Le Film du jour n°142 : Glissements progressifs du plaisir

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°142 : Glissements progressifs du plaisir
Un film français d'Alain ROBBE-GRILLET (1974) avec Anicée Alvina, Olga-Georges Picot, Jean-Louis Trintignant, Michael Lonsdale, Marianne Eggerickx...
Des blogueurs "nanarophiles" de l'excellent site www.matierefocale.com se sont amusés à s'échanger leurs listes des dix films qu'ils jugent les plus érotiques. Eh bien, l'un de ces blogueurs, répondant au doux sobriquet de Dr Devo, n'a pas hésité à y glisser (c'est le cas de le dire) Glissements progressifs du plaisir de l'écrivain/cinéaste Alain Robbe-Grillet. "Parce que ces choses-là marchent aussi avec le cerveau", précise-t-il aimablement.
Le Film du jour n°142 : Glissements progressifs du plaisir

Anicée Alvina et Michael Lonsdale dans Glissements progressifs du plaisir (image : www.toutlecine.com)

On trouve aussi dans la liste du bon Dr Devo Les jours et les nuits de China Blue (Russell, 1984), tourné à l'époque où Kathleen Turner avait trente ans et autant de kilos de moins (oui, je suis un monstre...), L'écureuil rouge (Medem, 1993) avec la sublime Emma Suarez, Une vierge chez les morts-vivants (1973) de Jesus Franco (quand même un spécialiste de l'effeuillage féminin, voir Deux espionnes avec un petit slip à fleurs), Holy Smoke (1998) de Jane Campion avec Kate Winslet et Harvey Keitel, deux acteurs très sensuels s'il en est, et La secrétaire (Shainberg, 2002), un long métrage que le Film du jour vous conseille personnellement pour son approche originale des rapports dominant/dominé dans nos sociétés contemporaines névrosées.
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Olga Georges-Picot et Anicée Alvina dans Glissements progressifs du plaisir (image : www.toutlecine.com)

Glissements progressifs du plaisir, l'histoire : Alice (Anicée Alvina) est accusée d'avoir tué son ami Nora (Olga Georges-Picot). Nue, dans une cellule blanche, elle est interrogée et clame son innocence. Elle raconte son histoire, l'entremêlant de provocations, de fantasmes, d'hypothèses saugrenues. Ses juges et un pasteur renoncent à la faire avouer. Une avocate, qui ressemble à Nora (évidemment... elle est jouée par la même actrice...), capte sa confiance. Persuadée de son innocence, elle accepte ses jeux lesbiens (c'est du propre...). Au comble de la jouissance, Alice la poignarde. Meurtrière de l'avocate, elle était cependant innocente du meurtre de Nora. Va comprendre, ma pauvre Lucette !
Le Film du jour n°142 : Glissements progressifs du plaisir

Alain Robbe-Grillet (au centre) sur le tournage de Glissements progressifs du plaisir

Racontée comme ça, l'histoire, reprise texto du Guide des films de Jean Tulard, semble limpide comme de l'eau de roche. Il n'en est rien. Car Alain Robbe-Grillet, père du Nouveau Roman (la mère étant Nathalie Sarraute), s'ingénie à déconstruire le récit au maximum. C'est d'ailleurs le dada du monsieur. Comme scénariste, il avait notamment signé L'année dernière à Marienbad (Resnais, 1961), film dont la trame temporelle, complètement éclatée, projette le spectateur dans le même état de confusion mentale dont semblent souffrir les acteurs du film (Delphine Seyrig et Giorgio Albertazzi), incapables de se rappeler si, effectivement, ils se sont bien rencontrés l'année dernière à Marienbad.
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Françoise Brion dans L'immortelle (1963) d'Alain Robbe-Grillet (image : www.toutlecine.com)

"Son goût pour les intrigues qui se font et se défont, les personnages qui se dédoublent, se multiplient et se confondent, les signes qui s'inversent ou changent de valeur, se retrouve dans les œuvres qu'il met lui-même en scène", écrit Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma au sujet de Robbe-Grillet.
"Dans Glissements progressifs du plaisir, après avoir mis en cause le récit réaliste, Robbe-Grillet propose au spectateur de nouvelles logiques d'agencement des images et du son", renchérissent Bernard Rapp et Jean-Claude Lamy dans leur Dictionnaire des films. Il faut quand même ajouter qu'Alain Robbe-Grillet pimente généralement ses films d'un érotisme qui flirte souvent avec l'univers sadien... Ça peut aider à faire passer la chose... D'ailleurs, le monsieur - tout comme son épouse - était connu pour être un adepte du sadomasochisme.
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Cyrielle Claire et Alain Robbe-Grillet à l'époque de La belle captive (1983) (image : www.allocine.fr)

Né en 1922 et décédé le 18 février 2008, Alain Robbe-Grillet a signé une dizaine de films dont L'immortelle (1963) avec Jacques Doniol-Valcroze et Françoise Brion, Trans-Europ-Express (1966) avec Jean-Louis Trintignant et Marie-France Pisier, Le jeu avec le feu (1975) avec Jean-Louis Trintignant, Philippe Noiret et Anicée Alvina, et La belle captive (1983) avec Gabrielle Lazure et Cyrielle Claire. Son dernier film, Gradiva, avec Arielle Dombasle dans le rôle-titre, est sorti sur les écrans français en 2007.
Pour des détails sur l'actrice Anicée Alvina (1953-2006), héroïne de Glissements progressifs du plaisir, veuillez consulter Les bons sentiments font les bons gueuletons. Mais Anicée Alvina a aussi chanté, ne vous en déplaise ! En 1982, elle a sorti un disque où figurait cette chanson au titre inoubliable : "Tu me fais mal et ça te plaît". Vous avez dit sadomasochisme ?

Publié dans Titres abscons

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