Le Film du jour n°26 : Goldocrack à la conquête de l'Atlantide

Publié le par lefilmdujour

Titre original : Il conquistatore di Atlantide

Un film italien de Alfonso BRASCIA (1965) avec Kirk Morris, Luciana Gilli, Piero Lulli, Andrea Scotti...

Et encore un titre français débile, un ! A l'occasion de la ressortie dans les années 70 de ce péplum qui met une fois de plus un gros costaud en vedette, le distributeur - ou l'éditeur de cassettes vidéo - a voulu surfer sur le succès du personnage de dessins animés Goldorak et s'est fendu d'un jeu de mots sacrément rigolo (j'en ai encore mal aux côtes quarante après, c'est pour dire !). Car ce Goldocrack n'est autre que le héros et demi-dieu de la mythologie grecque Héraclès (Hercule chez les Romains). Un héros que l'on retrouve dans une myriade de films "antiques" dès le début des années 50, époque où Grecs et Romains en jupettes plus ou moins sexy ont fait leur grand retour dans un cinéma transalpin qui s'était déjà intéressé au sujet à l'époque du muet. Les fameux Quo Vadis de Enrico Guazzoni et Cabiria de Giovanni Pastrone datent respectivement de 1912 et 1914.

Le succès des Travaux d'Hercule (Francisci, 1957) avec Steve Reeves relança la vague du péplum dans le cinéma italien (image : www.toutlecine.com)

Ce sont les succès financiers remportés par Ulysse (Mario Camerini, 1953) avec Kirk Douglas, et surtout Les travaux d'Hercule (Pietro Francisci, 1957) avec le bodybuildé Steve Reeves, qui relancèrent la mode du péplum. Entre 1960 et 1964, ce sont ainsi pas moins de 130 péplums qui sortirent des studios de Cinecitta, soit près de 14% de la production nationale italienne ! Le filon s'épuisera de lui-même après 1965. Fatigué de se coltiner des productions de plus en plus minables, le public commençait alors à porter son intérêt sur un nouveau genre : le western spaghetti. Au rebut, les bodybuildés huilés en jupette ! Place aux chasseurs de prime hirsutes et crasseux !

Goldocrack à la conquête de l'Atlantide, l'histoire : Goldocrack à la conquête de l'Atlantide est un avatar dégénéré de l'Hercule à la conquête de l'Atlantide de Vittorio Cottafavi (1961), film considéré, lui, comme un sommet du péplum et dans lequel notre héros, suite à un embrouillamini dont je vous fais grâce, détruit l'empire des Atlantes. Mais des survivants ont échappé au massacre, ne vous en déplaise, et notamment un certain Ramir, sorcier de son état, qui a l'outrecuidance de ressusciter les morts, le fumier ! Des morts-vivants particulièrement coquets puisqu'il déambulent en combinaison bleue très ajustée (pour ne pas dire moule-burnes) du meilleur effet. Mais Goldocrack saura les remettre dans le droit chemin...

Adriano Bellini, alias... Kirk Morris

Dans Goldocrack, Hercule est interprété (mais interprété est peut-être un trop grand mot) par l'acteur italien Kirk Morris, de son vrai nom... Adriano Bellini. Né à Venise en 1938 (ou en 1942 selon certaines sources), le jeune homme se fit les biceps comme gondolier avant d'être repéré par un producteur et de se lancer dans la carrière cinématographique au tout début des années 60.

Bien que peu expressif et ressemblant vaguement à un Elvis Presley accro à la gonflette, Kirk Morris se fait rapidement un nom dans le péplum, avec une prédilection pour le rôle de Maciste. L'acteur joue des deltoïdes et des pectoraux dans Le triomphe de Maciste (Anton, 1961), Deux corniauds contre Maciste (Mattoli, 1961), Tarzan chez les coupeurs de tête (Malatesta, 1962) (cherchez pas à comprendre ce que Tarzan vient faire là-dedans...), Maciste et les filles de la vallée (Anton, 1964), Le trésor des tsars/Maciste à la cour du tsar (Anton, 1964) et Maciste, le vengeur du dieu maya (Malatesta, 1965) (eh oui, Maciste n'hésite pas à se déplacer très loin quand on l'appelle à la rescousse !).

Maciste en enfer (Freda, 1962), sans doute le meilleur film de Kirk Morris (image : www.sueursfroides.fr)

Laissons Riccardo Freda (1909-1999), vieux routier du cinéma populaire italien qui officia dans tous les genres (mélo, péplum, espionnage, cape et épée, horreur, western-spaghetti) et qui le fit jouer dans le très bon Maciste aux enfers (1962), décrire notre homme : "Kirk Morris était un maître-nageur de Venise, très mauvais acteur, gringalet malgré les apparences, froussard et pleurnichard, mais il était... sympathique". Super, la description ! Mais il faut dire que Freda s'adonnait avec délectation aux jugements à l'emporte-pièce. Sa phrase préférée ? "Le cinéma italien a été bousillé par les réalisateurs en "ni" : Fellini, Pasolini, Bolognini, Antonioni... ce sont tous des merdes humaines !". On n'ose pas commenter...

Kirk Morris dans un roman-photo

Tout ça n'a guère empêché notre ami culturiste, après la mort du péplum, de faire une incursion dans le western spaghetti en jouant un petit rôle dans T'as le bonjour de Trinita ! (Baldi, 1967). Kirk Morris s'essaya aussi au film de guerre à la sauce italienne dans Les sept bérets rouges (Siciliano, 1968), Seul contre les mercenaires (Anton, 1968) et Les sept de Marsa Matruh (Siciliano, 1969). Confronté à un problème de reconversion, l'acteur arrêta les frais après ces trois longs métrages et se tourna vers le roman-photo où il exerça jusqu'au début des années 2000.

Publié dans Titres à nanars

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