Le Film du jour n°231 : T'es plus dans la course, Papa !

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°231 : T'es plus dans la course, Papa !
Titre original : Come Blow Your Horn
Un film américain de Bud YORKIN (1963) avec Frank Sinatra, Lee-J. Cobb, Molly Picon, Barbara Rush, Jill St. John.
Tu m'avais dit : Mon enfant sur la terre,
Aide tes frères tu seras récompensée,
Moi j'ai prêté ta voiture à Jean-Pierre
Il m'l'a ramenée en pièces détachées !
Symptomatiques d’une humanité plongée dans les affres de la détresse morale, ces paroles sont tirées de « T’es plus dans le coup Papa », un monument de la chanson française susurré par la divine Sheila en 1963 et entonné près de quarante ans plus tard par la tout aussi divine Ludivine Sagnier dans Huit Femmes (Ozon, 2001).
1963, c’est justement l’année où sortit sur les écrans T’es plus dans la course, Papa ! Faut-il y voir une simple coïncidence ou les prémisses d’une révolte des générations qui allait éclater au grand jour en 1968 ? Voilà une question que l’auteur de ces lignes est particulièrement fier de soumettre à vos neurones (ou à ce qu’il en reste après la lecture de 230 numéros du Film du jour)…
Le Film du jour n°231 : T'es plus dans la course, Papa !

Une affichette américaine de T'es plus dans la course, Papa !

Le héros dépassé de T’es plus dans la course, Papa ! n’est autre que Frank Sinatra. Rien de surprenant à cela puisque, dans les années soixante, le crooner enfilait, si ce n’est les perles, tout du moins les films, et ce aussi rapidement qu’il s’enfilait les verres de whisky derrière la cravate. Des verres qu’il descendait souvent en compagnie de Dean Martin, Peter Lawford, Joey Bishop et Sammy Davis Jr. Surnommé le « Rat Pack », ce quintette infernal écumait alors Las Vegas et se retrouvait parfois, en tout ou partie, devant les caméras de réalisateurs complètement dépassés par des énergumènes toujours entre deux vins… Le résultat s’avère au mieux médiocre, au pire pathétique : L’inconnu de Las Vegas (Milestone, 1960), dont Steven Soderbergh fit un remake avec Ocean’s Eleven (2001), Les trois sergents (Sturges, 1961), Quatre du Texas (Aldrich, 1963), Les sept voleurs de Chicago (Douglas, 1964), Les inséparables (Donohue, 1965), etc.
Le Film du jour n°231 : T'es plus dans la course, Papa !

Le « Rat Pack » au grand complet (F. Sinatra, D. Martin, S. Davis Jr, P. Lawford et J. Bishop) dans Les trois sergents (Sturges, 1961)

Quant à Bud Yorkin, le réalisateur de T’es plus dans la course, Papa !, il en était, lui, à sa première « œuvre » pour le cinéma. Né en 1926, décédé en août 2015 et plutôt spécialisé dans la réalisation et la production de shows télévisés, Bud Yorkin n’a mis en boîte qu’une dizaine de films pour le grand écran et tous ne sont pas arrivés jusqu’à nos rivages français. On lui doit surtout Commencez la révolution sans nous (1970), une délirante histoire de deux couples de jumeaux (Gene Wilder et Donald Sutherland), l’un issu de l’aristocratie, l’autre de la paysannerie, qui, mélangés à leur naissance par un médecin incompétent, se retrouvent plongés au beau milieu de la Révolution française. On nous en dit le plus grand bien...
Bud Yorkin signa aussi Le voleur qui vient dîner (1973), une comédie romantique avec Ryan O’Neal et Jacqueline Bisset, et Soleil d’automne (1986), une chronique familiale - avec adultère à la clé - jouée par Gene Hackman (le mari), Ann-Margret (la maîtresse) et Ellen Burstyn (l’épouse légitime).
Le Film du jour n°231 : T'es plus dans la course, Papa !

Commencez la révolution sans moi (1970), le meilleur film – paraît-il – du réalisateur Bud Yorkin, à qui l’on doit aussi T’es plus dans la course, Papa !

T’es plus dans la course, Papa !, l’histoire : N’en pouvant plus de vivre chez ses parents, le jeune Buddy Baker fait sa valise et débarque sans crier gare dans l’appartement new-yorkais de son frère aîné, Alan (Frank Sinatra), un célibataire invertébré toujours en quête d’une jolie fille à ajouter à son tableau de chasse. Alan décide de parfaire l’éducation de son frère, lui paie une nouvelle garde-robe et l’entraîne dans sa vie tumultueuse, au grand dam du père de famille. L’élève dépasse bientôt le maître en lui vidant son bar et en lui piquant ses petites amies, notamment l’adorable voisine du dessus, Peggy (non, ce n’est pas Peggy la cochonne… tsss… c’est une rubrique honnête, le Film du jour…). Tourneboulé par tant d’infamie et réalisant enfin la futilité de sa vie, Alan décide de se ranger des voitures et d’épouser la belle Connie… On respire.
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La rousse Jill St. John n’a jamais froid aux… yeux !

