Le Film du jour n°59 : Le troisième homme était une femme

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°59 : Le troisième homme était une femme
Titre original : Ada
Un film américain de Daniel MANN (1961) avec Susan Hayward, Dean Martin, Wilfrid Hyde-White, Ralph Meeker, Martin Balsam...
Au rayon politique, l'expression dite du "troisième homme" fait référence à une personnalité qui joue les trouble-fête lors d'élections présidentielles dans des États où l’échiquier politique se divise en deux partis principaux. En France, c'est François Bayrou qui avait fait office de troisième homme lors de la course à la présidence de la République en 2007. Selon certains sondages, ce serait Marine Le Pen (une femme... si, si...) qui endosserait ce rôle, somme toute très convoité, si la prochaine élection avait lieu aujourd'hui. Signé par Daniel Mann (1912-1991), qu'il ne faut pas confondre avec les réalisateurs Anthony Mann, Delbert Mann ou Michael Mann, Le troisième homme était une femme (ah... quel esprit d'à-propos... il est fort le Film du jour...) entretient donc un rapport certain avec la politique.
Le Film du jour n°59 : Le troisième homme était une femme

Grâce à La rose tatouée (1955), film de Daniel Mann et adaptation du roman de Tennessee Williams, l'italienne Anna Magnani (ici avec Burt Lancaster) décrocha l'Oscar de la meilleure actrice (image : www.toutlecine.com)

Homme de théâtre, Daniel Mann n'occupe pas une place de choix dans les histoires du cinéma. Pour Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier (50 ans de cinéma américain), il "sait diriger théâtralement les films théâtraux ; qu'on ne lui en demande pas plus". Georges Sadoul, quant à lui, le qualifie de simple "metteur en films" pour Hollywood des succès de Broadway. Selon Jean Tulard, "sa réputation est fondée aux États-Unis sur trois mélodrames qui permirent à leurs interprètes féminines de gagner un Oscar, trois films exécrables qu'il faut fuir, comme la majeure partie de l’œuvre de Mann, fondée sur les pires poncifs". N'en jetez plus !
Les trois films précités sont Reviens, petite Sheba (1952), La rose tatouée (1955) et La Vénus au vison (1960), et les statuettes dorées tombèrent respectivement dans les mains de Shirley Booth, Anna Magnani et Elisabeth Taylor (cette dernière indiqua avoir été sidérée à la première vision du La Vénus au vision, qualifiant poétiquement le film de "vraie merde" !).
Le Film du jour n°59 : Le troisième homme était une femme

C'est avec son rôle de prostituée de luxe dans La Vénus au vison (Daniel Mann, 1960) qu'Elisabeth Taylor décrocha son premier Oscar de la meilleure actrice (image : www.toutlecine.com)

Si, néanmoins, vous réussissez à apprécier ces trois mélos, je vous conseille vivement C'est dans la poche (1978), une pochade centrée sur un kangourou boxeur avec un Robert Mitchum complètement hébété... Mais le kangourou, c'est un scandale, n'a pas décroché l'Oscar ! Daniel Mann a quand même deux réussites incontestables à son actif : le film d'espionnage Mon homme Flint (1965) avec James Coburn, et le film horrifique Willard (1971), dans lequel un jeune homme élève une bande de rats assassins pour se venger d'une société qui le rejette.
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Contant l'histoire d'un jeune homme introverti éleveur de rats, Willard (1971) de Daniel Mann fut tourné en 2002 dans une nouvelle version (avec Crispin Glover dans le rôle-titre)

