Le Film du jour n°2 : Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir

Publié le par lefilmdujour

Un film français de Philippe CLAIR (1984) avec Jerry Lewis, Marthe Villalonga, Philippe Clair, Jackie Sardou, Philippe Castelli.

Le lecteur (ou la lectrice) féru(e) de science-fiction aura tout de suite noté le bel exemple de paradoxe spatio-temporel exprimé par le titre du Film du jour. Il est vrai que Philippe Clair, le réalisateur de cet objet filmique non identifié, est un spécialiste indiscuté de cette figure de style. C'est à lui qu'on doit aussi Tais-toi quand tu parles (1981) avec Aldo Maccione et la callipyge Edwige Fenech, et Si t'as besoin de rien, fais-moi signe (1986), film qui, dans l'œuvre de Philippe Clair, a l'insigne honneur de succéder à Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir. Ce n'est pas un mince honneur.

Si l'on jette un œil plus attentif à la filmographie de Philippe Clair, né en 1930 au Maroc, on s'aperçoit vite que le cinéaste, passé maître dans l'humour franchouillard ras des pâquerettes très éloigné des canons du bon goût, eut, à l'instar des grands maîtres de la peinture, ses "périodes". Après son premier long métrage (Déclic et des claques, 1964, Grand prix de l'humour cinématographique quand même), le réalisateur s'enticha dans un premier temps de groupes "comiques" : les Charlots d'abord (La grande java, 1970, premier gros succès de la joyeuse troupe) puis les Tontos, un trio fondé par... Aldo Maccione (La grande maffia, 1971). Dix ans plus tard, Philippe Clair retrouvera l'acteur italien pour quatre films de sa période "Maccione" : Tais-toi quand tu parles, Plus beau que moi tu meurs (1982), Si tu vas à Rio tu meurs (1987) et L'aventure extraordinaire d'un papa peu ordinaire (1989), dernier opus signé à ce jour par le réalisateur.

Des clics et des claques (1964) (MdR comme on dit sur Facebook), le premier film de Philippe Clair avec Annie Girardot (image : www.nanarland.com)

Entre-temps, Philippe Clair s'était offert une période "folle" avec deux joyaux du n'importe quoi et des acteurs laissés en totale roue libre : La brigade en folie (1972) avec Jacques Dufilho, Sim, Patrick Topaloff et Pascale Roberts, bien avant Plus belle la vie, puis Le führer en folie (1973) avec Henri Tisot en Hitler et Alice Sapritch en Eva Braun... Notre homme apporta aussi sa pierre à l'édification du comique troupier franchouillard des années 70 en signant Comment se faire réformer (1978), Les réformés se portent bien (1978) et Ces flics étranges venus d'ailleurs (1978), trilogie bouclée avec la même troupe de comédiens rassemblée pour l'occasion : les 13 Cloches. Tout est dit.

Une contribution de Philippe Clair aux films de bidasses, genre qui fit fureur dans les années 70

Le grand-œuvre de Philippe Clair restera néanmoins Rodriguez au pays des merguez (1980), parodie déjantée du Cid à la sauce pied-noir... Mais c'est une autre histoire... et un autre Film du jour !

Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir, l'histoire : Clovis Blaireau (Jerry Lewis, eh oui) est un détective privé qui ne croule pas sous le boulot. Un beau jour, le destin frappe à sa porte en la personne de Nadège de Courtabœuf (Marthe Villalonga) qui l'engage pour prouver l'infidélité de son mari, Prosper (Philippe Clair). Pour provoquer un peu les choses, Clovis entraîne Prosper de boîtes de nuit en cabarets. Devenus les meilleurs amis du monde, les deux hommes, suite à des quiproquos dont je vous fais grâce, sont obligés de s'embarquer clandestinement dans un avion pour Tunis. A leur descente, ils sont pris pour des membres de la mafia venus de New York régler le différend opposant Ben Spaghetti, Ben Couscous et Ben Burger. On l'aura compris, il y en a pour tous les goûts... sauf le bon...

