 1950, à l’occasion d’une représentation théâtrale de l’université de Californie où il termine ses études, que le jeune homme est repéré par des chasseurs de talents. Dès 1951, il pointe au générique de Quatorze heures, une production 20th Century Fox signée Henry Hathaway. C’est le patron du studio lui-même, le terrible Darryl F. Zanuck, qui lui a trouvé et donné son nom de cinéma.
Le physique avenant et les yeux bleus de l’acteur en herbe font mouche auprès des spectatrices. Les rôles s’enchaînent alors pour le garçon, mais, malheureusement pour lui, pas vraiment dans le haut du panier hollywoodien. Car des gars comme le Jeffrey, avec sa bonne bouille respirant la santé et ses mirettes à se noyer dedans, il y en a des fourgons entiers qui se pressent dans la Mecque du cinéma en ce début des années cinquante. Et les producteurs n’ont qu’à moitié confiance dans le jeu de Jeffrey Hunter, jugé parfaitement interchangeable avec d’autres beaux gosses de l’époque comme Robert Wagner, Troy Donohue ou Tab Hunter (pour ne citer qu’eux).
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Jeffrey Hunter, tout en glamour hollywoodien ! (image : www.allposters.com)

Quoi qu’il en soit, le jeune homme atteint rapidement le haut de l’affiche, même si ce n’est que dans des comédies matrimoniales anodines comme Six filles cherchent un mari (Henry Levin, 1952) – face à des actrices en vogue comme Jeanne Crain ou Debra Paget – et des films d’aventures ou de guerre routiniers comme Prisonniers du marais (Negulesco, 1953) et Marin du roi (R. Boulting, 1953).
Côté vie privée, Jeffrey Hunter n’a guère de mal à trouver chaussure à son pied, on s’en doute. Il a épousé en 1950 l’actrice Barbara Rush rencontrée sur les plateaux et qui lui donne un fils en 1952. Mais le mariage ne durera pas plus de cinq ans. Lors du divorce, Barbara Rush, que les amateurs de films catastrophes n’ont pas oubliée (elle est l’héroïne du Choc des mondes de Rudolph Maté en 1951 et du Météore de la nuit de Jack Arnold en 1953), accusera son ex-époux de « cruauté mentale ». Il y a des zones sombres enfouies derrière le beau visage de l’acteur…
La carrière de Monsieur Hunter va prendre néanmoins un nouvel élan au milieu des années 50. Lassé des rôles qu’on lui confie et qui ne l’intéressent guère, le comédien fait assaut de tout son charme et de toute sa conviction pour séduire en 1954 John Ford, personnalité pourtant peu amène… Le réalisateur est en effet sur le point de se lancer dans le tournage de son célèbre western et chef-d’œuvre La prisonnière du désert (1956). Cédant à l'insistance de l'acteur, John Ford lui confie le rôle du grand frère de Natalie Wood, enlevée par les Comanches. Face à John Wayne, notre ami fait une prestation particulièrement remarquée.
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Jeffrey Hunter et Natalie Wood, frère et sœur dans La prisonnière du désert (Ford, 1956) (image : movieplayer.it)

Rarement enclin aux compliments, John Ford est tellement étonné par le jeu de Jeffrey Hunter qu’il fait appel à l’acteur dans deux autres films : La dernière fanfare en 1958 aux côtés de Spencer Tracy, puis Le sergent noir en 1960. Dans ce dernier long métrage à connotation antiraciste, Jeffrey Hunter interprète avec une belle conviction le défenseur d’un sergent noir accusé injustement du viol et du meurtre de la fille d’un officier.
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Jeffrey Hunter et Constance Towers dans Le sergent noir (Ford, 1960) (image : www.sudplanete.net)

