Le musclé du jour n°1 : Johnny Weissmuller (1904-1984)

Publié le par lefilmdujour

A tout seigneur (de la jungle), tout honneur : Johnny Weissmuller. Tarzan quoi ! Dans la famille Le musclé du jour, soit la dynastie des stars ayant brillé dans l’arène sportive (stade, piste, piscine, ring, dojo…), Johnny Weissmuller, c’est le grand frère parfait. Le pur champion, le héros inégalé à ce jour. La légende !  Le plus Citius, Altius, Fortius de tous, puisque avant d’incarner idéalement le “seigneur de la jungle” - laissant derrière lui un costume “une pièce”, taille patron, trop ample pour nombre de ses successeurs dans le rôle - Johnny Weissmuller fut tout simplement « le » seigneur de la natation.  Son palmarès parle, barrit, stridule, feule, rugit, hennit pour lui : cinq médailles d’or olympiques, gagnées à Paris (1924) et Amsterdam (1928), une de bronze (water-polo, Paris 1924), premier être humain sous la minute au 100 m nage libre, 52 fois champion des Etats-Unis (le record tient toujours et pour longtemps encore !), jamais battu en compétition, des dizaines de records du monde à son actif… Bref, côté sport, c’est sans appel (de la forêt).

Ce qui laisse aussi pantois, c’est ce qui suit. C’est-à-dire ce qui s’est passé avant le temps des sprints victorieux gagnés haut la main et haut la tête (rapport à son classieux style de crawl). En gros, ça se résume ainsi : « C’est mal parti, je gagne et je reste ! ». Qu’on en juge. D’abord, celui qui fut l’un des personnages les plus hauts en couleur du temps du noir et blanc, roi de la jungle africaine made by, and for, America au cours de douze films, vedette dans pas mal d’autres, est originaire… d’Europe ! D’un pays qui… n’existe plus : l’Autriche-Hongrie. Pour info, son village natal s’appelle Freidorf (Szabadfalu en hongrois) et se situe aujourd’hui dans la banlieue de Timisoara en… Roumanie.

Les parents de Johnny, eux, n’ont pas attendu cette tectonique des p(c)laques - qu’on appelle aussi "Première Guerre mondiale" - pour tailler la route. En 1905, avec leur bébé tout frais en bandoulière - qui porte le doux nom de János Péter Weissmüller - ils filent aux Etats-Unis (en bateau, pas à la nage !).

Neuf ans plus tard, patatras ! Notre héros contracte la poliomyélite. Pas terrible pour démarrer dans la vie. Le corps médical lui prescrit alors des séances de natation pour sa rééducation. Bien joué Doc ! Le jeune Johnny est doué. Il gagne tout, au point de se sentir pousser des ailes olympiques (ce qui n’en fait quand même pas un poisson volant). Son problème, c’est que l’Autriche-Hongrie a disparu en 1918. Du coup, la famille Weissmuller est devenue apatride… Seul le petit frère de János est ricain, puisque né sur le sol US. Ni une ni deux, Johnny Weissmuller falsifie ses papiers, prend l’identité de son frère cadet, va aux JO de Paris et casse la baraque. A son retour, comme par miracle, l’apatride est devenu Américain !

Reste la question du franchissement du Rubicon séparant notre Johnny du 7e Art. Ici, les versions diffèrent, mais pas forcément de beaucoup. Johnny raconte qu’une fois retiré du sport, il devient nageur professionnel et… vendeur de maillots de bains ! Comme disent ses admirateurs : « Enfin un commercial qui sait se mouiller »... En fait, il est toujours une star, et pour cause, lorsqu’il tourne, un peu par hasard, un bout d’essai pour le rôle de Tarzan. Figures imposées aux prétendants : grimper à un arbre et porter une fille dans les bras. Ils sont 150 pour le casting, lui n’y croit pas trop. Il gagne.

Et, toujours d’après lui, quand on lui téléphone qu’il est pris, on lui annonce aussi que ce sont les autres candidats qui l’ont choisi ! Classe, non ? Autre anecdote, le producteur qui l’engage, visiblement, ne lit pas la presse sportive (et ne va pas au cinéma voir les infos). Il demande en effet, d’emblée, au futur Tarzan de raccourcir son nom : Johnny Weis, ça sonne mieux ! A près une bonne soufflante du Big Boss, il se ravise, ordonnant aux auteurs d’écrire des scènes aquatiques « parce que ce gars là, il sait nager ! »

Sur le jeu d’acteur de Johnny « beau corps, belle gueule » Weissmuller, rien à (re)dire. Pas une once de prétention, pas le moindre cours d’art dramatique au compteur, aucune blessure de tournage à déplorer pour celui qui régna en Tarzan, de 1932 à 1948, sur la planète jungle. Quant à son fameux cri, qu’il interprétait à la perfection dans le privé pour épater la galerie, ça reste un mystère, encore aujourd’hui. Superposition de cris d’animaux ? Yodle inspiré du pays natal ? Voix bidouillées électroniquement et jouées à l’envers plus de trente ans avant les Beatles ? Va savoir ! En tout cas, Johnny Weissmuller a 44 ans, et un léger embonpoint incompatible avec le rôle, lorsqu’il lâche la liane (au sens figuré, rassurez-vous !). Il devient alors « Jingle Jim », héros « junglesque » en chemise et en pantalon, le temps de seize films et d’une série TV. La légende continuera jusqu’en 1955… Plus quelques apparitions ultérieures.

A la ville, Johnny aura également vécu de belles aventures : voitures de luxe, argent, starlettes… Et cinq mariages au total. Même en retrait du cinéma, il restera toujours populaire. La légende veut qu’en 1958, alors qu’il joue au golf à Cuba, des révolutionnaires castristes font irruption sur le green. Ni une ni deux, Johnny Weissmuller pousse son cri. Ca fait tilt chez les Barbudos qui vont tout de suite faire ami-ami avec Tarzan, bien le traiter et le libérer quelques jours après. En fait, il n’y a qu’avec Maureen O'Sullivan - Jane, quoi ! - que ça n’a pas marché. Concrètement, les deux tourtereaux des plateaux se détestaient, chacun s’étant laissé aller à dire que l’haleine de l’autre était pire que celle du chimpanzé (Cheetah, quoi !).

Sur la fin, le destin de Johnny Weissmuller tournera vinaigre. Sa flamboyante vie privée, et les déboires judiciaires qui vont avec, lui ont coûté un max : sa magnifique maison de Beverly Hills, ses belles voitures et beaucoup d’argent. Mais côté cœur, en 1963, il a épousé Maria Baumann (1921 – 2004). Elle restera avec lui jusqu’à ce qu’il meure en 1984 d’un œdème pulmonaire. Ils vivront modestement au regard de l’incroyable passé du personnage. Johnny Weissmuller a terminé son fantastique parcours terrestre (et aquatique) interné dans un asile. La légende raconte que tous les matins jusqu’à la fin, au réveil, il y a fait retentir son cri. Illustration, peut-être, de ce que certains paysages intérieurs ont un parfum de jungle.

Hall Batross

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