Le Film du jour n°35 : La sage-femme, le curé et le bon Dieu

Publié le par lefilmdujour

Titre original : Jessica

Un film américain de Jean NEGULESCO (1962) avec Angie Dickinson, Maurice Chevalier, Gabriele Ferzetti, Agnes Moorehead...

La sage-femme, le curé et le bon Dieu ? Avec ce titre improbable, les distributeurs français du film, sorti tardivement dans l'Hexagone, ont sans nul doute voulu surfer sur la mode des "trois nominatifs" lancée par Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone en 1966. Entre la fin des années 60 et la fin des années 70 se sont en effet multipliés les titres du genre Un génie, deux associés, une cloche (Damiani, 1975), La brute, le colt et le karaté (Margheriti, 1973), Le blanc, le jaune et le noir (S. Corbucci, 1975) ou Le cynique, l'infâme et le violent (Lenzi, 1977)

La sage-femme, le curé et le bon Dieu appartient à la dernière période cinématographique du réalisateur d'origine roumaine Jean Negulesco (1900-1993), une période traditionnellement classée dans la catégorie "catastrophique" par les historiens du cinéma. Dans 50 ans de cinéma américain, Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier vont même jusqu'à qualifier de "négulesconneries" les films signés par Negulesco après son assez bon Titanic (1953) (un Titanic qui a donc sombré bien avant la version "I'm the king of the world" de James Cameron).

Peter Lorre et Sidney Greenstreet (en haut à gauche) dans Le masque de Dimitrios (1944), excellent film noir de Jean Negulesco

Le réalisateur doit en fait sa réputation à de très bons films noirs sortis à la fin des années 40, comme le fascinant Masque de Dimitrios (1944), tiré du roman homonyme d'Eric Ambler, ou le sensible Humoresque (1946), avec une Joan Crawford succombant au charme d'un violoniste virtuose (John Garfield) plus intéressé par la manipulation de son petit instrument que par les tête-à-tête avec sa dulcinée. Citons encore l'excellent mélodrame Johnny Belinda (1948), où Jane Wyman (première femme de Ronald Reagan) joue une sourde-muette violée et engrossée par le séducteur du village où elle vit, un vil chacal qu'elle finira par zigouiller de ses propres mains (ben oui, quoi, c'est un mélo !). Ce rôle valut l'Oscar à Jane Wyman.

La sage-femme, le curé et le bon Dieu, l'histoire : Veuve d'un Sicilien, une sage-femme américaine plaît à tous les hommes d'un village italien (normal, c'est quand même Angie Dickinson, l'une des trois plus belles "jambes" du cinéma, les deux autres étant Marlène Dietrich et Cyd Charisse !). Mais les épouses ne l'entendent pas de cette oreille et décident... de faire la grève du devoir conjugal (ça, pour un Italien, ça doit être dur à vivre...). Pendant ce temps-là, le curé fredonne : "Ma pomme, c'est moa-a-a !". Eh oui, le curé, c'est l'increvable Maurice Chevalier, spécialisé, au crépuscule de sa vie, dans le navet hollywoodien (à l'exception évidemment de Gigi (1958), le film de Vincente Minnelli avec Leslie Caron dans le rôle-titre).

Angie Dickinson et... ses jambes !!! (image : www.woodenslides.com)

Née Angeline Brown en 1931 (Dickinson est le nom de famille de son premier mari), Angie Dickinson est révélée aux yeux des producteurs avertis grâce à sa participation à des concours de beauté. Elle finit notamment deuxième à l'élection de Miss America en 1953.

Miss Dickinson démarre dans de petites productions et décroche son premier grand rôle aux côtés de John Wayne et Dean Martin dans Rio Bravo (Hawks, 1959). Elle joue par la suite les vamps auprès de Lee Marvin dans les deux chefs-d’œuvre que sont A bout portant (Siegel, 1964) et Le point de non-retour (Boorman, 1967). L'actrice interprète aussi la femme de Marlon Brando, shérif en butte aux habitants vindicatifs d'une bourgade américaine, dans La poursuite impitoyable (Penn, 1966). On l'aperçoit également dans deux films français : Un homme est mort (Deray, 1972), avec Trintignant, et L'homme en colère (Pinoteau, 1978), avec Ventura.

Angie Dickinson en mauvaise posture dans Pulsions (Brian de Palma, 1980) (image : www.toutlecine.com)

Bien qu'elle se consacre essentiellement à la télévision depuis 1968 (c'est elle le sexy sergent Anderson dans la série TV du même nom), Brian de Palma fait appel à Angie Dickinson en 1980 pour Pulsions, film où le réalisateur égale sans problème son maître, Alfred Hitchcock. Elle y joue le rôle d'une femme frustrée sexuellement qui tente de séduire son psy... Erreur fatale ! Elle finit brutalement assassinée au premier tiers du film (à l'instar de Janet Leigh sous sa douche dans Psychose...).

Angie Dickinson à l'époque de Rio Bravo (John Ford, 1959) (image : www.allocine.fr)

Plus récemment, le spectateur attentif aura repéré Angie Dickinson dans Ocean's Eleven (Soderbergh, 2000) entre les Brad Pitt, George Clooney et autres Matt Damon. Un hommage à l'actrice, puisqu'elle faisait partie du casting de L'inconnu de Las Vegas (Milestone, 1960), dont le film de Soderbergh est un remake. Angie Dickinson a été mariée en secondes noces au compositeur Burt Bacharach, célèbre pour ses musiques de films (c'est lui qui a signé la version originale de "Toute la pluie tombe sur moi" pour le Butch Cassidy et le Kid (1969) de George Roy Hill, avec Paul Newman et Robert Redford).

Publié dans Titres étranges

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