Le Film du jour n°228 : Clarence, le lion qui louche
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Titre original : Clarence, The Cross-Eyed Lion
Un film américain d'Andrew MARTON (1965) avec Marshall Thompson, Betsy Drake, Richard Haydn, Cheryl Miller, Alan Caillou et... Clarence !
Clarence, le lion qui louche prouve, s'il en était encore besoin, que le Film du jour ne s'intéresse pas uniquement aux fessiers dodus et aux gros nibards des starlettes !
Votre rubrique préférée peut aussi, de temps aux temps, vous causer de films familiaux, avec tout plein de gentils animaux. C'est le cas ici avec ce long métrage d'Andrew Marton qui remporta un tel succès qu'il inspira une série télévisée mondialement connue, Daktari. On retrouve d’ailleurs dans le film les mêmes acteurs principaux comme Marshall Thompson (le bon docteur) et Cheryl Miller (sa fifille). Encore faut-il afficher plus de cinquante ans au compteur pour s'en souvenir !
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Toute l’équipe de la série TV Daktari, série qui s’inspire du long métrage Clarence, le lion qui louche (1965)
Auteur de Clarence, le lion qui louche, Andrew Marton, comme son nom ne l'indique pas au premier abord, est né en Hongrie en 1904 (Endre est son vrai prénom) et ce monsieur brillant s'est éteint en 1992 en Californie. S'il est aujourd'hui passé à la postérité (si... si... puisque le Film du jour vous le dit…), ce n'est pas tant pour la vingtaine de longs métrages qu'il a signés comme réalisateur que pour son travail de directeur de seconde équipe. Sur de grosses productions, le directeur de seconde épique, faut-il le préciser, est celui qui met en boîte les scènes de foules, de batailles et autres séquences avec vastes mouvements d’ensemble et figuration pléthorique, pendant que le réalisateur en titre, lui, s'occupe de filmer les actrices et les acteurs en tête d'affiche, ce qui n'est pas forcément plus facile...
C'est ainsi à Andrew Marton que l'on doit le champ de bataille de la Première Guerre mondiale dans L'Adieu aux armes (C. Vidor, 1957), la fameuse course de chars de Ben-Hur (Wyler, 1959), le déplacement des troupes romaines dans Cléopâtre (Mankiewicz, 1963) ou les scènes extérieures américaines du Jour le plus long (1962) (coréalisé avec Ken Annakin et Bernhard Wicky sous la férule du terrible Darryl F. Zanuck).
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Le Jour le plus long, une grande fresque historique dont les scènes américaines extérieures furent tournées par Andrew Marton
Andrew Marton commence sa carrière à Vienne en 1922 comme producteur et suit le grand réalisateur Ernst Lubitsch à Hollywood à la fin des années 1920. C'est donc sous le soleil californien qu'il réalise son premier film (La Maison des alarmes, 1929). Mais, très vite, il revient en Allemagne pour poursuivre sa carrière de metteur en scène. L'avènement du nazisme l'oblige toutefois à quitter Berlin et à exercer en Suisse, en Hongrie puis en Angleterre.
C'est en 1940 qu'il s'installe définitivement aux États-Unis. Et, pendant quelque vingt-cinq ans, Andrew Marton va signer, avec un savoir-faire certain, films d'aventures, westerns, films de science-fiction, etc. Parmi les plus connus d'entre eux, on citera Les Mines du roi Salomon (1950), excellent moment avec Deborak Kerr et Stewart Granger, Au pays de la peur (1952), tourné dans le Grand Nord avec Cyd Charisse et Stewart Granger à nouveau, L'Emeraude tragique (1954) avec un Stewart Granger qui s'y recolle encore et Grace Kelly, et le très bon Quand la terre s'entrouvrira (1964) avec Dana Andrews (et d'impressionnants trucages).
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Quand la terre s’entrouvrira (Andrew Marton, 1964), un film de science-fiction sur les dangers des explosions atomiques souterraines
Clarence, le lion qui louche, l'histoire : Quelque part en Afrique de l'Est dans le centre d'études du comportement animal de Wameru. On signale la présence dans la savane d'un lion étrangement apathique. Intrigué, le directeur du centre, Marsh Tracy dit Daktari (docteur en swahili) part récupérer l'animal. Quelle n'est pas sa stupeur lorsqu'il découvre qu’un strabisme handicape la pauvre bête... Ce qui explique le comportement pacifique du félin qui voit double. Adopté par Paula, la fille du docteur, et rebaptisé Clarence, le lion rejoint benoîtement les autres animaux du centre. Mais, tapis dans l'ombre, des braconniers sans scrupules fomentent un mauvais coup...