Le rôle de Peggy est tenu par Jill St. John, actrice américaine née en 1940 sous le nom de Jill Oppenheim. Les fanatiques de James Bond l’auront immédiatement reconnue : c’est elle, la terrible rouquine qui joue Tiffany Case dans Les diamants sont éternels (Hamilton, 1971) !
Disons-le tout de suite : à l’exception de sa participation dans Les diamants sont éternels, la carrière cinématographique de Jill St. John n’a strictement rien d’exceptionnel, les producteurs s’étant bornés à lui donner des rôles sexy avec nuisettes et bikinis tout au long des années 60 et 70. Propulsée par sa mère, la petite Jill s’était pourtant lancée dés l’âge de cinq ans dans la vie d’artiste, sur scène et à la radio. Dès 1949, elle participe même au premier téléfilm jamais réalisé !
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Jill St. John dans Les diamants sont éternels (Hamilton, 1971). Faut bien le format Cinémascope pour loger tout ce beau monde !

A l’âge de 16 ans, elle est embauchée par les studios Universal et elle apparaît pour la première fois sur grand écran dans Vacances d’amour (Haas, 1958), un film surfant sur la mode du rock’n’roll naissant avec John Saxon et Fay Wray (la belle blonde du premier King Kong de 1933). Jill St. John enchaîne alors du tout-venant hollywoodien : comédies plus ou moins sentimentales et tout à fait inoffensives (Qu’est-ce qui fait courir les filles ?, Levin, 1959 ; Mercredi soir, neuf heures, D. Mann, 1963 ; Deux séducteurs aux Caraïbes, Levin, 1964), science-fiction aux petits bras (Le monde perdu, I. Allen, 1960), adaptation essoufflée de Tennessee Williams (Le printemps romain de Ms. Stone, Quintero, 1961, avec Vivien Leigh et Warren Beatty), etc.
Pendant cette période, on note quand même sa présence au générique de Tendre est la nuit (King, 1960), une adaptation du roman éponyme de Francis Scott Fitzgerald avec Joan Fontaine et Jennifer Jones, et son face-à-face hilarant avec Jerry Lewis dans Un chef de rayon explosif (Tashlin, 1963).
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Jill St. John entre Jerry Lewis et John McGiver dans Un chef de rayon explosif (Tashlin, 1963)

En 1963, son rôle dans T’es plus dans la course, Papa ! lui vaut une nomination au Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie. Jill St. John est alors repérée par le comique américain Bob Hope (voir Un crack qui craque) qui l’engage pour plusieurs de ses shows télévisés et qui la fait tourner à ses côtés dans Bagarre à huit (Marshall, 1967). Cette même année, l’actrice retrouve Frank Sinatra dans Tony Rome est dangereux (Douglas, 1967), où le crooner joue – très bien – les détectives privés. La belle rousse tourne dans d’autres films, mais rien ne casse vraiment la baraque et il faudra donc attendre 1971 et Les diamants sont éternels pour que la carrière de Jill St. John atteigne son apogée… qui sera aussi le chant du cygne de l’actrice au cinéma !
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Après 1972 en effet, Jill St. John va surtout se tourner vers la télévision, ne faisant plus que de très rares apparitions au cinéma (on a pu la voir subrepticement en 1991 dans The Player de Robert Altman). Parallèlement, elle va faire fructifier ses dons de cuisinière hors pair (si, si) puisque Jill St. John est l’auteur de plusieurs livres de cuisine. Elle réjouit désormais les ménagères de moins de 50 ans avec les conseils culinaires qu’elle donne dans les « télé-matins » de la télévision américaine.
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Les diamants sont éternels pour Jill St. John certes, mais pas sa carrière au cinéma !

Côté vie privée (ah ! ça y est… y en a qui se réveillent…), Jill St. John est mariée depuis 1990 à l’acteur américain Robert Wagner qui, faut-il le rappeler, était l’époux de Nathalie Wood avant que celle-ci ne boive sa dernière tasse le 29 novembre 1981 au large des côtes californiennes. Auparavant, la rousse actrice avait convolé par trois fois en justes noces. Jill St. John avait d’abord épousé le millionnaire Neil Dublin (elle n’avait alors que 16 ans et le mariage avait duré tout juste un an), puis le pilote de course Lance Reventlow (de 1960 à 1963). Né en 1936 et décédé en 1972 dans un accident de voiture, Lance Reventlow était le seul enfant de Barbara Hutton, l’héritière excentrique de la chaîne de magasins Woolworth, dont le troisième mari n'était autre que le comte prussien Karl von Haugwitz-Reventlow et le quatrième mari… Cary Grant (Lance Reventlow et Cary Grant, son beau-père donc, restèrent les meilleurs amis du monde, même après le divorce de l’acteur avec Barbara Hutton).
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Jill St. John et Robert Wagner lors d’une première hollywoodienne au début des années 2000

Quant à Jill St. John, pour en revenir à nos moutons, elle épousa en troisièmes noces le crooner Jack Jones pour en divorcer en 1969. "Mais alors qu’a-t-elle fait de sa vie privée entre 1969 et 1990 ?" vous entends-je déjà marmonner, curieux de nature que vous êtes. Eh bien, sachez que la belle a multiplié les aventures avant de rencontrer l’âme-sœur avec Robert Wagner en 1982. On lui prête des relations amoureuses avec, notamment, Frank Sinatra (déjà cité), Michael Caine, Sean Connery (son James Bond adoré…), Jack Nicholson et même le secrétaire d’État de Nixon, Henry Kissinger (une relation entretenue entre deux bombes au napalm lâchées sur le Vietnam… mais il s’en moquait, Henry, la bombe, il l’avait dans son lit… tsss…).

Publié dans Titres rigolos

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