Jean Rochefort (1930-2017)

Publié le par lefilmdujour

« Long et noir, la moustache barrant un visage osseux » comme le décrit Jean Tulard, l’élégant Jean Rochefort, l’un des comédiens les plus populaires du cinéma français avec plus de 110 films tournés pour le grand écran à son actif, est décédé le 9 octobre 2017 à l’âge de 87 ans.

Jean Rochefort, qui avait étudié l’art dramatique au Conservatoire national de Paris avec Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle, commence à jouer au théâtre et au cabaret après son service militaire et débute au cinéma avec un petit rôle dans Rencontre à Paris (1955) de Georges Lampin. Dans les années 1960, il devient un second rôle récurrent du cinéma français avec des prestations remarquées chez Philippe de Broca aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Cartouche, 1961 ; Les tribulations d’un Chinois en Chine, 1965) ou non (Le diable par la queue, 1968). Jean Rochefort tient aussi le rôle récurrent de Desgrez dans la série des Angélique réalisée par Bernard Borderie (Angélique, marquise des Anges, 1964 ; Merveilleuse Angélique, 1964 ; Angélique et le Roy, 1965).

Jean Rochefort dans Un éléphant ça trompe énormément

C’est à partir du début des années 1970 que l’acteur accède au haut de l’affiche. Il est le mari d’Annie Girardot dans Les feux de la Chandeleur (1972) de Serge Korber et est un agent secret français dans Le grand blond avec une chaussure noire (1972) d’Yves Robert, gros succès qui suscitera une suite avec Le retour du grand blond (1974) du même réalisateur. Pour Yves Robert, pour qui il devient un acteur fétiche, Jean Rochefort jouera aussi dans Salut l’artiste (1973), le fameux diptyque Un éléphant ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977) où il est l’ami de Claude Brasseur, Victor Lanoux et Guy Bedos, le mari de Danièle Delorme et l’amoureux transi d’Anny Duperey, Courage fuyons (1979), Le château de ma mère (1990) ou Le bal des casse-pieds (1992).

Rochefort et Noiret dans L'horloger de Saint-Paul

Sa rencontre avec Bertrand Tavernier le fait parallèlement accéder à des rôles plus sérieux comme celui de l’inspecteur de la brigade criminelle face à Philippe Noiret dans L’horloger de Saint-Paul (1973). L’acteur retrouvera Tavernier pour Que la fête commence (1974) (César du meilleur second rôle à la clé), aux côtés de Noiret et de Jean-Pierre Marielle. En 1978, il remporte le César du meilleur acteur pour son interprétation du Crabe-tambour (1976) de Pierre Schoendoerffer.

Jean Rochefort, extraordinaire de drôlerie et de sensibilité dans Le mari de la coiffeuse

Une autre rencontre réservera à Jean Rochefort quelques-uns de ses meilleurs rôles, celle de Patrice Leconte. Au casting du premier film du réalisateur (Les vécés étaient fermés de l’intérieur, 1975), l’acteur incarne l'animateur radio ringard et pathétique de Tandem (1987) (nomination au César du meilleur acteur), le fameux Mari de la coiffeuse (1990) (nouvelle nomination au César du meilleur acteur), le professeur de français à la retraite fasciné par un mystérieux étranger (Johnny Halliday) dans L'homme du train (2002). Jean Rochefort figure également aux génériques de trois autres films de Patrice Leconte : Tango (1992), Les grands ducs (1995) où il retrouve Marielle et Noiret, et Ridicule (1995) (nomination au César du meilleur second rôle masculin cette fois-ci).

Terry Gilliam et Jean Rochefort dans Lost in La Mancha

Parmi les autres rôles marquants de Rochefort à cette époque, on citera l’homme à femmes du Cavaleur (1978) de Philippe de Broca, le frère infirme de Simone Signoret dans Chère inconnue (1979) de Moshe Mizrahi, le père dont l’épouse a disparu lors d’un voyage en train et qui parcourt à pied la voie ferrée avec sa fille dans Un étrange voyage (1980) d’Alain Cavalier, le tueur professionnel de Cible émouvante (1993) de Pierre Salvadori, et enfin Don Quichotte dans le film maudit de Terry Gilliam qui, jamais terminé, verra le jour sous forme documentaire avec Lost in La Mancha (2002).

Jean Rochefort dans Floride

Dans les années 2000, Jean Rochefort suscite l’admiration de générations plus jeunes et notamment celle d’Edouard Baer qui le fait jouer dans Akoibon (2004) et celle de Guillaume Canet, les deux hommes partageant en plus la passion des chevaux et de l’équitation. Les deux comédiens sont ainsi tous deux aux génériques de Ne le dis à personne (2005) de Guillaume Canet (César du meilleur réalisateur 2007), de La Clef (2006) de Guillaume Nicloux et de Jappeloup (2011) de Christian Duguay (Jean Rochefort, qui devait tenir le rôle finalement joué par Jacques Higelin, y fait juste une apparition dans son propre rôle). Les derniers longs métrages tournés par Jean Rochefort auront donc été L’artiste et son modèle (2012) de Fernando Trueba et Floride (2014) de Philippe Le Guay, où l’acteur incarne le père de Sandrine Kiberlain, atteint de la maladie d’Alzheimer.

César d’honneur en 1999, l’acteur, père de cinq enfants, avait été marié deux fois et avait vécu pendant sept ans avec Nicole Garcia dont il a eu un fils, l’acteur Pierre Rochefort né en 1981.

Publié dans Claps de fin

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