C’est John Ford lui-même qui recommande alors Jeffrey Hunter à Nicholas Ray pour le rôle de Jésus dans le film biblique Le roi des rois, superproduction qui sort sur les écrans américains en 1961. Mais l’œuvre et l’interprétation de l’acteur reçoivent un accueil on ne peut plus mitigé…
Le critique de Time est à cet égard particulièrement sévère : « Voici bien la plus usée, la plus ridicule, la plus idiote et la plus monstrueusement vulgaire de toutes les histoires bibliques que Hollywood ait produites depuis dix ans, peut-on lire dans le magazine. Quant à l’ersatz de Christ qu’on nous montre à l’écran, il est à peine mieux qu’un blasphème… D’accord le Christ est un rôle impossible à jouer. Mais qu’est-ce qui est passé par le tête du producteur de confier cette interprétation au jeune Hunter, avec son physique de bellâtre à la gomme pour magazine populaire, sa tête molle, avec son vague sourire en coin, ses yeux-porcelaine de bébé et visiblement tout ce qu’il faut pour interpréter un rôle de marin revu par Hollywood ? » Dur de se relever après cette volée de bois vert.
D’ailleurs, Jeffrey Hunter ne s’en relèvera pas. Malgré une participation dans Le jour le plus long (1962), la superproduction de Darryl Zanuck sur le débarquement de Normandie, puis un beau rôle dans L’aigle de Guam (Monks Jr. & Goldstone, 1962), il s’oriente vers la télévision, faute de mieux.
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Jeffrey Hunter dans L’aigle de Guam (1962), film inspiré de l’histoire vraie de George Tweed, marin américain qui resta seul sur l’île de Guam envahie par les Japonais au début de la Seconde Guerre mondiale

Mais, à la télévision, ça ne sourit pas non plus. Jeffrey Hunter se voit offrir le rôle-titre de la série TV Temple Houston en 1963-1964, mais la série ne connaît pas de seconde saison. L’acteur fait par ailleurs l’erreur, après avoir incarné en 1965 le capitaine du vaisseau « Enterprise » dans l’épisode pilote de Star Trek, de refuser la proposition de tourner le second pilote prévu. Le rôle échoit finalement à William Shatner qui y connaîtra la consécration internationale…
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Jeffrey Hunter dans le rôle du capitaine de l’Enterprise dans l'épisode-pilote de Star Trek. La série deviendra culte mais sans lui…

Côté vie privée, ça ne va guère mieux. Sa seconde femme, Joan Bartlett, épousée en 1957, demande le divorce après dix ans de vie commune (et trois enfants), arguant de « violences conjugales ». Et ce n'est pas son travail qui peut lui mettre du baume au cœur. Marqué dans les années 60 par la fin des grands studios hollywoodiens, le cinéma, que Jeffrey Hunter préfère à la télévision, n’a plus rien à lui offrir. L'acteur semble complètement perdu et navigue à vue entre le péplum européen poussif (L’or des César, Ciuffini, 1962, avec Mylène Demongeot), le western à coproduction espagnole (Murrieta, G. Sherman, 1964 ; Custer, l’homme de l’Ouest, Siodmak, 1966), la polissonnerie teutonne (Oui à l’amour, non à la guerre, Antel, 1968, avec la française Pascale Petit) et le western-spaghetti (Ringo cherche une place pour mourir, Ascott, 1968).
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Jeffrey Hunter, l’actrice Barbara Rush, sa première épouse, et leur fils au temps du bonheur... (image : dannymiler.typepad.com)

Sur le tournage du Clan des frères Mannata (1968) de Javier Seto, où il côtoie l’actrice italienne Annamaria Pierangeli, elle aussi en pleine perdition, l’acteur est blessé à la tête. Sur le vol qui le ramène vers les États-Unis, il est frappé d’aphasie et de paralysie partielle et il est hospitalisé dès son arrivée à Los Angeles. Apparemment rétabli mais souffrant toujours de migraines et de vertiges, Jeffrey Hunter s’écroule dans l’escalier de sa maison, victime d’une hémorragie cérébrale, et se fracture le crâne. Il meurt sur la table d’opération le 27 mai 1969. Quatre mois plus tôt, il avait épousé sa troisième femme, l’actrice de télévision Emily McLaughlin. Il venait de signer pour La haine des desperados (Levin, 1968), un énième film sans intérêt qui sortira sans lui en 1969.
Biblio : Boulevard des Crépuscules de Pierre Achard aux éditions Grasset

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Tietie007 12/02/2017 13:45

Il m'avait marqué dans La prisonnière du désert ! Fauché, lui aussi, en pleine force de l'âge !