Vittorio Taviani (1929-2018)

Publié le par lefilmdujour

Récipiendaire avec son frère Paolo d’une Palme d’or au festival de Cannes pour Padre Padrone (1976), histoire (vraie) d’un jeune garçon sarde qui est, enfant, retiré de l’école par son père qui l’envoie garder des animaux dans un isolement total, mais qui saura s’émanciper de ce quasi-esclavage pour devenir linguiste, le réalisateur italien Vittorio Taviani est décédé le 15 avril 2018 à l’âge de 88 ans.

Les frères Taviani sont auteurs d’un cinéma social et engagé, souvent ancré dans l’histoire de l’Italie. Paolo et Vittorio Taviani suivent des cours d'art à l'université de Pise et s'orientent vers le cinéma après avoir découvert Païsa de Roberto Rossellini (qui, président du jury, leur accordera la Palme d’or). Avec la collaboration de Valentino Orsini, ils tournent sept documentaires à partir de 1954 puis deux longs métrages (Un homme à brûler, 1962, avec Gian-Maria Volonte ; Les Hors-la-loi du mariage, 1963, avec Ugo Tognazzi et Annie Girardot).

Les protagonistes des Subversifs (1967) révisent leur engagement politique à l’occasion des obsèques de Palmiro Togliatti, l’un des membres fondateurs du Parti communiste italien. Sous le signe du Scorpion (1968) est une fable sur l’évolution des sociétés vers le progrès. Saint Michel avait un coq (1972) marque la fin de l’utopie, le désenchantement. Premier succès international, Allonsanfan (1974), avec Marcello Mastroianni, évoque « l’Italie postnapoléonienne et les derniers soubresauts des sociétés secrètes révolutionnaires écrasées par les souverains restaurés » (Dictionnaire du cinéma, Jean Tulard).

Après Padre Padrone, les frères Taviani signent Le Pré (1979), fable tragique avec Michele Placido et Isabella Rossellini, puis La Nuit de San Lorenzo (1981), Grand prix spécial du jury au festival de Cannes, épisode de la Seconde Guerre mondiale vu à travers les yeux d’un enfant. Avec Kaos, contes siciliens (1984), les deux réalisateurs livrent de magnifiques adaptations de nouvelles de Luigi Pirandello et avec Good Morning Babilonia (1986), autre grande réussite, ils portent leurs regards sur Hollywood au temps de Griffith et d’Intolérance.

Les frères Taviani filment ensuite une adaptation du Père Serge de Léon Tolstoï (Le Soleil même la nuit, 1989, avec Nastassja Kinski, Julian Sands et Charlotte Gainsbourg), une saga d’une famille italienne qui s’étend sur deux siècles (Fiorile, 1992), une adaptation des Affinités électives (1995) de Goethe avec Isabelle Huppert et Jean-Hugues Anglade, et une suite de Kaos (Kaos II, 1998), moins réussie que le premier volet.

Après un passage par la télévision et une adaptation cinématographique du Mas des alouettes (2006) d’Antonia Arslan, évocation du génocide arménien, les deux frères renouent avec le succès critique avec César doit mourir (2012), Ours d’or au festival de Berlin. Tourné comme une docu-fiction, le film se concentre sur la mise en scène de Jules César de William Shakespeare par les détenus d'un quartier de haute sécurité d’une prison romaine. Depuis, Paolo et Vittorio Taviani avaient encore tourné Contes italiens (2014) d’après Boccace et Une affaire personnelle (2017) qui prend pour toile de fond la résistance italienne en 1943, après la chute du régime fasciste. Ce dernier film n’est pas encore sorti sur les écrans français.  

Publié dans Claps de fin

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