Le Film du jour n°235 : Monsieur Arthur... vierge et martyr

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°235 : Monsieur Arthur... vierge et martyr
Titre original : Via Padova 46
Un film italien de Giorgio BIANCHI (1953) avec Arlette Poirier, Peppino de Filippo, Alberto Sordi, Giulietta Massina...
Le Monsieur Arthur du titre du Film du jour (Monsieur Arthur… vierge et martyr) n’a strictement rien à voir avec la fameuse « Madame Arthur », chantée par la célébrissime Yvette Guilbert à la fin du XIXe siècle. Aucun rapport également avec le cabaret parisien transformiste « Madame Arthur » qui vous accueille tous les soirs dans son mythique écrin rouge et noir de la rue des… Martyrs (quelle coïncidence ! Bon, en fait, c’est pour ma petite commission… faut bien que le Film du jour se nourrisse…).
Non, Monsieur Arthur, de son vrai nom Arduino Buongiorno (nous sommes en Italie dans l’immédiat après-guerre), n’est que le personnage principal de cette tragicomédie sortie sur les écrans italiens en 1954 et connue également en Italie sous le nom de Lo scocciatore (« Le casse-pieds ») en référence au rôle, pourtant très secondaire, d’Alberto Sordi, véritable pot de colle rivé aux basques du héros joué par Peppino de Filippo. Bon, faut dire à la décharge des producteurs et distributeurs du film que Sordi était devenu une mégastar de l’autre côté des Alpes dès la fin des années 50. Ces messieurs souhaitaient donc profiter un peu, eux aussi, des retombées du phénomène en ressortant le film. Certaines affiches de l’époque n’hésitaient d’ailleurs pas à jouer clairement la carte Sordi au risque de tromper sur la marchandise. Mais du moment que le cochon de spectateur payait son ticket, qu’importe…
Le Film du jour n°235 : Monsieur Arthur... vierge et martyr

Via Padova 46, le titre original et initial de Monsieur Arthur… vierge et martyr, fut remplacé ultérieurement par Lo Scocciatore pour tirer profit du phénomène Sordi

Monsieur Arthur… vierge et martyr, l’histoire : Rome, dans l’immédiat après-guerre. Modeste employé, Arduino mène une vie monotone, coincé entre son travail au ministère des Finances et son domicile où s’entassent une épouse indolente, hypocondriaque et friande de médicaments, une belle-mère renfrognée et autoritaire, et un beau-père, sorte de Géo Trouve-tout qui ne trouve pas grand-chose. Un dimanche après-midi, alors qu’il sirote tranquillement un petit café, notre ami rencontre fortuitement une Française particulièrement fascinante jouée par Arlette Poirier (en fait une demi-mondaine à la cuisse leste). L’apprenti Don Juan et la jeune femme se donnent rendez-vous au 46, Via Padova. Malheureusement, la belle meurt assassinée quelques minutes avant qu’Arduino puisse tremper son biscuit. Le pauvre se voit bientôt soupçonné…
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Arlette Poirier, tout juste assassinée dans Monsieur Arthur…, se trouve en grande difficulté pour le faire… (le poirier ! ah ! ah ! ah !)

Au générique de Monsieur Arthur… vierge et martyr, on découvre Giulietta Masina (1921-1994) en amie de la jeune femme assassinée. Giulietta Masina était l’épouse depuis 1943 de Federico Fellini. Elle avait déjà tourné sous la direction de son mari dans Les feux du music-hall (1950, coréalisé avec Alberto Lattuada), film où le rôle masculin principal est tenu par Peppino de Filippo (l’Arthur du Film du jour), et dans Courrier du cœur (1951) avec, cette fois-ci, Alberto Sordi en vedette (le monde est petit, dites donc…).
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La dame de chez Maxim (Aboulker, 1950), le premier rôle à l’écran d’Arlette Poirier

