Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner
Titre original : Taiji ga mitsuryosuru toki
Un film japonais de Koji WAKAMATSU (1966) avec Miharu Shiwa et Hatsuo Yamatani...
Classique des "pink-eiga" (érotisme à la japonaise), Quand l'embryon part braconner est ressorti sur les écrans français en 2007, tout du moins sur les écrans parisiens, parce qu'à Lyon (eh oui, le Film du jour est délocalisé)... pas l'ombre d'un braconnier à moitié venu à l'horizon ! Le film de Koji Wakamatsu, considéré dans l'histoire du cinéma comme un long métrage de "répertoire", s'était alors vu attribuer une grotesque interdiction aux moins de 18 ans par la Commission de classification des œuvres cinématographiques, interdiction validée par Dame Chabanel, ministre de la Culture de l'époque...
Pourtant, Quand l'embryon part braconner n'est ni "un film agrémenté de scènes X" (comme Baise-moi), ni "un film caractérisé par son extrême violence" (comme Saw 3), pourtant les deux seuls critères qui peuvent justifier une interdiction aux moins de 18 ans. Mais c'est effectivement un film "dérangeant" au même titre que des œuvres comme Le dernier train de la nuit (Lado, 1975), Day of the woman (Zarchi, 1978) (lire J'irai verser du nuoc-mam sur tes tripes), Funny Games (Haneke, 1997) ou Irréversible (Noé, 2002).
Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner

Une scène de Quand l'embryon part braconner (image : www.toutlecine.com)

Quand l'embryon part braconner, l'histoire : Le patron d'un grand magasin enlace une jeune vendeuse dans sa voiture, puis l'invite à boire un dernier verre (jusqu'ici, tout va bien !). Là, il lui administre un sédatif et commence à lui infliger une suite ininterrompue de sévices.
Le récit de 72 minutes est entièrement centré sur les deux personnages. Selon le magazine Mad Movies, "c'est d'abord le bourreau qui monopolise la parole, à travers divers procédés (flash-back, voix off, longues tirades) accouchant d'une logorrhée sadienne ressassant les sujets les plus dérangeants : hantise de la procréation, fascisme latent, bestialité, etc. Mais il a beau rabaisser sa victime au niveau d'un animal, il n'entame que superficiellement sa personnalité ; sous son épiderme zébré par le fouet, la jeune femme conserve son secret et sa personnalité".
Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner

Quand l'embryon part braconner, un récit centré sur deux personnages (image : www.toutlecine.com © Zootrope Films)

Les spectatrices nippones ne s'y sont pas trompées, se déplaçant toujours en masse à chaque reprise du film au Japon ! "J'avais bien insisté auprès de mon scénariste sur le fait que la femme, qui est censée être complètement dominée par l'homme, parvient finalement à renverser les rôles", explique Koji Wakamatsu dans un entretien à Mad Movies. Trop complexe pour Tatie Chabanel, qui préfère sans doute Si Versailles m'était conté, Sissi, La mélodie du bonheur et Les choristes ! Faut lui pardonner, la pauvre. Elle avait susurré le plus sérieusement du monde à Luc Besson qu'il était l'un des très rares réalisateurs à avoir créé des mythes cinématographiques. Peut-être voulait-elle parler d'Anne Parillaud et de Jean Reno...
Né en 1936 et décédé en 2012, Koji Wakamatsu, le réalisateur de Quand l'embryon part braconner, ne s'est pas tout de suite fait connaître par ses activités cinématographiques. Dès l'âge de 18 ans, il émargeait en effet dans un groupe de yakusas (maffieux nippons) où il exerça ses talents pendant cinq ans. Arrêté par la police et jeté en prison pendant six mois, notre "gentil" garçon décida de laisser tomber le milieu et d'entrer dans le monde du cinéma.
Koji Wakamatsu signe son premier film en 1963 et lance, avec d'autres cinéastes indépendants et marginaux, la mode des "pink-eiga", les films érotiques nippons. En trois ans, il va tourner une vingtaine de films, toujours axés sur les mêmes thèmes (déshumanisation de la société, aliénation par les images érotiques, connexion entre sexe et violence, contexte politique sous-jacent, expérimentations visuelles, etc.). Parmi une filmographie pléthorique, on citera Le secret derrière les murs (1965), sélectionné au Festival de Berlin, Quand l'embryon part braconner et Les anges violés (1967), long métrage s'inspirant du massacre de huit infirmières par Richard Speck aux États-unis.
Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner

L'extase des anges (Wakamatsu, 1972) (image : biginjapan.com.au)

Puis, progressivement, tout en flirtant avec l'underground (Vierge violée cherche étudiant révolté, 1969, un film culte au pays du Soleil levant, dixit Laurent Aknin dans Cinéma bis, ouvrage paru chez Nouveau Monde Editions), le cinéma de Wakamatsu s'oriente vers le cinéma politique militant, influencé par diverses avant-gardes et par l'extrême gauche (Sex Jack, 1970 ; L'extase des anges, 1972). Le réalisateur est alors très proche de Nagisa Oshima qui pourra tourner L'empire des sens (1976) grâce, notamment, à l'apport financier de Wakamatsu. Le cinéaste continue dans cette voie tout au long des années 70 avec des films "dossiers" provocateurs ou des films violents, puis ralentit ses activités à partir des années 80.
Koji Wakamatsu est revenu au premier plan en 2006 avec United Red Army, docu-fiction qui retrace une célèbre prise d'otages au Japon qui fut retransmise en direct en 1972 pendant plus de dix heures. Son dernier film, Le soldat dieu (2009), parabole antimilitariste, est sorti le 1er décembre 2010 sur les écrans français.
Le Film du jour n°97 : Quand l'embryon part braconner

Le dernier film de Wakamatu, actuellement sur les écrans français (décembre 2010) (image : www.cinematheque.fr)

Les deux acteurs engagés par Wakamatsu pour jouer dans Quand l'embryon part braconner n'avait pas d'expérience cinématographique à leur actif. "L'homme était comédien débutant au sein d'une troupe de théâtre, mais il n'avait pas encore eu de vrais rôles et son travail était de tirer les rideaux avant les représentations. Or, en le voyant faire, j'ai trouvé qu'il ressemblait à un embryon et je lui ai demandé d'interpréter ce rôle", explique le cinéaste dans Mad Movies. Quant à la fille, c'est son unique apparition à l'écran. On peut la comprendre, il y a sans doute des premières expériences plus agréables...
Source principale : Cinéma bis, Laurent Aknin, paru aux éditions Nouveau Monde

Publié dans Titres étranges

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