Le Film du jour n°56 : Nue pour l'assassin

Publié le par lefilmdujour

Titre original : Nude per l'assassino

Un film italien de Andrea BIANCHI (1975) avec Edwige Fenech, Nino Castelnuovo, Femi Benussi, Solvi Stubbing, Amanda, Franco Diogene...

Sorti en 1975 en pleine déferlante de créatures dénudées sur les écrans européens, Nue pour l'assassin se situe à la croisée du film érotique et du giallo (voir Mais qu'avez-vous fait à Solange ? et La mort a pondu un œuf). Ce n'est pas un cas unique dans l'histoire du cinéma italien.

Les insatisfaites poupées érotiques du Docteur Hitchcock (Di Leo, 1971), L'appel de la chair (Miraglia, 1971) (fait chaud tout d'un coup...), Dans les replis de la chair (Bergonzelli, 1971) (j'étouffe...), L'alliance invisible (Martino, 1972) (avec, là encore, la sublime Edwige Fenech, et une orgie satanique à la clé...) (aarghhh...), ou bien encore L'éventreur de New York (Fulci, 1982) (quoique, là, on vire carrément dans le gore sanguinolent, limite écœurant), tous ces films, donc, sont représentatifs du mariage plus ou moins réussi de ces deux genres à part entière. Comme l'écrit l'excellent magazine Mad Movies, "le giallo a beaucoup fait pour l'avènement du nu en Italie, avec ses héroïnes persécutées et agressées par autant de couteaux phalliques et de lames de rasoir pénétrantes". On ne peut pas mieux dire...

Né en 1925, Andrea Bianchi, qui utilise parfois le pseudonyme de Andrew White (il s'est pas foulé pour son pseudo, celui-là...), est un spécialiste du film d'exploitation. Pas de chefs-d’œuvre à son actif donc, mais il a quand même cosigné en 1972 une version de L'île au trésor avec, dans le rôle de Long John Silver, Orson Welles lui-même. Et, croyez-moi ou pas, c'est notre Jean Lefebvre national qui lui donne la réplique !

On lui doit aussi quelques sexy-comédies à l'italienne dont Le colonel en folie (1973) avec Jacques Dufilho et la belle Dagmar Lassander, ou La collégienne prend des vacances (1976). Également à son actif - ou passif pour être plus exact - Le manoir de la terreur (1980), un film de zombies amateurs de chair fraîche qui se situe dans la lignée de Zombie (Romero, 1978) et de L'enfer des zombies (Fulci, 1979) (la qualité va quand même decrescendo, année après année...).

Andrea Bianchi a aussi commis L'ange de la mort (1986), une bande consacrée au sinistrement célèbre docteur Mengele (joué ici par Howard Vernon) et scénarisée par Jesus Franco.

Le réalisateur Andrea Bianchi sacrifia à la mode du zombie avec Le manoir de la terreur en 1980

Nue pour l'assassin, l'histoire : Une femme meurt d'un arrêt cardiaque lors d'un avortement clandestin. Pour faire croire à une mort naturelle, le médecin place le cadavre dans une baignoire, laisse couler l'eau et s'en va sur la pointe des pieds... Quelques jours plus tard, il est lardé de coups de couteaux par un motard tout de cuir vêtu et portant casque. Parallèlement, les salariés d'une agence de mannequins (top-modèles, photographes, etc.) se font occire les uns après les autres. Avant de trépasser, ils ont tout juste le temps d'entendre le robinet d'une baignoire couler... Les deux affaires seraient-elles liées ? Ben oui, tiens !

Film au scénario assez plan-plan, Nue pour l'assassin se singularise surtout par sa vulgarité et sa crudité sur le plan sexuel (pour l'époque). Tout y passe : avortement, homosexualité masculine et féminine, impuissance, fétichisme, gadgets érotiques (avec, notamment, une poupée gonflable... que son heureux et grassouillet propriétaire n'aura malheureusement pas le temps de gonfler avant de passer l'arme à gauche).

Nino Castelnuovo (image : www.toutlecine.com)

Le rôle principal masculin de Nue pour l'assassin est interprété par Nino Castelnuovo. Né en 1936, cet acteur italien démarra sa carrière cinématographique à la fin des années 50 dans de petits rôles. Il figure ainsi au générique de Rocco et ses frères (1960) de Luchino Visconti. La consécration internationale, il l'obtient toutefois grâce à son interprétation auprès de Catherine Deneuve dans Les parapluies de Cherbourg (1964) de Jacques Demy.

Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo dans Les parapluies de Cherbourg (Demy, 1964) (image : www.allocine.fr)

A cette époque, plusieurs réalisateurs de la Nouvelle vague font appel à Nino Castelnuovo, tels Agnès Varda (pour Les créatures, 1966), ou Jean-Luc Godard (dans La contestation, 1969, film à sketches coréalisé avec Lizzani, Bertolucci, Pasolini et Bellochio). On l'aperçoit également dans L'emmerdeur (Molinaro, 1973) aux côtés de Lino Ventura et de Jacques Brel, et dans Un amour de pluie (Brialy, 1973), où il donne la réplique à Romy Schneider.

Romy Schneider et Nino Castelnuovo dans Un amour de pluie (Brialy, 1973)

Parallèlement, Nino Castelnuovo mène une carrière en Italie où on le retrouve souvent à l'affiche de films "sexy", comme Laura nue (Nicolo Ferrari, 1961), Viol à l'italienne (Marcello Andrei, 1963), La ceinture de chasteté (Pasquale Festa Campanile, 1967), Prostituée le jour, épouse la nuit (Nello Rossati, 1971) ou La lycéenne a grandi (Sylvio Amado, 1975). Rien d'étonnant donc à le voir déambuler en slibard parmi les créatures dénudées de Nue pour l'assassin...

Depuis la fin des années 70, Nino Castelnuovo travaille essentiellement au théâtre et à la télévision. Il a néanmoins figuré, il y a quelques années, au générique du Patient anglais (Minghella, 1996).

Publié dans Titres rigolos

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