Le Film du jour n°218 : Lâchez les monstres !

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°218 : Lâchez les monstres !
Titre original : Scream and Scream Again
Un film britannique de Gordon HESSLER (1970) avec Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing, Judy Hextable, Alfred Marks...
Lâchez les monstres !! est l'un des très rares films à réunir au même générique les trois plus célèbres acteurs du cinéma d'épouvante des années 50 et 60 : l'Américain Vincent Price (immortalisé dans les adaptations d'Edgar Allan Poe signées par Roger Corman) et les Anglais Christopher Lee (le Dracula des studios britanniques Hammer) et Peter Cushing (connu, lui, pour ses interprétations de Sherlock Holmes, du Docteur Frankenstein - toujours pour la Hammer - et de Van Helsing, l'ennemi juré du comte Dracula).
Malheureusement, les trois lascars n'ont pas de scènes communes dans le film et leurs rôles, qui plus est, sont assez limités, Peter Cushing n'effectuant qu'un passage quasi météorique à l'écran... On n'est pas loin de l'escroquerie, on peut le dire... Au cinéma et hors documentaires, on ne retrouve ensemble les trois géants que dans Le manoir de la terreur (1982) de l'anglais Pete Walker (voir La vie sexuelle de Greta en trois dimensions). Un film à ne pas confondre avec Le manoir de la terreur réalisé en 1981 par l'Italien Andrea Bianchi, et également connu sous le nom de... Zombie 3, lui-même à ne pas confondre avec le Zombi 3, très mauvais, de Lucio Fulci et Bruno Mattei... Oui, je sais, c'est compliqué...
Le Film du jour n°218 : Lâchez les monstres !

Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing et, en prime, John Carradine, quatre acteurs célèbres du cinéma d'épouvante dans un seul et même film : Le manoir de la terreur (Walker, 1982)

Le réalisateur de Lâchez les monstres !!, Gordon Hessler selon l'état civil, est un petit maître du cinéma fantastique. Il semble qu'il soit né à Berlin d'un père anglais et d'une mère danoise en 1930. Toujours est-il que c'est 1969 que Gordon Hessler se fait connaître des amateurs de bandes fantastiques en signant coup sur coup Lâchez les monstres !! et Le cercueil vivant (1969), vague histoire d'enterré vivant avec, là aussi, Vincent Price et, dans un plus petit rôle, Christopher Lee.
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Avec Le cercueil vivant (Hessler, 1969), mystère, suspense et frissons sont garantis (puisque c'est écrit sur l'affiche...)

A l'actif de Gordon Hessler, on signalera aussi quelques adaptations d'Edgar Allan Poe (la plupart inédites en France) et un film d'espionnage - Baraka à Beyrouth (1972) - au casting proprement incroyable puisqu'on y trouve Max von Sydow (un acteur bergmanien), Ray Milland (un acteur hitchcockien vu dans Le crime était presque parfait en 1964), Richard Roundtree (le Shaft original), Chuck Connors (plus connu pour ses rôles dans des westerns TV) et... Marie-José Nat ! Notre homme a aussi réalisé pour le cinéma Le voyage fantastique de Sinbad (1973) avec de fabuleux trucages de Ray Harryhausen (en animation stop-motion), ainsi que l'improbable Kiss contre les fantômes (1978) où Kiss n'est autre que... le groupe de hard-rock bien connu (tout du moins à l'époque...). Gasp, ça c'est du nanar où je ne m'y connais pas !
Le Film du jour n°218 : Lâchez les monstres !

Les amateurs chenus de hard-rock apprécieront !

Lâchez les monstres, l'histoire : En Grande-Bretagne, un champion de course à pied s'effondre pendant l'entraînement. Il se réveille dans une chambre d'hôpital... sans jambes ! L'assistante d'un savant est retrouvée morte, vidée de son sang. On soupçonne un tueur en série. Un homme est arrêté, menotté au pare-choc d'une voiture. Mais la "créature" n'hésite pas à se grignoter la patte avant, autrement dit l'avant-bras, pour s'enfuir, la bougresse (la main sur l'affiche, c'est la sienne !). Dans un petit pays d'Europe centrale qui ploie sous le joug d'une dictature, deux jeunes gens sont arrêtés et torturés. Le pilote d'un avion anglais qui survolait la région est capturé et enfermé dans une geôle infâme. Ces épisodes, qui se succèdent à l'écran de façon décousue, sont en fait tous liés. Mais il faudra attendre la fin du film pour tout comprendre ! Selon les amateurs, Lâchez les monstres !! mêle habilement science-fiction, espionnage, horreur, fantastique et politique-fiction et fut même apprécié par le grand Fritz Lang lui-même. Autant dire qu'il vous faut voir ce long métrage séance tenante !
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Vincent Price

Né en 1911 dans le Missouri et décédé en 1993, Vincent Price (à l'affiche de Lâchez les monstres !!, vous l'avez compris) démarre sa carrière cinématographique en 1938, mais ce n'est vraiment qu'en 1953 qu'il devient célèbre en interprétant le rôle principal de L'homme au masque de cire, signé par André de Toth. La mouche noire (Neumann, 1958), dont David Cronenberg tourna un remake avec La mouche en 1986, La nuit de tous les mystères (Castle, 1958) et Le désosseur de cadavres (Castle, 1959) l'enferment dans le genre du film d'épouvante.
Mais c'est surtout le cycle de longs métrages adaptés d'Edgar Allan Poe et réalisés par Roger Corman qui en fait définitivement le prince de l'horreur gothique. Vincent Price est tout bonnement sidérant dans La chute de la maison Usher (1960), La chambre des tortures (1961), L'empire de la terreur (1962), Le corbeau (1963), La malédiction d'Arkham (1963), La tombe de Ligeia (1964) et Le masque de la mort rouge (1964), sans doute le meilleur de la série.
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Sans doute le plus réussi des films de Roger Corman avec Vincent Price

Également impitoyable dans le rôle-titre du Grand inquisiteur (Reeves, 1967), Vincent Price atteint une sorte de consécration ultime en interprétant le rôle-titre de L'abominable Docteur Phibes (Fuest, 1971), chef-d’œuvre du fantastique baroque où un praticien se venge des membres de l'équipe médicale qui n'a pas pu sauver sa femme, en les supprimant un par un dans des conditions effroyables qui ne sont pas sans rappeler les plaies d’Égypte. Le docteur fou, toujours interprété par Vincent Price, reviendra commettre d'autres méfaits dans, comme de juste, Le retour de l'abominable Docteur Phibes (Fuest, 1972). Après ces deux coups d'éclat, l'acteur va ralentir son rythme de tournage pour le cinéma et se tourner vers la télévision. Il jouera néanmoins quasiment son propre rôle dans une sorte de mise en abyme dans Madhouse (J. Clark, 1974).
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Vincent Price et, de gauche à droite, Bette Davis, Lilian Gish et Ann Sothern dans Les baleines du mois d'août (L. Anderson, 1987)

On le verra beaucoup plus tard, en 1987, aux côtés de deux autres vestiges - je n'ai pas écrit débris - hollywoodiens (Lilian Gish et Bette Davis) dans Les baleines du mois d'août de Lindsay Anderson. Le génial Tim Burton lui rendra un bel hommage en lui confiant son dernier rôle au cinéma, celui du vieux créateur d'Edward aux mains d'argent dans le film du même nom réalisé en 1990 avec Johnny Depp en tête d'affiche. On a droit de verser une larme...

Publié dans Titres étranges

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