Zombie futé n°10 : La nuit des morts vivants

Publié le par lefilmdujour

Un film de George A. Romero (1968)

Le premier véritable film de zombies. Et le dernier ? Quelque part, oui, tant le métrage de Romero invente tous les codes du genre : morts vivants anthropophages, contagion par la morsure, huis clos de survivants, milices de défense postfascistes, musique d’avant-garde, final désespérant. Tout y est. D’ailleurs, j’entends d’ici le petit malin qui dit que, du coup, il n’est pas besoin de se taper tous les autres.

Tu sors de ma rubrique, paltoquet !

Si on veut faire une analogie, on dira que La nuit des morts vivants est au genre zombie ce que le premier album des Ramones est au genre punk : un mètre-étalon parfait, une matrice dont seront tirés tous les suiveurs, réduits ainsi forcément au statut d’exercices de style.

Je t’ai dit de sortir, toi !!

Formellement, le film jouit d’un atout incomparable pour sa crédibilité : il est en noir et blanc. Le contraste violent de la photo, les scènes nocturnes, rendent les zombies tout à fait réels. A la limite, il n’est pas besoin de maquillage. L’opus suivant de Romero, quoi qu’intéressant, pâtira beaucoup de ces visages maquillés grossièrement à la farine ou à la peinture bleue.

Petit budget dit forcément huis clos. Celui-ci est rondement mené. Les quelques rescapés locaux se retrouvent barricadés dans une maison cernée par des êtres qui se meuvent maladroitement mais qui sont déterminés à pénétrer dans le garde-manger. L’action du film se déroule au cours d’une nuit fatidique qui engendre folie, trahison et règlements de compte. Le tout ponctué de flash radio ou TV qui renseignent petit à petit les protagonistes sur l’étendue de la catastrophe et sa réalité "armagedonienne" : les morts sont décidément trop nombreux. On n’en viendra pas à bout ma p’tite dame…

La première qualité du film réside dans le message qu’il véhicule. Chez Romero, tout est politique. Prenez le zombie moyen : c’est loin d’être un légume. Il est doué d’une certaine intelligence et a un projet. Il peut saisir une pierre pour casser une vitre. Il a peur du feu. Certains brandissent des gourdins dans le but d’enfoncer des portes. Vous ne verrez jamais ça ailleurs. On dira qu’il est naturel, en 1968, de faire de la politique. Qu’il est logique que dans ces années millénaristes, les premiers zombies soient dotés d’une sorte de dignité qui les élèvent au-dessus du règne animal. Dans les années soixante, il y avait toujours un espoir.

Sauf pour les Noirs. N’en disons pas plus et laissons le spectateur découvrir la fameuse dernière scène par laquelle Romero fait rebondir son film sur un message sans appel : la ségrégation a peut-être été abolie dans les textes mais sûrement pas dans les têtes. Et voilà l’invention suprême de Romero : dans un film de zombies on ne sait pas qui, de l’homme ou du mort vivant, est le plus mauvais.

Fab Free

Publié dans Le Zombie Futé

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