Abbas Kiarostami (1940-2016)

Publié le par lefilmdujour

Abbas Kiarostami (1940-2016)
"Quand Satyajit Ray est décédé, j’ai été très déprimé. Mais après avoir vu les films de Kiarostami, j’ai remercié Dieu de nous avoir donné exactement la bonne personne pour prendre sa place." C’est dire à quel niveau le grand cinéaste japonais Akira Kurosawa positionnait le réalisateur iranien Abbas Kiarostami, décédé le 4 juillet 2016 à l’âge de 76 ans.
Au début de son activité de cinéaste, Abbas Kiarostami s’inscrit dans la Nouvelle vague iranienne, initiée par le film La vache (1969) de Dariush Mehrjui . Sa première réalisation pour le cinéma est un court métrage néoréaliste de douze minutes en noir et blanc, Le pain et la rue (1970), qui traite de la confrontation d’un écolier malheureux et d’un chien agressif. Suivront une quarantaine d’œuvres cinématographiques, courts métrages, documentaires et films de fiction.
Abbas Kiarostami (1940-2016)
Ses premières œuvres sont généralement placées sous le signe de l’enfance ou de l’adolescence et Abbas Kiarostami reçoit une première consécration internationale à la fin des années 1980 avec Où est la maison de mon ami ? (1987), récit apparemment simple de la quête d’un écolier de 8 ans, consciencieux, qui cherche à rendre son cahier à son ami habitant dans un village voisin.
Close Up (1990), histoire vraie d’un imposteur qui se fait passer pour le réalisateur Mohsen Makhmalbaf, puis Et la vie continue (1992), qui suit un père et son fils partis à la recherche des éventuels survivants du tremblement de terre de 1990, contribuent à démontrer la sophistication et la complexité de l’art du cinéaste. « Kiarostami ne se contente pas de prendre des événements de la vie réelle pour en faire des fables poétiques, chargées d’émotions ; il propose une réflexion sur l’outil cinématographique en général et sur la nature de ses films en particulier », écrit Geoff Andrew dans 500 réalisateurs (Editions Omnibus).
Abbas Kiarostami (1940-2016)
Suivront Au travers des oliviers (1994), sur une équipe de cinéma qui s'installe dans un village du nord de l'Iran dévasté par un tremblement de terre, Le goût de la cerise (1996, Palme d’or au festival de Cannes), qui suit (littéralement) un homme désespéré au volant d'un 4x4 en quête de quelqu'un qui accepterait, contre rémunération, de l’enterrer après qu'il se sera suicidé, et Le vent nous emportera (1999, Grand prix spécial du jury au festival de Venise), sur un groupe de journalistes de Téhéran qui arrive dans un village kurde pour documenter les rituels de deuil.
Par la suite, la vidéo permet à Abbas Kiarostami d’élargir son expérimentation. Avec Ten (2002), tourné dans un taxi conduit par une femme(le principe sera repris par Jafar Panahi dans Taxi Téhéran en 2014), le cinéaste livre dix magnifiques portraits de passagers et offre un regard sur la condition féminine en Iran.
Abbas Kiarostami (1940-2016)

Gérard Collomb, le maire de Lyon, Martin Scorsese, Salma Hayek, Souleymane Cissé et Abbas Kiarostami lors de la remis du Prix Lumière 2015

En 2009, avec Copie conforme, le réalisateur livre un premier film dans des langues différentes du persan et offre à Juliette Binoche l’opportunité de décrocher le Prix d’interprétation féminine à Cannes. Son dernier long métrage de fiction, Like Someone in Love (2011), était une coproduction franco-japonaise.
Abbas Kiarostami avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques en octobre 2015 à Lyon pour la remise du Prix Lumière à Martin Scorsese. Les spectateurs avaient pu y admirer un court film d’animation réalisé par Abbas Kiarostami en hommage au réalisateur américain. Dans un plan-séquence en noir et blanc, on y voit à travers une vitre de voiture baissée un étrange ballet de deux chevaux s'ébattant dans un paysage enneigé.

Publié dans Claps de fin

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