Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !

Publié le par lefilmdujour

Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !
Titre original : Soft Beds, Hard Battles
Un film britannique de Roy BOULTING (1973) avec Peter Sellers, Curd Jürgens, Lila Kedrova, Béatrice Romand...
Tout le monde connaît l'expression "En voiture Simone". Mais cette expression n'est pas tout à fait complète, puisque dans son intégralité, cela donne : "En voiture Simone, c'est moi qui conduis, c'est toi qui klaxonnes", formule qui cantonne une fois de plus la gent féminine au rang d'accessoiriste de seconde zone...
Mais bon, le débat n'est pas là et sort du domaine de compétence du Film du jour. Le problème avec "En voiture Simone", c'est que personne ne se souvient vraiment quelle est l'origine de cette expression. Tout juste se rappelle-t-on que Guy Lux et Léon Zitrone avait remis la formule au goût du jour à l'époque glorieuse de l'émission Intervilles, quand l'animatrice Simone Garnier tentait de rester impartiale en comptant les points engrangés par les deux camps ennemis, emmenés l'un par le gros Léon, l'autre par Minux (selon Coluche).
Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !

Simone des Forest, célèbre pilote automobile du début du XXe siècle (image : www.janinetassot.fdaf.org © Collection JFB)

En fait, l'expression ferait référence à une certaine Simone Louise de Pinet de Borde des Forest (1910-2004), célèbre pilote automobile en son temps. Bousculant les préjugés de l'époque, elle passa son permis dès 1929 avant de participer à de nombreuses courses et rallyes automobiles jusqu'en 1957. Et ce sans avoir le moindre accident au cours de sa carrière professionnelle, s'adjugeant l'admiration des plus grands et notamment celle de Fangio ! Quel est le rapport avec le Film du jour, me direz-vous ? Eh bien, il y a au générique d'En voiture Simone..! un personnage qui s'appelle... Simone. A part ça, je vois pas...
Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !

Lila Kedrova (en rouge) et Peter Sellers (en Hitler) dans En voiture Simone !

En voiture Simone..! l'histoire : La dénommée Simone (jouée par une actrice gréco-espagnole née en 1943 et répondant au doux nom de Gabriella Licudi) est une pensionnaire d'une maison close parisienne spécialisée, pendant l'Occupation, dans le zigouillage de hauts gradés de l'armée allemande. Une manière comme une autre d'aider la Résistance et de faire agréablement passer de vie à trépas des Teutons plutôt envahissants...
Parmi les filles placées sous la férule de Madame Grenier (Lila Kedrova), le spectateur sera étonné de reconnaître Béatrice Romand, actrice rohmérienne par excellence, puisque déjà à l'affiche du Genou de Claire (1970) et de L'amour, l'après-midi (1972) du réalisateur français. Béatrice Romand jouera encore sous la direction d'Eric Rohmer dans Le beau mariage (1982) face à André Dussolier, Le rayon vert (1986), Quatre aventures de Reinette et Mirabelle (1987) et Conte d'automne (1998).
Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !

Peter Sellers (image: www.fanpop.com)

Dans En voiture Simone..! l'excellent Peter Sellers endosse six rôles différents dont celui d'Hitler, un tour de force que l'acteur avait déjà réalisé plusieurs fois auparavant, notamment dans La souris qui rugissait (Arnold, 1959) et dans le fameux Docteur Folamour (Kubrick, 1963).
Né en 1925 et décédé d'une crise cardiaque en 1980, Peter Sellers fut élevé dans une famille de comédiens. Après la Seconde Guerre mondiale, il multiplie les métiers artistiques et trouve de petits emplois sur les planches et à la radio (il participe notamment de 1951 à 1960 à l'émission radiophonique quasi surréaliste de la BBC, le Goon Show, voir www.thegoonshow.net).
Parallèlement, Peter Sellers démarre une carrière cinématographique qui restera assez discrète jusqu'au début des années 60. On le voit surtout à cette époque dans des comédies des studios anglais Ealing et, notamment, aux côtés d'Alec Guinness dans le célébrissime Tueur de dames (Mackendrick, 1955), un film qui sera refait dans les années 2000 par les frères Coen avec Tom Hanks (Ladykillers, 2003).
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Les truands de Tueurs de dames (Mackendrick, 1955) avec Peter Sellers en "faux" violoniste

