Le Film du jour n°1 : Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu

Publié le par lefilmdujour

Un film franco-germano-ibéro-tunisien de Max PECAS (1980) avec Sylvain Green, Victoria Abril, Claus Obalski, Inge Steinbach, Gérard Croce, Michel Vocoret...

Tout est dans le titre ! Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu, long métrage qui s’est vu décerner l’insigne honneur de porter le label certifié Film du jour n°1, constitue en effet la quintessence du vide cinématographique. Mais l’œuvre a néanmoins ses farouches défenseurs parmi lesquels on compte des amateurs de gags éculés, des experts en grivoiserie navrante, des spécialistes du jeu d’acteur outrancier et des… collectionneurs névropathes de jolies filles aux seins nus. Pour vous faire une idée de l’objet dans le cas hautement improbable où vous n’auriez jamais entendu parler de ce joyau, visionnez plus bas la bande-annonce du film. Grosse rigolade garantie (au combientième degré ? Le Film du jour vous laisse seul juge...).

Ce navet de la plus belle eau est signé par le célèbre Max Pecas, auteur, entre autres joyeusetés, de La nuit la plus chaude (1967), Embraye bidasse, ça fume ! (1978), On est venu là pour s’éclater (1979) et de la fameuse trilogie tropézienne qui continue à faire le régal des amateurs des soirées estivales de M6 et de Comédie ! Je parle bien entendu du triptyque Les branchés à Saint-Tropez (1983), Deux enfoirés à Saint-Tropez (1985) et le "génialissime" On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1986), trois films qui feront, n’en doutons pas, l’objet de prochaines rubriques !

Max Pecas fut l’un des pionniers du cinéma érotique en France

Avant de se lancer dans le film de bidasses et le vaudeville tropézien, Max Pecas (1925-2003) avait contribué, au même titre qu'un José Bénazéraf, à la libéralisation de la censure française. On lui doit ainsi des œuvres aux titres explicites comme Je suis une nymphomane (1970), Je suis frigide... pourquoi ? (a.k.a. Comment le désir vient aux filles) (1971), Club privé pour couples avertis (1973) ou Sexuellement vôtre (1974). Max Pecas se hasardera aussi à tourner quelques films X au mitan des années 70.

Mais l'énorme succès rencontré par le film américain Lâche-moi les baskets (Ruben, 1975) durant l'été 1977 va donner une idée de génie à notre ami. Changeant son fusil d'épaule, Max Pecas s'engage alors sur la voie ô combien difficile et parsemée d’embûches de la comédie sexy et basse du front. Il se lance tête baissée dans un cycle de films centré sur un personnage répondant au doux nom de Cri-cri et joué par Sylvain Green, fils dans la vraie vie de l’actrice Amarande.

Victoria Abril et Sylvain Green, tout en subtilités dramatiques, dans Mieux vaut être riche etc. (image : www.toutlecine.com)

Blondinet maigrichon passablement porté sur la chose, Cri-cri est bombardé héros récurrent et pointe aux génériques de Marche pas sur mes lacets (1977) (un million d'entrées en France, on croit rêver !), Embraye bidasse, ça fume, On est venu là pour s'éclater et Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu. Bref, Cri-cri et Sylvain Green sont à Max Pecas ce qu'Antoine Doinel et Jean-Pierre Léaud sont à François Truffaut, toutes proportions gardées bien entendu !

Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu, l’histoire : Afin de toucher l’héritage de leur père, deux demi-frères qui s’ignoraient se mettent en quête de retrouver leur demi-sœur Carole qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam. Voilà donc les deux gaillards lancés sur la piste de la jeune femme sur les routes du Sud de la France, en Espagne, dans un camp naturiste (on a droit à un sublime atterrissage du visage de Cri-cri entre les deux joues arrière d’une dame…), en Tunisie et au beau milieu d’une secte. Dans leur quête, les deux frères vont bénéficier de l’aide précieuse d’une hôtesse de l’air d’origine espagnole, petite amie de Cri-cri (Victoria Abril herself).

Victoria Abril (image : linternaute.com)

La seule originalité de Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu tient bien évidemment dans la présence de la fraîche et pétulante Victoria Abril au générique. La belle Espagnole y faisait là sa première apparition d’importance dans un film hexagonal. Malgré ce faux pas, Victoria Abril s’installera rapidement dans le cœur des cinéphiles français dès l’année suivante avec un petit rôle dans J'ai épousé une ombre de Robin Davis, puis une prestation particulièrement sensuelle dans La lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix. Prestation qui lui permet de décrocher une nomination au César 1984 de la meilleure actrice dans un second rôle. L’actrice sera également nommée dans la même catégorie l’année suivante pour son rôle dans L’addition de Denis Amar, face à Richard Berry.

Née en 1959, Victoria Abril avait débuté au cinéma en 1975 et s'était fait remarquer en 1976 aux côtés de Sean Connery et Audrey Hepburn dans La rose et la flèche de Richard Lester. En Espagne, elle avait entamé dès la fin des années 70 une collaboration étroite avec le réalisateur Vicente Aranda, collaboration qui dure toujours aujourd’hui : l’actrice était encore en 2005 à l’affiche de Tirant le Blanc du metteur en scène ibère, film présenté hors compétition au Festival de Cannes en mai 2006.

C’est au début des années 90 que Victoria Abril se hisse véritablement au rang de star grâce aux triomphes remportés des deux côtés des Pyrénées par Attache moi ! (1989), Talons aiguilles (1991) et Kika (1993), trois films de Pedro Almodovar. A la même époque, l’actrice joue par deux fois l’épouse de Gérard Jugnot, d’abord dans Une époque formidable (1991), puis dans Casque bleu (1993). Enfin, en 1994, elle interprète la femme d’Alain Chabat, séduite par une Josiane Balasko plutôt hommasse, dans Gazon maudit, énorme réussite au box-office réalisée par Balasko elle-même.

Balasko, Abril et Chabat dans Gazon maudit (1994)

Après un détour (sans lendemain) par Hollywood au milieu des années 90, Victoria Abril fait un retour gagnant dans le cinéma espagnol et remporte un gros succès avec Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes (Diaz Yanes, 1995), film qui lui vaut le Goya (l’équivalent espagnol des César) de la meilleure actrice. Dans la décennie qui suit, elle alterne les rôles sombres dans des productions espagnoles comme Entre les jambes (Gomez-Pereira, 1998) avec Javier Bardem, Sans nouvelles de Dieu (Diaz Yanes, 2001) avec Penelope Cruz ou Le septième jour (Saura, 2004) aux côtés de José Garcia, avec des prestations plus légères dans des comédies françaises, souvent signées par des femmes : Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs (1998) et Les aristos (2006) de Charlotte de Turkheim, Cause toujours ! (2003) de Jeanne Labrune, Leur morale… et la nôtre (2007) de Florence Quentin, Mince alors ! (2012) de Charlotte de Turckheim, etc.

Victoria Abril, qui s’est également lancée dans la chanson, a joué la mère d’une adolescente de seize ans enceinte dans Clem, diffusé en février 2010 sur TF1. Une série a suivi...

Publié dans Titres à nanars

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