Le Film du jour n°98 : L'espion qui venait du surgelé

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°98 : L'espion qui venait du surgelé
Titre original : Le spie vengono dal semifreddo
Un film franco-italien de Mario BAVA (1967) avec Vincent Price, Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Fabian, Francesco Mulé, Laura Antonelli...
Parodie des films d'espionnage à la sauce 007, L'espion qui venait du surgelé (Dr. Goldfoot and the Girl Bombs dans la version américaine) est une suite tournée en Italie de Dr. Goldfoot and the Bikini Machine, un long métrage signé un an auparavant par le réalisateur américain Norman Taurog. Dans les deux opus, le fameux docteur Goldfoot est interprété par l'icône du cinéma fantastique Vincent Price. Pourquoi Goldfoot, me direz-vous ? Le nom fait bien évidemment référence au méchant Goldfinger de la saga des James Bond, et Goldfoot s'appelle Goldfoot parce que ses chaussures sont... dorées. Fascinant, non ?
Le Film du jour n°98 : L'espion qui venait du surgelé

Vincent Price dans L'espion qui venait du surgelé (image : www.toutlecine.com)

Le titre français (L'espion qui venait du surgelé pour ceux qui n'auraient pas suivi) se veut une déclinaison super rigolote, voire hyper tordante, de L'espion qui venait du froid (Ritt, 1965), un vrai film d'espionnage, lui, inspiré du roman éponyme de John Le Carré, avec dans le rôle principal Richard Burton (de passage sur le plateau entre deux bitures ou deux engueulades avec sa femme de l'époque, la grande Elizabeth Taylor). Ajoutons que la série des Austin Powers, avec son Goldmember, s'est largement inspirée des aventures du Dr. Goldfoot.
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Goldmember (J. Roach, 2002), un héritier du Dr. Goldfoot ? (image : www.toutlecine.com)

L'espion qui venait du surgelé, l'histoire : Jamais en retard d'un sale coup à asséner à l'humanité, ce bon docteur Goldfoot veut déclencher un conflit entre la patrie de l'Oncle Sam et l'Union soviétique. Son idée : faire bombarder Moscou par un avion US. Dans ce but, il décide d'éliminer dix généraux de l'OTAN et d'usurper l'identité du seul survivant, le général Willis. Pour arriver à ses fins, il fait parvenir à ses victimes de très appétissantes jeunes femmes qui ont la particularité d'être des robots piégés explosant au premier contact charnel. Tout se passe comme prévu jusqu'au moment où l'agent Bill Dexter se rend à Rome. C'est dans la Ville éternelle que le docteur Goldfoot a prévu d'éliminer et de remplacer le général Willis.
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Franco Franchi et Ciccio Ingrassia

L'espion qui venait du surgelé est l'un des multiples films où sévit le duo Franco & Ciccio, les Filopat et Patafil du gros cinéma populaire italien qui tache des années 60 et 70. Un tandem dont le sens "comique" est totalement insupportable pour beaucoup aujourd'hui, à moins que vous ne soyez des amateurs inconditionnels du coussin péteur et de la crotte en plastique. Luigi Comencini leur confiera néanmoins les rôles du chat et du renard dans Les aventures de Pinocchio (1971) et on les verra aussi chez les frères Taviani dans l'excellentissime Kaos, contes siciliens (1986), inspiré de certaines nouvelles de Pirandello. A ce titre, L'espion qui venait du surgelé apparaît comme une scorie dans la filmographie du réalisateur Mario Bava (1914-1980), dont les titres de gloire sont plutôt à chercher du côté du film gothique et du giallo.
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Barbara Steele dans Le masque du démon (1960), le premier film réalisé par Mario Bava (image : www.toutlecine.com)