Le troisième homme était une femme, l'histoire : Bo Gillis s'est porté candidat au poste de gouverneur. Mais c'est Steve qui écrit les discours et c'est Sylvester qui mène la campagne. Le cerveau vide (toute ressemblance avec des personnages réels ne serait que... etc. etc.), Bo, lui, joue de la guitare et pousse la chansonnette (et ça marche ! Et pour cause : c'est le crooner Dean Martin qui interprète Bo...). Tout se déroule pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu'au moment où notre héros est surpris dans les bras d'une prostituée, la fameuse Ada du titre original. Pour couper à toutes les rumeurs, Bo épouse Ada à la grande surprise de tout le casting. Une fois l'élection remportée (ne riez pas, le film s'inspire d'une histoire véridique, celle de Jimmie Davis, élu gouverneur de Louisiane et compositeur de "You are my sunshine"... et puis les Américains se sont quand même payé un ancien acteur de séries B comme président...), on invente une bio "officielle" pour Ada, qui s'avère très douée pour séduire la populace et mener par le bout du nez son gouverneur de mari !
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Susan Hayward

Dans Le troisième homme était une femme, le rôle d'Ada est interprété par l'actrice américaine Susan Hayward (1918-1975). De son vrai nom Edythe Marrenner, la jeune femme débarque à Hollywood en 1937 à la demande du producteur David O. Selznick qui recherche désespérément une interprète pour le rôle de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent. Susan Hayward n'est pas retenue, mais l'actrice en herbe ne s'avoue pas vaincue. Elle suit des cours et entame sa carrière cinématographique par de petits rôles. On la voit notamment aux côtés de Gary Cooper dans Beau Geste (Wellman, 1939). Elle décroche sa première nomination à l'Oscar de la meilleure actrice en 1947 pour Une vie perdue (Heisler), puis sa deuxième en 1949 pour Tête folle (Robson).
Le Film du jour n°59 : Le troisième homme était une femme

C'est à sa cinquième nomination que Susan Hayward décrocha enfin l'Oscar de la meilleure actrice pour son rôle d'une condamnée à mort dans Je veux vivre (1958) de Robert Wise (image : www.toutlecine.com)

Durant les années 50, Susan Hayward est à l'apogée de sa gloire et tourne avec de grands réalisateurs comme Henry Hathaway (La sorcière blanche, 1953 ; Le jardin du diable, 1954), Henry King (David et Bethsabée, 1951 ; Les neiges du Kilimandjaro, 1952 ; Quand soufflera la tempête, 1955), Nicholas Ray (Les indomptables, 1952) ou Delmer Daves (Les gladiateurs, 1954). Elle obtient une troisième nomination à l'Oscar en 1953 pour Le refrain de mon cœur de Walter Lang et une quatrième en 1955 pour Une femme en enfer de Daniel Mann déjà, film dans lequel elle interprète une alcoolique repentie (ça, ça plaît aux Américains, cf. George Bush junior...). Le rôle lui vaut quand même le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes.
La fameuse statuette, l'actrice la décroche enfin en 1958 pour Je veux vivre (Wise) dans le rôle d'une femme condamnée à mort. Un divorce très difficile avec l'acteur Jess Barker, une lutte sans merci pour la garde de leurs jumeaux, et une tentative de suicide l'oblige toutefois à réduire ses apparitions à l'écran à la fin des années 50. La mort de son deuxième mari en 1966 et la dépression qui s'ensuit l'amène à arrêter définitivement sa carrière. On ne la reverra qu'en 1971 dans le western La poursuite sauvage de Daniel Mann, encore lui.
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Dean Martin et Susan Hayward dans Le troisième homme était une femme

Susan Hayward est décédée d'un cancer au cerveau en 1975, cancer qui serait dû à l'exposition à la radioactivité lors du tournage dans l'Utah du Conquérant (D. Powell, 1956), les Américains ayant procédé au même moment à des essais atomiques dans le désert. De fait, le metteur en scène Dick Powell et ses quatre acteurs principaux (John Wayne, Susan Hayward, Agnes Moorehead et John Hoyt) sont tous morts d'un cancer. Vérité ou simple coïncidence ? L'affaire en tout cas a fait scandale outre-Atlantique.
Ci-dessous, Susan Hayward interprète l'actrice et chanteuse américaine Jane Froman, grièvement blessée dans un accident d'avion en 1943, dans With a Song in my Heart (1952) de Walter Lang. Le chanteur, c'est Richard Allan (a priori...).

Publié dans Titres étranges

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