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Clarence, le lion qui louche est le dernier film que tourna pour le cinéma l'actrice Betsy Drake. "Qui c'est encore celle-là ?", vous entends-je déjà hurler. Américaine née à Paris en 1923 et décédée en 2015, Betsy Drake n'est autre que la troisième épouse de Cary Grant et celle avec laquelle il fut marié le plus longtemps (de 1949 à 1962). L'acteur avait remarqué sa future épouse à Londres dans une pièce de théâtre. Partageant le même bateau pour rentrer aux États-Unis, leur liaison était consommée avant même que le paquebot n'arrive à New York...
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Cary Grant et Betsy Drake, époux dans la vraie vie de 1949 à 1962. De quoi, effectivement, courir ivres de bonheur sur la plage…
Forte de cette "relation", Miss Drake est embauchée sur le champ par les studios RKO et donne la réplique à Cary Grant dès son premier film intitulé... La Course au mari (Hartman, 1948). Un titre quelque peu prémonitoire car les deux tourtereaux se passent la bague au doigt le jour de Noël 1949 (l'ami Cary était divorcé depuis 1945 de Barbara Hutton, l'héritière richissime de la chaîne de magasins Woolworth qui, avec l'acteur, en était déjà à son quatrième époux… quelle santé !). Après un premier rôle face à Robert Young dans le film romantique La Deuxième femme (Kern, 1950), Betsy Drake donnera à nouveau la réplique à Cary Grant dans Cette sacrée famille (Taurog, 1952).
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Cary Grant et Betsy Drake dans La Course au mari (Hartman, 1948)
Par la suite, focalisée sur sa vie privée, l'actrice ne jouera plus que quelques rôles, comme dans La Blonde explosive (Tashkin, 1957) aux côtés de l’exubérante et poumonnée Jayne Mansfield, ou dans Tueur à gages (1958) face à Richard Todd. En 1956, Betsy Drake avait échappé de justesse (comme tous les autres passagers) au naufrage du paquebot transatlantique Andrea Doria, entré en collision avec le Stockholm au large des côtes américaines. Un naufrage où, paraît-il, elle perdit 600 000 dollars de bijoux partis par le fond !
Ce qui n'est pas bien grave, au vu ce qui venait de tomber sur la tête de l'actrice. De retour d'une visite à son mari en tournage en Europe au moment de l’accident, elle s'était aperçu que ce dernier couchait avec Sophia Loren. L’Italienne et Cary Grant se côtoyaient alors sur les plateaux d'Orgueil et passion (1957) de Stanley Kramer, ceci expliquant peut-être cela...
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Le naufrage du paquebot « Andrea Doria » le 25 juillet 1956. A son bord, l’actrice Betsy Drake.
Cary Grant et Betsy Drake se séparent en 1958, tout en restant bons amis, et divorcent en 1962. A noter que c'est Betsy Drake qui initia Cary Grant au LSD (alors légal), l'actrice ayant commencé à prendre le produit pour surmonter le traumatisme du naufrage de l'Andrea Doria. Lors de son divorce, Betsy Drake ne repartit pas les mains vides, loin s'en faut, puisqu'elle empocha un million de dollars ainsi qu'un pourcentage sur les salaires que Cary Grant avaient engrangés sur les treize films qu'il joua durant leurs années de mariage. Elle est pas belle, la vie !
Après avoir mis un terme à sa carrière cinématographique (pourquoi travailler en effet quand on a les poches bien remplies...), Betsy Drake s'oriente vers l'écriture et devient même psychothérapeute. En 2004, elle apparaît encore bon pied bon œil dans un documentaire consacré à Cary Grant.
Après son mariage avec Betsy Drake, l'acteur, décédé en 1986, est encore passé par deux fois devant Monsieur le maire : en 1965 pour épouser l'actrice Dyan Cannon de 33 ans sa cadette (avec qui il eut une fille et dont il divorcera en 1968), et en 1981, pour passer la bague au doigt à Barbara Harris, sa dernière épouse née 47 ans après lui (quelle santé !).