Jean Aymar de Thou dit tout : Bullhead

Publié le par lefilmdujour

Jean Aymar de Thou dit tout : Bullhead
Michaël R. Roskam, 2011, film sorti en salles le 22 février 2012
Mon coup de cœur de ce début d’année ! Bullhead est un film qui prend littéralement aux tripes. Et tripes n’est pas un vain mot tant il est question de chair meurtrie, de viande hypertrophiée, de boucherie, dans ce premier long métrage de Michaël R. Roskam.
L’action se situe en Belgique sur fond de trafic clandestin d’hormones destinées à engraisser illégalement le bétail. La caméra s’attache aux bottes d’un éleveur plus ou moins impliqué dans ce trafic et dont la musculature monstrueuse, particulièrement impressionnante, apparaît tout sauf naturelle… Mêlant mafia flamande, vétérinaires louches, garagistes wallons maquilleurs de voitures volées, indics, flics en planque et ambiguïtés linguistiques propres au plat pays, l’histoire policière, relativement complexe à suivre, n’est en fait que la toile de fond et le déclic d’un drame psychologique bouleversant que le réalisateur a l’intelligence de suggérer par petites touches successives.
Le premier quart de Bullhead aiguille en effet le spectateur sur de fausses pistes (sur la sexualité du « héros » notamment) avant un flash-back terrifiant, difficilement soutenable et proprement déstabilisant, qui dévoile un secret enfoui et révélateur de la psychologie du personnage principal. Évidemment, avant d'aller voir le film, il aura fallu soigneusement éviter les pseudo-critiques de certains journalistes qui ne peuvent s'empêcher d'écrire noir sur blanc les détails cruciaux de l'intrigue, quitte à ruiner les efforts du réalisateur (cf. J. Mendelbaum dans Le Monde ; ça tombe bien, je ne lis jamais ses papiers).
Bullhead se déroule alors comme une véritable tragédie grecque à la mécanique implacable et au dénouement terrible que les quelques traits d’humour, belges évidemment, et les paysages flamands, magnifiquement photographiés, ne peuvent guère adoucir. Acteur hallucinant, Matthias Schoenaerts arrive à restituer, derrière ses cent kilos de muscles et une agressivité toujours prête à surgir, la fragilité de l’enfant à qui on a volé sa vie. Un film fort, troublant et sublime à voir d’urgence.
Jean Aymar de Thou
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