Considéré comme l'un des plus brillants opérateurs italiens (il a collaboré avec Camerini, Emmer, Steno, Monicelli, Freda et a quasiment inventé à lui tout seul l'esthétique du péplum transalpin en travaillant sur Les travaux d'Hercule (1958) et Hercule et la reine de Lydie (1959) de Pietro Francisci), Mario Bava passe à la réalisation en 1960. Et, pour un coup d'essai, c'est un coup de maître.
Le masque du démon avec la magnifique et étrange Barbara Steele - revue tout récemment dans Lost River (2015) de Ryan Gosling - devient immédiatement, par son climat morbide et ses superbes images en noir et blanc, la référence ultime en matière de film fantastique gothique. "Les ongles démesurés de Barbara Steele raclant la pierre d'un sarcophage savent si bien nous déchirer le cœur", ira jusqu'à écrire un critique tombé sous le charme.
Mario Bava confirme sa réputation avec Hercule contre les vampires (1961), puis il signe deux fresques en costumes, l'une réussie, La ruée des Vikings (1961), l'autre moins, Les mille et une nuits (1962), coréalisée avec l'américain Henry Levin ("de la série B italienne, prétendant à un A, et aboutissant à un Z", selon Jean Tulard).
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Le premier thriller signé par Mario Bava

En 1963, Mario Bava boucle son premier thriller avec La fille qui en savait trop (1963). Avec ce film aux accents morbides, le réalisateur jette les bases de ce qui deviendra le giallo (voir Mais... qu'avez-vous fait à Solange ? et La mort a pondu un œuf). Peu après, Bava retrouve l'univers gothique (et une pointe de sadisme) en signant Le corps et le fouet (1963) avec Christopher Lee et Daliah Lavi, puis Les trois visages de la peur (1963).
Dans ce film à sketches, où l'on croise Boris "Frankenstein" Karloff et Michèle "Angélique, marquise des Anges" Mercier, le cinéaste explore trois différentes facettes de la peur au cinéma : le suspense, le gothique vampirique et la terreur de l'inconscient. Mais c'est en 1964, avec Six femmes pour l'assassin, film considéré par les spécialistes comme son chef-d'oeuvre, que Mario Bava édicte les règles opératiques du giallo : érotisme de bon aloi, assassin ganté de noir, raffinement dans la cruauté des meurtres, univers baroque et fétichiste.
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Eva Bartok terrorisée dans Six femmes pour l'assassin (Bava, 1964) (image : www.toutlecine.com)

La fin des années 60 et le début des années 70 sont particulièrement féconds pour notre réalisateur qui se met à aborder tous les genres, avec plus ou moins de bonheur : le western avec Arizona Bill (1965), la science-fiction avec La planète des vampires (1965), où l'on distingue les prémices d'Alien, l'épouvante gothique de nouveau avec Opération Peur (1966), le film de vikings encore avec Duel au couteau (1966), la parodie burlesque avec L'espion qui venait du surgelé, l'adaptation d'une célèbre BD avec Danger : Diabolik (1968), le film épique avec L'odyssée (1968), etc.
Mario Bava renoue toutefois avec le giallo en signant Une hache pour la lune de miel en 1969, L'île de l'épouvante en 1970 et, surtout, La baie sanglante en 1971, un film où l'intégralité du casting, à l'exception de deux enfants (soit treize personnes en tout), passe de vie à trépas de manière particulièrement sanglante (pendaison d'une handicapée, égorgement d'une baigneuse, décapitation d'une chiromancienne, embrochage d'un couple en plein ébat amoureux, coupe-coupe en plein dans la tronche du beau gosse de service, j'en passe et des meilleurs). Avec ce dernier film, Mario Bava s'avère, sans nul doute, un précurseur des slashers américains qui feront florès dans les années 70, Vendredi 13 et Halloween en tête.
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L'un des multiples meurtres de La baie sanglante (1971) de Mario Bava (image : toutlecine.com)

Malheureusement, le talent de Bava n'est reconnu à sa juste valeur et sa production ne rencontre pas le succès mérité. Lisa et le diable (1972), son film le plus étrange, n'est pas distribué. L’œuvre est même remontée par les producteurs pour surfer sur le succès de L'exorciste (Freidkin, 1973) et rebaptisée... La maison de l'exorcisme. Mario Bava a alors du mal à boucler ses derniers longs métrages et c'est son fils, Lamberto Bava, qui terminera Shock, les démons de la nuit (1977), son œuvre ultime pour le cinéma. A noter la présence au générique de l'actrice italienne Daria Nicolodi, alors épouse du réalisateur Dario Argento, considéré comme l'héritier de Mario Bava, et, accessoirement, maman de la fantasque Asia Argento.
Biblio : Mario Bava dans Cinéma bis : 50 ans de cinéma de quartier, Laurent Aknin, Nouveau Monde Editions

Publié dans Titres rigolos

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