En 1959, Peter Sellers acquiert néanmoins une petite renommée en décrochant le prix du meilleur acteur britannique à la cérémonie des Bafta (l'équivalent des Oscar outre-Manche) pour son rôle dans la comédie Après moi le déluge (J. Boulting) où il interprète deux rôles différents. Mais c'est en 1962 que sa carrière prend véritablement son envol. Coup sur coup, il joue dans Lolita (1962) et Dr. Folamour (1963), deux chefs-d’œuvre de Stanley Kubrick, puis entame une collaboration artistique particulièrement fructueuse avec le réalisateur américain Blake Edwards, collaboration qui démarre en fanfare avec La panthère rose (1963) et le rôle hilarant de l'inénarrable inspecteur Clouseau.
Le Film du jour n°206 : En voiture Simone !

Le rôle qui a immortalisé Peter Sellers !

La panthère rose sera suivie de quatre autres épisodes et d'un cinquième réalisé après la mort de l'acteur (en reprenant des chutes des films précédents) : Quand l'inspecteur s'emmêle (1965), Le retour de la panthère rose (1974), Quand la panthère rose s'emmêle (1976), La revanche de la panthère rose (1978) et A la recherche de la panthère rose (1982).
En policier gaffeur et malchanceux qui sème destruction et cadavres sur son passage, Peter Sellers atteint une sorte de sommet dans la comédie. Sommet néanmoins dépassé dans La party (1968), toujours réalisé par Blake Edwards, où Sellers, grimé cette fois-ci en acteur indien d'une médiocrité abyssale, transforme en délire monumental et psychédélique une soirée hollywoodienne guindée à laquelle il a été invité par erreur. Un must ! L'acteur avait déjà interprété un Indien (un médecin en l'occurrence) face à Sophia Loren dans Les dessous de la millionnaire (Asquith, 1960).
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La party (1968) de Blake Edwards, sans doute le meilleur rôle de Peter Sellers

Peter Sellers est également excellent - dans un rôle un peu plus en retenue - dans Bienvenue Mr. Chance (Ashby, 1979), où il interprète une sorte de simplet qui, par une suite de quiproquos, devient le conseiller du président américain. Un président qui prend ses remarques naïves pour de véritables oracles et qui oriente la politique du pays en conséquence ! Cette prestation vaut à Peter Sellers une nomination à l'Oscar du meilleur acteur, sa deuxième après celle décrochée pour Dr. Folamour (mais, dans les deux cas, la précieuse statuette lui échappa). Bienvenue Mr. Chance fut l'avant-dernier film tourné par Peter Sellers qui mourra d'une crise cardiaque juste après le tournage du Complot diabolique du Dr. Fu Manchu (Haggard, 1979).
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Peter Sellers et Britt Ekland unis à la ville de 1964 à 1968

En 2004, la biographie de l'acteur, signée par Roger Lewis, fut portée à l'écran par Stephen Hopkins (Moi, Peter Sellers) avec Geoffrey Rush dans le rôle-titre. Peter Sellers, qui passa une seule fois derrière la caméra (en 1961 pour une adaptation cinématographique du Topaze de Marcel Pagnol), se rendit à quatre reprises devant monsieur le maire. Sa seconde épouse (de 1964 à 1968) fut l'actrice d'origine suédoise Britt Ekland, née en 1942 (voir Mon petit oiseau s'appelle Percy, il va beaucoup mieux merci) et dont il eut une fille, Victoria Sellers (de son premier mariage, l'acteur avait déjà deux enfants).
Peter Sellers et Britt Ekland jouèrent ensemble dans deux films : Le renard s'évade à trois heures (De Sica, 1966) et The Bobo (Parrish, 1967). Britt Ekland, soit dit en passant, s'est hissée à la postérité pour son rôle de James Bond girl dans L'homme au pistolet d'or (Hamilton, 1974).

Publié dans Titres étranges

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