Le Film du jour n°24 : V'là que les nonnes dansent le tango !

Publié le par lefilmdujour

Titre original : Fratello homo, sorella bona

Un film italien de Mario SEQUI (1972) avec Sergio Leonardi, Krista Nell, Nazareno Natale, Patrizia Adiutori, Gabriella Giorgelli...

Bien que désavoué par Pier Paolo Pasolini, son Décaméron (1970), inspiré du célèbre recueil de nouvelles écrit par Boccace au quatorzième siècle pour conter les mœurs plutôt légères de ses contemporains, fut un énorme succès financier lors de sa sortie sur les écrans en 1971. Sentant le filon juteux et voyant là un moyen rapide de se remplir les poches, de nombreux producteurs italiens s'engouffrèrent dans la brèche pour concocter des films d'époque vaguement moyenâgeuse mais vigoureusement érotiques. Une quarantaine de longs métrages de ce type, tournés généralement à la va-vite et rassemblés pêle-mêle sous l'appellation contrôlée "décamérotiques", virent ainsi le jour au début des années 70. V'là que les nonnes dansent le tango ! entre dans cette veine.

L'un des fleurons du genre "décamérotique" au cinéma ! (image : www.filmotheque.fr)

Pour les spécialistes, le plus représentatif du genre reste Ton diable dans mon enfer (1972) (a.k.a. Mets ton diable dans mon enfer, ouah ! un titre comme ça, ça donne chaud...) signé Bitto Albertini. Selon le magazine Mad Movies, Ton diable dans mon enfer offre quelques sommets de paillardise avec moine lubrique, biquette sodomisée, gourgandines en chaleur, maris cocufiés et gags scatologiques. Du divertissement pour les prime times de TF1 en quelque sorte... Je n'ai malheureusement pas eu la chance de voir ce film (je sais, c'est une honte).

Décaméron interdit (Infascelli, 1972), Les pages galantes et scandaleuses (a.k.a La grosse Gauloise) (Scarpelli, 1972), Les plaisirs charnels du Nouveau Décaméron 300 (pourquoi 300, je me le demande...) (Stefani, 1972) et Fiorina (De Sisti, 1972) (avec la sublime Suédoise Ewa Aulin, dont nous avons déjà parlé ici, voir La mort a pondu un œuf) entrent aussi dans la catégorie des décamérotiques.

Ce décamérotique fut distribué en France sous le titre Nouveaux contes immoraux

Quelques mots encore sur le réalisateur de V'la que les nonnes dansent le tango ! Né en 1910 ou 1913 selon les sources (et sans doute décédé mais on ne sait pas quand...), Mario Sequi n'a guère marqué l'histoire du cinéma. Réalisateur d'une douzaine de longs métrages et connu sous le pseudonyme d'Anthony Whileys, on lui doit surtout le western Les forcenés (1965), codirigé avec le producteur Albert Band (de son vrai nom Alfredo Antonini) et conçu pour l'acteur américain Joseph Cotten. Le costaud Gordon Scott, ancien Tarzan et vedette de péplums, et James Mitchum, le fils aîné de Robert, sont aussi de la partie.

Les Français Magali Noël et Sami Frey sont à l'affiche de Jeunesse de nuit (1961) de Mario Sequi (image : www.cinemaffiche.com)

A signaler aussi dans l'oeuvre de Mario Sequi, l'un des tout premiers films avec Stefania Sandrelli (Jeunesse de nuit, a.k.a Nue chaque soir, 1961, avec aussi Magali Noël et Sami Frey...), et le film d'espionnage à l'italienne Le cobra (1966) avec la star hollywoodienne Dana Andrews et l'inoubliable Anita Ekberg (immortalisée en 1960 par Fellini dans La dolce vita).

V'là que les nonnes dansent le tango, l'histoire : Obligées de quitter le havre qui les hébergeait, les pensionnaires d'une maison de passe moyenâgeuse trouvent refuge, gîte et couvert dans le couvent voisin... Autant dire que les moines vont passer de bons moments, au risque de perdre leur bedaine à force de courser la gent féminine !

Krista Nell

Née en Autriche en 1946 et décédée de leucémie en 1975, l'actrice Krista Nell, à l'affiche de V'là que les nonnes dansent le tango !, avait démarré sa carrière en 1965 en faisant une apparition, non créditée au générique, dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Sous le nom de Christa Nelli, elle avait alors enchaîné sur deux autres films français, l'un connu (La bourse et la vie, 1965, Jean-Pierre Mocky, avec Fernandel), l'autre nettement moins (Massacre pour une orgie, 1966, Jean-Pierre Bastid). Et pour cause.

Polar érotique de production luxembourgeoise, Massacre pour une orgie fut interdit en 1966 par la censure française pour violence et incitation à la débauche, et le négatif saisi au laboratoire. Cerise sur le gâteau, Jean-Pierre Bastid avait pris le pseudonyme de Jean-Loup Grosdard (sic), en hommage à Jean-Luc Godard, le seul cinéaste de la Nouvelle vague qui l'émerveillait. Apparemment, il n'existe aujourd'hui qu'une version en langue anglaise du film, allégée des passages jugés "odieusement outrageux" (dixit Jean-Pierre Bastid lui-même en 2010 lors d'une projection de son long métrage à la Cinémathèque française). Krista Nell tourna également sous la direction du compositeur Antoine d'Ormesson dans Le guerillero (1968), film écrit en collaboration avec l'écrivain Michel del Castillo (qui joue aussi le rôle-titre).

Le dernier film de Krista Nell (distribué en France sous le titre L'insatiable Samantha...) avant son décès à seulement 29 ans (image : www.film.tv.it)

Malheureusement, Krista Nell sombra rapidement dans la jungle des films européens de série B, voire Z : sous-Tarzan (Le roi de la jungle, Cano, 1968), westerns-spaghettis miteux aux titres improbables (Los Machos, Fago, 1968 ; Tire, Django, tire, B. Corbucci 1968; Abattez Django le premier, Garrone, 1970 ; Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le, Fidani, 1970 ; Le colt était son dieu, Batzella, 1972), décamérotiques en veux-tu en voilà (Décaméron numéro 2, Guerrini, 1972 ; Les nouveaux contes érotiques de Boccace, Girolami 1972 ; V'là que les nonnes dansent le tango ; Nouveaux contes immoraux, Ferretti, 1972).

Krista Nell à pleins poumons dans V'là qu'les nonnes dansent le tango !

Krista Nell tint par ailleurs le rôle principal de Rêves lubriques (Luigi Latini de Marchi, 1973), appellation française des "Nuits amoureuses d'Ali Baba", traduction littérale, elle, du titre original italien (là, on touche quand même le fond...). De tout ce fatras, émerge néanmoins un petit rôle aux côtés d'Alain Delon dans Le professeur de Valerio Zurlini (1972).

Publié dans Titres débiles

Commenter cet article