Jerry Lewis et Philippe Clair, tout en jeu retenu, dans Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir

Pourquoi Jerry Lewis à l'affiche de Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir ? On est en droit de se poser la question. En fait, en ce milieu des années 80, le comédien tentait de relancer sa carrière d'acteur comique au cinéma en France, pays qui avait toujours su (et qui sait encore) apprécier le talent de l'Américain. Malheureusement, un an plus tôt, Jerry Lewis s'était déjà fourvoyé dans le navrant Retenez-moi ou je fais un malheur (Gérard, 1983) aux côtés de Michel Blanc. Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir (certains critiques n'hésitèrent pas à sous-titrer le film "On achève bien Jerry Lewis") confirmait donc l'erreur de jugement de l'acteur... qui, sur ce nouvel échec, arrêta les frais dans l'Hexagone et rentra chez lui.

Jackie Sardou (étonnamment, le chien ne rit pas...)

C'est la phénoménale Jackie Sardou (1919-1998) qui interprète la mère de Clovis dans Par où t'es rentré... on t'a pas vu sortir. Personnage haut en couleur et pilier du théâtre de boulevard (elle avait triomphé aux côtés de Mony Dalmès et Ginette Garcin dans « Le clan des veuves » au début des années 90), Jackie Sardou - sous le nom de Jackie Rollin - a quand même agrémenté de sa faconde gouailleuse plus de quarante-cinq films pour le cinéma.

Elevée dans le monde du spectacle (connue sous le surnom de Bagatelle, sa mère était danseuse au Concert Mayol et spécialiste de french cancan), Jacqueline Labbé - son vrai nom - rencontre Fernand Sardou quasiment sur scène où elle a remplacé au pied levé une danseuse souffrante. Les deux tourtereaux se passent la bague au doigt en 1945 et donne naissance au petit Michel en 1947. C'est en 1948 que Jackie Sardou débute au cinéma (aux côtés de son mari) dans Si ça peut vous faire plaisir de Jacques Daniel-Norman, film avec Fernandel en tête d'affiche. Les petits rôles s'enchaînent alors rapidement avec pas moins de vingt-cinq films au compteur de l'actrice dans les années 50. Pas de chefs-d'œuvre dans le tas mais des petits films du samedi soir comme on savait les trousser en ce temps-là.

Danielle Darrieux et Jackie Sardou dans Les mamies (Lanoë, 1992) (image : www.toutlecine.com)

Au cours des années 60, malgré deux prestations pour Henri-Georges Clouzot (La vérité, 1960 ; La prisonnière, 1967), Jackie Sardou se consacre surtout, avec son époux, à la gestion du cabaret « Chez Fernand Sardou ». A partir du milieu des années 70, on la reverra régulièrement sur grand écran dans des comédies plus ou moins fines (plutôt moins que plus quand même), comme On a retrouvé la 7e compagnie (Lamoureux, 1975), T'es folle ou quoi ? (Gérard, 1981), On n'est pas sorti de l'auberge (Pecas, 1982), Retenez-moi où je fais un malheur, Adam et Eve (Luret, 1983), La vengeance du serpent à plumes (Oury, 1984), Gros dégueulasse (Zincone, 1985) ou Les gauloises blondes (Jabély, 1988).

Son dernier rôle au cinéma, Jackie Sardou l'a tenu aux côtés de Danielle Darrieux, Sophie Desmarets, Odette Laure, Paulette Dubost, Marthe Villalonga et Catherine Rouvel dans le bien nommé Les mamies (Lanoë, 1992). Jackie Sardou, qui a également fait beaucoup de télévision et de radio, avait publié en 1987 un livre intitulé « Hé, la petite grosse ! ».

Jackie Sardou et son fiston, qu'on ne présente plus

Ci-dessous, le début de Par où t'es rentré, on t'a pas vu sortir avec Jerry Lewis et Jackie Sardou :

Publié dans Titres à nanars

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