Mais ce n’est pas de Giulietta Masina, actrice connue de tous les cinéphiles (La Strada, Les nuits de Cabiria, Juliette des Esprits, Ginger et Fred), dont le Film du jour veut vous parler. Non, aujourd’hui, c’est Arlette Poirier, la belle assassinée sur la photo ci-dessus, que l’auteur de ces lignes a décidé de mettre en première ligne (justement…). Née en 1926, la jeune femme, après des études au Cours Simon et au Conservatoire, se destinait au théâtre (et, si possible, à la Comédie-Française) lorsqu’elle fut repérée en 1949 par un producteur dans son premier rôle sur les planches : en l’occurrence celui d’une caissière dans « Le petit café » de Tristan Bernard aux côtés de Bernard Blier.
Arlette Poirier est alors embauchée pour jouer la Môme Crevette dans l’adaptation cinématographique signée Marcel Aboulker de l’indéboulonnable Dame de chez Maxim (1950). Danseuse au Moulin Rouge, la Môme Crevette est l’héroïne de la célèbre pièce de Georges Feydeau et permet à Arlette Poirier de crever l’écran avec ses mandibules… heu… ses jambes… gainées de noir (gloups !).
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Arlette Poirier et Saturnin Fabre font pouêt-pouêt dans La dame de chez Maxim

Rapidement, les rôles au cinéma s’enchaînent pour Arlette dans des films légers, des petites comédies musicales des familles, des longs métrages qui ne font guère mal à la tête. Adieu donc le théâtre. « J’ai tourné dans de bonnes comédies des rôles plutôt rigolos, confiait-elle début décembre 2009 au journal La Provence. A l’époque, on ne chercha pas à m’employer pour des rôles dramatiques ». On la voit ainsi aux côtés de Luis Mariano dans l’opérette filmée Andalousie (Vernay, 1950), puis auprès de Fernandel dans Coiffeur pour dames (Boyer, 1952). Entre 1951 et 1953, Arlette Poirier joue dans pas moins de huit films dont, en vedette, Les deux « Monsieur » de Madame (Bibal, 1951) et La fugue de Monsieur Perle (Richebé, 1953).
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Arlette Poirier, en fausse suicidée de la Tour Eiffel, met le grappin sur la fortune de Monsieur Perle (Noël-Noël) monté à la capitale pour récupérer un héritage dans La fugue de Monsieur Perle (Richebé, 1953)

En 1953, Arlette Poirier profite de sa notoriété pour faire un détour en Italie où elle passe par deux fois devant la caméra du réalisateur Giorgio Bianchi, d’abord dans Monsieur Arthur… vierge et martyr, puis dans Les femmes mènent le jeu. En 1957, elle croise Gérard Philipe sur le tournage de Montparnasse 19 signé Jean Becker, où l’acteur interprète le peintre Modigliani à la fin de sa vie. Le film fit malheureusement un flop et marqua quasiment la fin de la carrière cinématographique de l’encore jeune actrice.
Sur grand écran, on n’aperçut plus la chouette Arlette que dans Sérénade au Texas (Pottier, 1958) - une autre opérette à la sauce Mariano -, Amour, autocar et boîtes de nuit (Kapps, 1958), puis, bien plus tard, chez… Max Pecas ! Qu’est venue faire Arlette Poirier dans Comment le désir vient aux filles (1972), également connu sous le titre Je suis frigide, pourquoi ? Ce sont les mystères du cinéma…
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Dans les années 50, Arlette Poirier fut suffisamment célèbre pour décrocher la une des magazines de cinéma de l’époque

Arlette Poirier disparaît donc des tablettes de l’histoire du cinéma au début des années 70. Tout le monde l’a oubliée… ou presque ! Car il y a toujours, ici ou là, des fans de cinéma qui réussissent à dénicher d’anciennes vedettes qui ont disparu des radars depuis des décennies, mais qui ont encore des anecdotes à délivrer aux passionnés de la petite histoire du septième art. C’est justement le cas des Amis de la médiathèque de Montaren-et-Saint-Médiers, un petit village niché dans le Gard provençal (il a quand même fallu que je cherche sur Internet où cette localité se niche… avec ses 1 500 habitants, ce village ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval…). Le 21 novembre 2009, les Amis de la médiathèque de Montaren-et-Saint-Médiers donc ont rendu un hommage à Arlette Poirier… en présence de l’artiste ! La salle était comble… Si vous êtes curieux, vous pouvez aller vérifier par vous-même en cliquant ici.
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Tout le monde n’est pas comme vous : certains n’ont pas oublié Arlette Poirier !

Publié dans Titres étranges

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